Plupart du temps de Pierre Reverdy

« L’art pour l’art ; la vie pour la vie, deux points morts. Il faut à chacun l’illusion des buts et des raisons. L’art par et pour la vie, la vie pour et par l’art. »

Je vous présente un poète, étymologiquement du latin poeta, du grec ancien ποιητής, poiêtes (« fabricant, artisan») .

N’était-il pas issu d’une lignée d’artisans languedociens, manouvriers de la pierre et du bois dans cette Montagne Noire où nature et solitude se joignent en un accord à la fois pathétique et serein ?

les mots à malaxer, à sculpter et produire un univers de formes accordées aux mystères du cosmos et à ceux, encore plus profonds, de la conscience ; et à coté, « en même temps » (mais pas comme cet olibrius qui pervertit la pensée et l’action), la nature à contempler avec sa singulière solitude, à réinventer en contemplant et rendre le rêve authentique pour consolider et élever l’imaginaire ; son obsession de l’accord entre l’art et la vie, comme tout bon ouvrier. Rien de spectaculaire ni de divertissant juste une riche oisiveté créatrice. L’Otium (le loisir) versus le Divertissement.

Il écrit une poésie de la pureté associée à la matière virtuelle que sont les mots, il y a chez lui un refus de toute ambiguïté, il cherche une pureté qui vise un absolu inaccessible, et pourtant propre au langage poétique lui même. On a l’impression qu’il y a chez lui un incessant combat avec l’Ange, mais sans être Prométhée, pourtant il est vrai que « la poésie est à la vie ce que le feu est au bois ».

En lisant sa poésie j’ai pensé à un sujet de philo que j’avais eu au bac C dans les années 1980 : « Nous soupçonnons qu’il faille être ange pour faire des mathématiques ». Pour lui je remplacerais facilement mathématique par poésie.

Quelques vers

L’air sent la mer
L’hiver à une pareille altitude m’effraie
On ne sait où naissent les vents

Le
Vestiaire
Le
Portemanteau
La lumière
Au mur des têtes inclinées

L’ennui de la soirée pèse sur les cerveaux
Un livre a refermé ses portes
La prison des pensées où la mienne était morte

Seul dans la nuit, dans la boue où tremblent des lumières rouges ou vertes, un certain peuple vit. J’ai compris la fatigue de ces pieds attelés au gain, à l’existence.

Quelques animaux
Sans leur ombre
Un regard
Une tache sombre

Dans l’air il y avait un mouchoir
Et tu faisais des signes
Ta main sortait sous la manche du soir

Nous marchions dans les rues entre les maisons
Et sur la route au milieu des buissons
Parfois le vent nous rendait muets

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