En hommage à Édith Stein (1891 – 1942)

Cette femme, volontaire, féministe, et sœur carmélite sous le nom de Thérèse-Bénédicte de la Croix assassiné dans les camps de la mort Nazi, comme beaucoup de juifs, homosexuels, gitans, aliénés et considérés comme des parasites, sous-humains et déviants par ces hommes qui se reconnaissaient avec certitude comme des êtres supérieurs et appartenant au parti National Socialiste.

Thérèse-Bénédicte de la Croix est béatifié en 1987.

Cette femme est un phare dans l’humanité, comme le sont tant d’autres femmes que, volontairement, nous, hommes, nourrit de patriarcat oublions sans remords ni regrets. Édith brille comme Hannah Arendt, comme Thérèse d’Avilla, comme Hypatie d’Alexandrie ou madame Einstein et tant et tant d’autre.

C’est pour ces multiples femmes que je pense que le féminin l’emporte sur le masculin et que un homme est un humain dont le chromosome X est tronqué en bas a droite.

7 rayons d’une neuvaine

Qui es-tu, douce lumière, qui me remplit
et illumine la ténèbre de mon cœur ?
Comme la main d’une mère, tu me conduis
et, si tu me lâchais,
je ne saurais faire un pas de plus.
tu es l’espace enveloppant mon être
et l’abritant en toi.
Le rejetterais-tu,
il coulerait à pic dans l’abîme du néant
d’où tu le tiras pour l’élever vers la lumière.
Toi, qui m’es plus proche que je ne le suis moi-même,
qui m’es plus intérieur que mon propre cœur,
et pourtant insaisissable, inconcevable,
au delà de tout nom,
Saint-Esprit, éternel Amour!

N’es-tu pas la manne si douce à mon palais,
qui du Cœur du Fils déborde dans le mien,
nourriture des anges et des bienheureux ?
Lui qui s’est levé de la mort vers la vie,
il a su m’éveiller du sommeil de la mort
à une vie nouvelle.
Vie nouvelle qu’il me donne chaque jour
et dont la plénitude doit un jour m’inonder,
Vie de ta propre vie, toi-même en vérité,
Saint-Esprit, vie éternelle!

Es-tu le rayon jaillissant comme l’éclair
depuis le trône très haut du Juge éternel,
pénétrant comme un voleur dans la nuit de l’âme
qui s’ignorait elle-même ?
Miséricordieux, impitoyable aussi,
tu pénètres jusqu’en ses profondeurs cachées
L’âme est effrayée de ce qu’elle voit d’elle-même
et se garde ainsi dans une crainte sacrée
devant le commencement de toute Sagesse
qui vient d’en-haut
et nous y ancre d’un ancrage solide,
devant ton action qui nous crée à nouveau,
Saint-Esprit, rayon que rien n’arrête !

Es-tu la plénitude d’Esprit et de puissance
qui permet à l’Agneau de rompre les scellés
du décret éternel de la divinité ?
Sur ton ordre, les messagers du jugement
chevauchent de par le monde entier et séparent,
du tranchant de l’épée, le Royaume de lumière
de celui de la nuit.
Les cieux seront nouveaux et la terre nouvelle,
et tout retrouvera alors sa juste place
par ton souffle léger:
Saint-Esprit, puissance victorieuse!

Es-tu le Maître d’œuvre,
le bâtisseur de la cathédrale éternelle
qui depuis la terre s’élève jusqu’au ciel ?
Tu donnes vie à ses colonnes, qui se dressent,
hautes et droites, solides et immuables.
Marquées du signe de l’éternel Nom divin,
elles s’élancent vers la lumière et portent le dôme
qui achève et couronne la sainte cathédrale,
ton œuvre qui embrasse l’univers entier :
Saint-Esprit, Main de Dieu créatrice !

Es-tu Celui qui créa le miroir limpide
tout proche du trône du Seigneur, le Très-Haut,
semblable à une mer de cristal où se contemple
la divinité en un échange d’amour ?
Tu te penches sur l’œuvre la plus belle
de toute ta création
Et ta propre splendeur éblouissante de lumière
te renvoie son reflet,
qui unit la pure beauté de tous les êtres
en la figure pleine de grâce de la Vierge,
ton Épouse immaculée :
Saint-Esprit, Créateur de tout ce qui est !

Es-tu le doux cantique de l’amour
et du respect sacré qui retentit sans fin
autour du trône de la Trinité sainte,
symphonie où résonne
la note pure donnée par chaque créature ?
Le son harmonieux,
l’accord unanime des membres et de la Tête,
dans laquelle chacun, au comble de la joie,
découvre le sens mystérieux de son être
et le laisse jaillir en cri de jubilation,
rendu libre
en participant à ton propre jaillissement :
Saint-Esprit, jubilation éternelle !

Son dernier poème en 1942 – avant sa mort

Là, Tu vins, plénitude débordante de toute bonté
Sous la forme lumineuse d’une douce colombe
Les disciples T’entendirent dans le mugissement de l’ouragan
La maison tremble sous le violent coup de vent
Sur leur maison flamboient comme des langues de feu.

Nouvelles méditations du pape François

Presque 183 homélies. J’ai commencé la lecture le 10 juillet 2020 et je termine le 16 mars 2021. Chaque matin, avant l’oraison méditative, je lisais l’homélie suivante. Le pape François m’a donc accompagné pendant 249 jours (effectivement je ne le lisais pas tous les jours).

J’en retiens, une relation d’amitié avec une personne humaine avec laquelle j’ai conversé pendant presque un an, presque tous les jours. Et cette personne humaine m’a éclairé sur la compréhension que nous, les humains, avons une bénédiction qui peut-être une malédiction : nous sommes ouverts sur l’infini et que rien de matériel, qu’aucun pouvoir sur l’autre, qu’aucun désir, qu’aucune durée, qu’aucun plaisir ne pourra jamais le combler. Alors il ne faudra faire appelle à la joie. On peut aussi se perdre dans des perversions de toute sorte pour tenter de combler cette ouverture sur l’infini.

J’ai appris aussi à nommer Dieu, non pas par « IL », ni « ELLE » mais « IEL », les hongrois possède le mot « Ô » pour ce même IEL. J’ai compris que les cieux ne sont pas extérieurs à nous, mais intérieur à chacun, d’autant plus que récemment j’ai appris par un blogueur qu’en hébreux le mot qui correspond à « LES CIEUX » désigne en même temps ce qui est au-dessus de nos têtes et ce qui est on dedans de nous.

J’ai appris que ce qui compte c’est, dans notre singularité (élément unique d’une ensemble riche), nous apprenons alors en entrer en relation, avec les autres dans chacune de nos singularités et que parfois nous nous trompons ou manquons notre cible (étymologie du péché qui n’est rien d’autre que cela). Nous sommes limités mais ouvert sur l’infini.

D’Homélie en homélie quelque chose se mettait en mouvement au-dedans (dans mes cieux).
Bien sur, tant de choses, on était écrites et déjà écrites depuis que nous, les personnes humaines formant l’humanité, avons construit l’écriture, mais a chaque génération, a chaque moment nous la renouvelons, nous l’appauvrissons par moment et l’enrichissons à d’autre. Je me questionne, mais je garde ma confiance en l vie, le cosmos et l’univers et je peux puiser alors à cette joie éternelle (hors du temps) et pas immortel (durée dans le temps).

Merci au pape François et merci à toutes les personnes humaines que je croise et avec lesquelles nous pouvons nous offrir, du plaisir par Éros, du bonheur par Philia et de la joie par Agape.

Quelque citation glanée de ci de là

Les temps changent
« regarder les paysans, les simples : eux, dans leur simplicité, savent comprendre quand arrive la pluie, comment pousse l’herbe ; ils savent distinguer le bon grain de l’ivraie. Cette simplicité, si elle est accompagnée du silence, de la réflexion et de la prière, nous fera comprendre les signes des temps. Car les temps changent et nous chrétiens devons changer continuellement… »

Jésus rencontre des gens qui ont peur de se mettre en chemin et qui construisent une sorte de caricature de Dieu. Ces personnes se sont créé une fausse identité en faisant taire l’inquiétude dans leur cœur : ils dépeignent Dieu par les commandements, et en agissant de la sorte, ils oublient Dieu pour n’observer que la tradition des hommes. Et lorsqu’ils ont un sentiment d’insécurité, ils inventent un autre commandement. Jésus dit aux scribes et aux pharisiens qui accumulent ainsi les commandements : « Ainsi vous annulez la Parole de Dieu avec la tradition que vous avez transmise vous-mêmes, et des choses de ce genre, vous en faites beaucoup.
C’est cela la fausse carte d’identité, celle que nous pouvons avoir sans nous mettre en chemin, sans l’inquiétude du cœur.

Même si une mère oubliait son enfant, moi, je ne l’oublierai pas !” Dieu tient chacun de nous dans son sein, de même que l’enfant est dans le sein de sa mère. » Cette vérité est si grande et belle, elle nous dépasse tant, qu’on peut être tenté de vouloir l’éviter. En effet, a poursuivi François, « on ne peut comprendre seulement avec la tête ou même uniquement avec le cœur ». Pour faire nôtre cette vérité et la vivre, « nous devons entrer dans le mystère de Jésus Christ ». C’est la troisième attitude fondamentale du chrétien, après la prière de louange et savoir faire mémoire. « Le chrétien est appelé à entrer dans le mystère, a conclu le Pape, surtout quand nous célébrons : c’est le mystère !

Pour le pape François, le prêcheur est une mère, il doit utiliser un langage « maternel c’est-à-dire empreint de la « langue maternelle », simple, capable de recourir à des images concrètes. Le dialogue du Seigneur avec son peuple se développe dans un « cadre maternel ».

Le Très-Bas par Chistian Bobin

En ces temps néolibéral, je voudrais m’asseoir

S’asseoir un instant au bord de la création, juste s’asseoir, le dos au néant et contempler la création dans ce qu’elle a de plus vertigineux, de plus merveilleux, de plus… De plus quoi ? Où est le mot qui pourrait exprimer cet émerveillement absolu, en même temps que ce sentiment de vertige, de dépassement.
S’asseoir un instant au bord de la création qui ne cesse jamais de se poursuivre, tissant son drap de velours et d’or et de matériaux encore plus précieux, plus merveilleux.

Par deux fois, j’ai eu l’occasion de contempler le grand canyon du Colorado aux États-Unis. La première fois par la rive sud, en venant de Los Angeles, et, la seconde fois par la rive nord, en venant se San-Francisco.
La première fois je vis un endroit splendide, magnifique, de toute beauté et super bien aménagé, où prendre plein de belles photographies et se constituer un album de souvenirs à offrir en famille, et aussi, de se donner à voir comme étant un touriste éclairé quelqu’un qui ne va surtout pas en club méditerranée.
La deuxième fois, après une route sauvage, tournante, mal entretenue, nous sommes arrivés sur un lieu encore très sauvage, peu aménagé. Je me suis approché du bord pour voir, et là, j’ai ressenti un vertige que, de ma vie même comme varappeur, je n’avais jamais ressenti. Un vertige mêlant le corps, la psyché et l’esprit. Un vertige qui m’a cloué sur place. La hauteur abyssale, les couches et les couches de sédiments nous donnant à voir 4 000 000 d’années, d’une beauté irréelle à nous figer. J’étais envahi, dépassé, submergé par quelque chose de plus grand que moi et en même temps d’une merveille sans pareille. Il a fallu que je me tombe à genoux pour pouvoir continuer à contempler. Alors j’ai ressenti, à cette échelle microscopique ce qu’était la « crainte » de Dieu.

S’asseoir un instant au bord de la création, juste s’asseoir, le dos au néant et contempler la création dans ce qu’elle a de plus vertigineux, de plus merveilleux.

Pourquoi cette introduction ?

Parce que j’ai lu le Très-Bas de Christian Bobin. Je l’ai lu en ces temps ou tout semble arrêté. Peut-être seulement arrêté pour pouvoir repartir dans une autre direction, un autre mouvement, quelque chose d’inattendu.

Quand je lis, je met dans la marge des signes, des accolades au crayon de papier, pour marquer les phrases que j’aimerais citer, que j’aimerais avoir été capable d’écrire, et là, c’est tout le livre qui serait une gigantesque citation.
Mon épouse l’a lu d’une seule traite de 3h00 du matin à 6h30 par une nuit d’insomnie. Et elle ma offert, au petit matin une note sur l’urgence de le lire. Mais j’ai plutôt choisi de le cheminer, de prendre le temps, comme on voyage sur un sentier où il nous faudrait garder suffisamment de souffle pour parvenir au sommet.

Ce petit livre possède, non pas le mot de l’émerveillement total, mais les mots créant la parabole de ce qu’est la crainte de Dieu, crainte qui n’est ni peur, ni frayeur, ni angoisse, mais qui est émerveillement et dépassement devant la création permanente, la vie de Saint François d’Assise.
Je me suis finalement, un instant assis au bord de la création avec le néant dans le dos, et avec lui toute mes peurs, pour ne contempler que la création qui continue de se faire à l’instant où vous me lisez. La litanie de la peur des Bene Gesserit de Dune, faisant passer, après l’avoir comprise, la peur derrière soi.

Citations prise au hasard

L’enfant partit avec l’ange et le chien suivit derrière.
C’est une phrase qui est dans la Bible. C’est une phrase du livre de Tobie, dans la Bible. La Bible est un livre qui est fait de beaucoup de livres, et dans chacun d’eux beaucoup de phrases, et dans chacune de ces phrases beaucoup d’étoiles, d’oliviers et de fontaines, de petits ânes et de figuiers, de champs de blé et de poissons et le vent, partout le vent, le mauve du vent du soir, le rose de la brise matinale, le noir des grandes tempêtes. Les livres d’aujourd’hui sont en papier. Les livres d’hier étaient en peau. La Bible est le seul livre d’air – un déluge d’encre et de vent. Un livre insensé, égaré dans son sens, aussi perdu dans ses pages que le vent sur les parkings des supermarchés, dans les cheveux des femmes, dans les yeux des enfants. Un livre impossible à tenir entre deux mains calmes pour une lecture sage, lointaine : il s’envolerait aussitôt, éparpillerait le sable de ses phrases entre les doigts. On prend le vent entre ses mains et très vite on s’arrête, comme au début d’un amour, on dit je m’en tiens là, j’ai tout trouvé, enfin il était temps, je m’en tiens là, à ce premier sourire, premier rendez-vous, première phrase au hasard.
L’enfant partit avec l’ange et le chien suivit dernière.

Il est bon pour l’enfant d’avoir ses deux parents, chacun le protégeant de l’autre : le père pour le garder d’une mère trop dévorante, la mère pour le garder d’un père trop souverain. Je n’ai aucun reproche à vous faire mais il faut maintenant que je vous quitte, que j’aille aux travaux de mon père, pas celui qui vend des draps aux riches, mais celui qui fait commerce de pluie, de neige et de rire, mais il faut que j’aille aux travaux de ma mère, pas celle qui préfère son aîné aux enfants du voisinage, mais celle qui a même rudesse et même douceur pour tous, ma mère la terre, ma mère le ciel. Tu comprends ce que je te dis là, ce que je te dis sans plus rien dire, par mon silence devant toi et l’évêque, par ma joie à peine contenue de ce jour de procès, tu comprends : je ne m’oppose pas à toi. Pour s’opposer il faut une maison commune, une langue commune, des intérêts communs et nous n’avons plus rien de tout ça, tu viens toi-même d’en décider, ce sera ta dernière aide, ton dernier travail de père. Le procès que tu me fais me libère de toi. Là s’achève ton œuvre de géniteur, là elle connaît sa perfection, devant ces notables qui t’escortent, sous les pourpres de la loi que tu incarnes. Le père est celui qui dit la loi. Mais, dis-moi, qu’est-ce qu’un père qui lui-même se soumet comme un petit garçon à la loi de l’argent, à la loi du sérieux, à la loi du monde mort ?

Le fou est dans la compagnie des morts. Il a son visage tourné vers l’ombre. Plus rien ne lui arrive que du passé. Il ne peut se lier à rien ni personne, il ne peut nouer aucune histoire vivante avec les vivants.

Yahvé, Dieu modela encore du sol toutes les bêtes sauvages et tous les oiseaux du ciel, et il les amena a l’homme pour voir comment celui-ci les appellerait : chacun devait porter le nom que l’homme lui aurait donné. Les bêtes auprès de Dieu vivaient loin de leur nom. Elles gardent en elles quelque chose de ce premier silence. Par un côté elles tiennent de Dieu et par l’autre côté elles tiennent de l’homme. Elles errent, craintives entre les deux. C’est à ces débuts que François d’Assise revient en prêchant aux oiseaux. En leur donnant un nom, l’homme les enfermait dans son histoire à lui, dans le fléau de sa vie et des morts. En leur parlant de Dieu, François les délivre de cette fatalité, les renvoie à l’absolu d’où tout s’est échappé comme d’une volière ouverte.

Les hommes ont peur des femmes. C’est une peur qui leur vient d’aussi loin que leur vie. C’est une peur du premier jour qui n’est pas seulement peur du corps, du visage et du cœur de la femme, qui est aussi bien peur de la vie et peur de Dieu. Car ces trois-là se tiennent de près – la femme, la vie et Dieu. Qu’est-ce qu’une femme ? Personne ne sait répondre à cette question, pas même Dieu qui pourtant les connaît pour avoir été engendré par elles, nourri par elles, bercé par elles, veillé et consolé par elles. Les femmes ne sont pas Dieu.
Les femmes ne sont pas tout à fait Dieu. Il leur manque très peu pour l’être. Il leur manque beaucoup moins qu’à l’homme. Les femmes sont la vie en tant que la vie est au plus près du rire de Dieu. Les femmes ont la vie en garde pendant l’absence de Dieu, elles ont en charge le sentiment limpide de la vie éphémère, la sensation de base de la vie éternelle.

C’est à cette instant-là que vous aviez compris devant quoi vous étiez. C’est en voyant cette joie d’un chien galeux que vous aviez su être devant ce qu’on appelle une image sainte.