L’Imprudence par Alain Bashung (/ Jean Marie Fauque)

Quatuor n°4 par Anne Teresa De Keersmaeker, à repasser 3 fois sans le son en lançant cette chanson de Bashung !

Et vous serez au fondement de ce que j’aime ! De ce j’aurais aimer rencontrer comme inattendu dans cet univers. En ces temps de Confinement, de Covid qui dissimule la plus grande crise économique de l’idéologie néolibérale. Cette idéologie est si peu courageuse qu’elle se cache derrière un Virus appartenant au grand cycle de la vie.

Laisse venir, laisse venir

Laisse venir
Laisse venir

Laisse venir
Laisse venir

Laisse venir

Laisse venir
Laisse venir

Laisse venir
Laisse venir

Tu perds ton temps
À mariner dans ses yeux
Tu perds ton sang

Tel Attila
Tel Othello
Tu te noircis
Dans quoi tu te mires
Dans quel étang

À l’avenir
Laisse venir
Laisse le vent du soir décider

À l’avenir
Laisse venir
Laisse venir
L’imprudence

Tu l’auras toujours, ta belle gueule
Tu l’auras, ta superbe
À défaut d’éloquence

Tel Machiavel
Tel Abel Gance
Tel Guillaume Tell
À quoi tu penses?
À quoi tu penses?

À l’avenir
Laisse venir
Laisse le vent du soir décider

À l’avenir
Laisse venir
Laisse venir
L’imprudence

Tu perds ton temps
À te percer à jour
Devant l’obstacle
Tu verras
On se révèle

Tel Perceval
Tel Casanova
Tel Harvey Keitel

À l’avenir
Laisse venir
Laisse le vent du soir décider

À l’avenir
Laisse venir
Laisse venir
L’imprudence
L’imprudence

Laisse venir
Laisse venir
Laisse venir
L’imprudence

NO SOCIETY par Christophe GUILLUY

Note : 3 sur 10.

Quand en chemin on oublie les questions

Bien sur, ce qu’il écrit fait encore un lointain écho à ce que je ressens, à ce que nous ressentons, lorsque entres collègues, ami.e.s, copain.ine.s et compagn.es.ons nous conversons ensemble. Certes nous ne conversons plus comme dans les grands salons du 18ème siècle, nous sommes juste plus inquiets avec une petite contamination par un non-espoir dans un avenir lumineux. Nous avons le sentiment que s’approche de nous, le jour de l’éclipse de Berserk que la lumière des possibles et des inattendus d’une création retrouvé.
Christophe Guilluy qui pouvant encore avant 2010 nous aider à voir plus claire, semble avoir sombrer dans la lèpre médiatique du polémiste. Ce qui est écrit est moins démontré, plus asséné, plus coup de point, qu’appelle à se poser des questions. J’ai le sentiment d’être envahi de réponses, et de constat sans liberté possible.
En en ces temps de « pandémie » où la confiance en une certaine classe de manager, politique, énarque, et autres grandes écoles d’aristocrate et méritocrate, il n’est pas celui qui est nécessaire. Il ne permet d’entrouvrir aucune porte. Son essai me semble plus ressembler à ces temps d’une pensée Zémourienne et autre Onfraiiste qu’une pause dans le temps qui permet de se poser les questions communes. Qu’est-ce qui nous relie encore en tant que personnes humaines, en temps qu’humanité. Je suis très déçu par ce livre, qui je pensais, ouvrirait des questions auquel nous ne nous étions pas posés et qu’il fut agréable de malaxer ensemble et transformer personnellement.

Certes j’ai relevé quelques citations, mais elles ne sont que des constats de plaies purulentes existantes et futur*, plus que, des éclairages opportuns sur des portes de sortie vers un « à venir »** retrouvé. Finalement ce livre est dispensable.

* Futur : il est calculé et relève de big data, il est certain et seul le désastre (perte des astres, du sens) le détruit
** Avenir : Toujours en création, il est inattendu, même si incertain ou improbable, il survient et nous fait participer à la création.( il est fait de catastrophe, fin d’histoire et commencement de nouvelle – l’apocalypse est un avenir par un futur)

La question qui m’obsède est « comment retrouver une sorofraternité » qui ne soit ni Bisounours, ni néolibéralement « bienveillante » ? Bientôt je lirais le dernier essai d’Emmanuel Todd, qui possède encore une certaine dose d’humour. Mais je me sens plus proche actuellement, d’une personne comme Barbara Stiegler.

Quelques citations – je vous laisse libre

En regardant les Gilets jaunes à la télévision, la nouvelle bourgeoisie, la bourgeoisie « cool » des grandes villes, semblait découvrir la dernière tribu d’Amazonie. Le surgissement des classes populaires dans le débat public a fait imploser toutes les représentations sociales, géographiques et politiques imposées par le monde « d’en haut ».

La panique qui gagne le monde d’en haut est liée remise en cause de la posture morale sur laquelle il avait assis sa domination. L’émergence d’une contestation populaire et périphérique déstabilise en effet moralement une bourgeoisie « cool » et bienveillante qui fondait son hégémonie culturelle et politique sur l’invisibilité des classes populaires. Prenant peur, une partie des élites renvoie les classes populaires au fascisme mais il est trop tard. Les classes populaires occidentales sont en train de gagner sur l’essentiel : la bataille des représentations culturelles. Exclues, ostracisées, précarisées, sans pouvoir économique ni politique, elles semblaient sorties de l’Histoire.

On peut aussi évoquer sans risque l’importance du nombre de pauvres et inversement s’indigner de l’enrichissement du 1% (voire du 0,1 %) des plus riches d’entre nous. Si elles pointent certaines dérives du modèle, ces représentations ne remettent pas en question l’essentiel : la permanence d’une classe moyenne majoritaire. Elles valident donc en creux le modèle économique existant. La classe moyenne ne serait ainsi qu’une classe en mutation, en voie de s’adapter aux nouvelles normes économiques et sociétales d’une société mondialisée. Les politiques et experts préfèrent d’ailleurs toujours utiliser les termes « mutation » ou « transition >> plutôt que ceux, trop clivants, de « rupture » ou de « fracture Cette novlangue ? « transitionnelle » ou « mutationnelle » permet opportunément de mettre sous le tapis l’idée même d’intérêts de classe divergents.

Ce n’est donc pas un hasard si le romantisme révolutionnaire de la bourgeoisie n’atteint plus les classes populaires. Il faut dire qu’elles ont intégré depuis longtemps l’idée que « la révolution n’est pas un dîner de gala, c’est un acte de violence  » dont elles sont le plus souvent victimes et qui, in-fine, répond d’abord et avant tout aux aspirations de la bourgeoisie et de la classe dominante. Il n’est donc pas si étonnant que le programme du candidat Macron ait été si peu entendu par le monde d’en bas et au contraire plébiscité par les classes supérieures. A l’instar de leurs glorieux ancêtres, les nouveaux bourgeois continuent à lever le poing, à vouloir entraîner le peuple vers la lumière et le progrès, mais ces révolutionnaires de salon prêchent aujourd’hui dans le désert.

Alejandro Jodorowsky : « Maintenant que nous sommes menacés de mort, quelle merveille ! »

J’ai découvert cet homme dans les années 80 après ma première lecture du Cycle de Dune, et je continue de le suivre et de l’aimer. Très belle intervention de cette personne humaine sur France Culture le 21 janvier 2012

Affaire en cours par Marie Sorbier

Puisque les institutions culturelles n’ont pas su se rendre essentielles, comment envisager le futur de la Culture?

Le cinéaste, auteur, dessinateur de bande dessinée et taromancien Alejandro Jodorowsky explore au micro de Marie Sorbier la situation de l’art et de la culture dans un monde criblé de crises, revendiquant des redéfinitions nécessaires, et peut-être salvatrices. En effet, si dans ces temps de confinements et reconfinements, nos institutions culturelles n’ont su se rendre « essentielles », la crise sanitaire constitue peut-être l’occasion, rêvée ou forcée, de repenser ces mêmes institutions.
Parlons d’art

Qu’est-ce que la culture ? Savoir beaucoup de choses ? Ou bien est-ce l’art ? Il faut avant tout faire la différence entre art et culture.
Alejandro Jodorowsky

Aux yeux du cinéaste et écrivain, nous vivons un moment critique pour l’art. Prisonnier, l’art a perdu son ancienne signification. Alejandro Jodorowsky affirme néanmoins que cette perte de sens s’est enclenchée bien avant la pandémie.

Art résolument populaire, le cinéma semble pour le réalisateur de films comme El Topo (1970) et La Montagne sacrée (1973) constituer une bonne mesure de la situation générale du monde artistique actuel.

Tout dans l’art est devenu une affaire. Il faut distinguer les arts : par exemple, le cinéma est l’art le plus populaire. C’est la plus prostituée des manifestations culturelles. On l’appelle même une industrie. Une industrie qui sert à nous amuser, pour passer le temps, pour rester tels que nous sommes, au même degré culturel confortable.
Alejandro Jodorowsky

La valeur artistique du cinéma s’est-elle effacée au profit de son industrialisation ? La prolifération de séries télévisées et films de super-héros donne au fondateur du cinéma psycho-magique le sentiment d’une industrie infantile. Une industrie dépourvue de conscience, ou plutôt, une industrie dont la conscience véritable est masquée et tient bien plus à des enjeux publicitaires et politiques qu’artistiques.

La quantité a tué la qualité. N’importe qui peut dire son opinion et définir ce qu’est l’art, ainsi que ce que l’art ne peut pas dire ou faire. C’est une catastrophe culturelle qui nous renvoie au Moyen-Âge, où l’on châtiait et brûlait une personne pour ce qu’elle pensait. C’est lamentable.
Alejandro Jodorowsky

Maintenant que nous sommes tous menacés de mort, quelle merveille ! Le monde n’a pas changé. C’est plutôt que nous ne savions pas qu’il était comme cela, avant la diffusion des moyens de communication.
Alejandro Jodorowsky

Pour Alejandro Jodorowsky, notre ère ultra-informée serait donc celle où nous prenons conscience d’être réduit à un esclavage absolu par les impératifs économiques.

Nous devenons des imbéciles qui choisissent des présidents qui sont des clowns, des poupées de ventriloque. Trump a été reproduit dans presque tous les pays, c’est la décadence absolue de la politique et de la religion. La politique est la plus grande escroquerie de l’histoire de l’humanité, et maintenant, nous passons à la santé.
Alejandro Jodorowsky

Des horizons meilleurs

Face à un constat particulièrement accablant de l’humanité contemporaine, que peut-on envisager comme perspectives de sortie de cette crise ?

Les gens vont sortir de cette crise par la peur qu’ils en ont. Ils ont perdu le sens de la vie, et n’ont aucune consolation, ni politique, ni religieuse, ni philosophique. Nous sommes dans une nudité totale, où notre unique espoir, la science, fait peur. L’intelligence artificielle et la physique quantique changent notre perception du monde : nous ne savons plus où nous sommes nés.
Alejandro Jodorowsky

C’est dans une telle situation que doit intervenir l’art, et que la culture recouvre son importance, revendique Alejandro Jodorowsky. Définissant la culture comme le fait d’être ce que nous sommes, et non pas ce que les autres veulent que nous soyons, le réalisateur y voit la possibilité de découvrir la véritable essence de l’humanité. Telle a toujours été la mission de l’art.

L’art a toujours cherché à dépasser les limites. Mais aujourd’hui, nous ne nous exprimons pas. Esclaves absolus d’une économie qui nous assassine en ce qu’elle détruit la planète, nous sommes au bord d’une catastrophe climatique et de la perte absolue des valeurs humaines.
Alejandro Jodorowsky

Dans son documentaire de 2019, Psychomagie, un art pour guérir, le cinéaste défend l’art comme guérisseur des consciences. Il prône non pas des rituels collectifs, mais le développement d’approche plus épurées comme la méditation afin de développer la conscience humaine.

Le but de l’art actuel est le développement de la conscience et de la liberté. Être libre c’est connaître réellement et en finir avec les préjugés quels qu’ils soient. Nous nous sommes trompés : la politique, la religion, l’économie se sont trompées. Il nous faut être courageux et faire face à la catastrophe culturelle.
Alejandro Jodorowsky

La vulgarité a gagné et la démocratie est en ruines, pourquoi ? Parce que le grand nombre a choisi des monstres, et s’en plaint après. Mais c’est nous qui avons choisi cette catastrophe en donnant la parole à des immatures qui ne travaillent pas sur eux-mêmes.
Alejandro Jodorowsky

L’art doit se proposer de guérir l’humanité, et pas seulement de s’amuser. Et puis, on s’amuse toujours plus en faisant ce qu’on est réellement.
Alejandro Jodorowksy