Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier par Patrick Modiano

J’ai abandonné !

Je n’ai pas pu aller plus loin que la page 93 (hommage à Hugo, quand j’abandonne c’est toujours à la page 93, un peu par jeu) ! C’est la sixième fois en 40 ans que je ne vais pas au bout d’un roman ! (Aller j’avoue, j’ai lu le dernier chapitre pour voir comment l’histoire se terminait : alors, aucun regret !)

Comparer Modiano à Proust, comme je l’ai lu de quelques critiques, est une escroquerie !

Proust, qui d’une vie mondaine, aisé, de dandy et scandé par ses faiblesses, ses fragilités maladives et son vide existentiel, produit un joyaux du souvenir, une mémoire, par la langue trouvant sa source dans le cœur. Et finalement sa vie n’a pas été vaine, puisque « ces choses » valent la peine d’être remémorées.

Et ici,

Chez Modiano ?

Rien !

Aucun souvenir qui ne vaille la peine du travail de mémoire, aucune histoire, rien n’est vécu, ou alors le rien est vécu !

« Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier » est une sorte de concept mental et Modiano aime à donner des adresses, un plan de quartier, n’ayant pas la poésie des cartes d’antan. C’est une production purement mental, et qui donne à croire que de ne pas mettre un verbe dans une phrase, ça fait style !

J’ai un sentiment d’escroquerie.

Je ne sais pas pourquoi, cela m’a remémoré ces articles de presse parlant de la CIA qui favoriser dans les années 60 et 70 les artistes non figuratif ou conceptuel, comme Rothko que j’adore et Ben que j’abhorre. Pourquoi ai-je pensé à ce rôle de la CIA avant la page 93 ?

Modiano semble dire : « si vous avez compris ce que j’ai dit c’est que je me suis mal exprimé » (bon c’est d’Alan Greenspan un ancien président de la FED).

Le lecteur peut toujours y apporter son enthousiasme égocentré et croire lire quelque chose qu’il pense être du pure génie, et penser aussi qu’il est seul à comprendre combien c’est génial et alors prendre plaisir de lui-même, il obtient alors son égoportrait psychique !

Ils sont comme ces spectateurs hystérique au théâtres qui, à la fin de certaines très mauvaises pièces, se lèvent et acclament, et acclament encore, toute dignité perdus. Ils s’acclament eux-mêmes, et ils montrent à ceux qui les entourent, qu’eux, personnellement, ils ont compris la pièce, la mise en scène, le jeu des acteurs, et ils démontrent à tous l’existence de ce quelque chose qui ne peut êtres accessible aux communs des mortels, aux vulgaires, et ils s’acclament encore et nous montrent ainsi, à nous gens de peux de prix, combien ils sont géniaux en eux-mêmes, il force un égoportrait qui est bien de notre temps ! Et puis, à la fin quand, ayant pris son courage à deux mains, on interroge ces spectateurs enthousiastes sur ce qu’ils ont vu, pour comprendre à notre tour, ils balancent un salmigondis de mots, des pseudo concepts issues d’une langue de bois vermoulu ! Ils ne peuvent peut-être pas s’avouer qu’ils étaient face à leur propre néant !

Comment est-ce possible ?

Le Flash de L’herbe bleue pour Christiane F.

Pour trois livres de témoignage des années 70 l’Herbe bleue, Moi Christiane F. 13 ans, droguée, prostituée… et Flash.

J’ai lu ces 3 romans entre 1982 et 1983, en un temps ou je vivais des 20 ans difficiles. En ce temps là, comme beaucoup d’entre nous de cet âge nous pensions découvrir et vivre avec orgueil la subversion, alors que nous ne faisions que voyager en transgression et nous faisions route vers le néant.

contexte politique

John Ehrlichman, un ancien haut fonctionnaire de Richard Nixon, aurait admis ceci : « La campagne de Nixon en 1968 et la Maison Blanche de Nixon avaient deux ennemis : la gauche anti-guerre et les Noirs. Vous voyez ce que je veux dire ? Nous savions que nous ne pouvions pas rendre illégal d’être contre la guerre ou d’être noir, mais en amenant le public à associer les hippies à la marijuana et les Noirs à l’héroïne, puis à criminaliser les deux, nous pouvions perturber ces communautés. Nous pouvions arrêter leurs dirigeants, confisquer leurs maisons, interrompre leurs réunions et les diaboliser jour après jour aux informations du soir. Savions-nous que nous mentions au sujet des drogues ? Bien sûr que nous le savions. »

« [Le président Nixon] a souligné que vous devez faire face au fait que tout le problème sont les Noirs. La clé est de concevoir un système qui reconnaisse cela tout en ne le montrant pas. »

A cette époque nous ne devinions pas que pour les états grâce à l’expérience des USA, des jeunes droguées étaient préférables à des jeunes en révolte politique (Les brigades rouges, bande à Baader ou action direct mais aussi tout un ensemble de rassemblement plus doux) rappelé dans le film « Après la guerre » d’Anarita Zambrano (splendide tragédie grecque moderne).

l’illusion

Mais en 1980 nous vivions encore sur le mythe que la drogue est un moyen de libération. Et nous regardons de ce coté avec envie ou dégout mais aucunement avec indifférence. Et voilà qu’apparaisse alors ces témoignages sur ces fameux voyages dans l’univers de la drogue. Nous cherchions aussi l’aventure.

L’Herbe bleue Beatrice Sparks 4688 lecteurs sur Babelio

Moi, Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée… de Christiane V. Felscherinow, 3300 lecteurs sur Babelio

Flash ou le grand voyage de Charles Duchaussois, 1257 lecteurs sur Babelio

(Alors pour comparer 12509 lecteurs pour « Demain j’arrête ! » de Gilles Legardinier, ce qui n’a rien à voir bien sur)

Je me demande si le groupe Babelio est un panel représentatif des lecteurs français ou francophone.

les trois livres

C’est alors difficile de retranscrire ce que fut en ce temps ces trois témoignages.

Je n’aimais pas le Charles Duchaussois, son témoignage avec quelque chose de complaisant et de prétentieux. Cela pouvait dénoncer le danger de l’héroïne mais cela aussi pouvez donner l’envie de vivre ce grand flash (on pouvait toujours se dire que nous serions plus fort que l’addiction possible). Je ne me souviens pas non plus d’une belle écriture.

L’herbe bleue m’avait à l’époque plongé dans une drôle d’impression, en tant que garçon ont été presque amoureux de cette jeune fille Alice. On avait envie de la sauver et on sentait bine les dangers de la drogue et de la déchéance qu’elle portait. Ce n’est que plus tard que j’ai appris qu’Alice n’existait pas et que l’herbe bleue était en fait un roman d’une romancière américaine Beatrice Sparks.

Quand au dernier Moi, Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée…, je me retrouvais face a un vrai malaise, une vraie dureté, un vrai chemin dangereux. Ce fut le dernier que je lu en 1983 avant de sortir de la zone dangereuse.

C’est ce dernier qui a mon sens mérite d’être lu pour le témoignage qu’il fut.

Ils vont tuer Robert Kennedy : Marc Dugain

Quand lire veut dire lire
Parce qu’écrire c’est écrire
Merci Marc Dugain

Quelques citations préalable

« La spiritualité de ces ethnies d’Amérique nous renvoyait cruellement l’image de la nôtre, dévoyée, corrompue, pleinement complice de la dégradation de notre relation avec notre environnement. »

« Deux minutes avant sa mort, il est le leader d’un mouvement dont la disparition est déjà programmée. »

« Elle est morte pour avoir souhaité que son intelligence, sa finesse d’esprit, dissimulées derrière le paravent de ses outrances et de ses caprices, soient mieux considérées que son corps maltraité d’être trop désiré. »

Visite du roman

Je remonte juste de cette visite dans les caves de la politique. Une remontée après avoir visité en voleur les secrets du pouvoir, de ces secrets qui ne sont pas des mystères. de ces secrets qui révèlent qu’on tue des gens justes pour un peu plus d’argent, un peu plus de pouvoir pour encore un peu plus de temps.
Dérisoire !
Roman noir !
Un roman noir d’homme !
Je remonte à l’instant de ces caves humides, froides secrètes ou la lecture de ce roman nous jette, comme sait si bien le faire un autre grand de la littérature américaine Ellroy dans sa trilogie Underworld USA.
L’écriture de Marc Dugain est-elle mystérieuse ? Est-ce un secret sacré offert à quelques initiés faisant d’eux des mystes du conte et de la langue française ?
J’aime sa langue française qui me fait regretter que beaucoup de chanteur français populaire (pardon pop) ait abandonné notre langue au profit de l’anglais. Un complot de nous tous contre nous tous.
Voilà ce que j’aime lorsque je rencontre un bon et beau livre. Des milliers de questions se retrouve posé sur le pas de la porte.
Ce n’est pas reposant, ça non ! Mais je me réveille plus conscient au monde, au cosmos. Une fois ses sombres secrets dérisoires révélés, il s’en retrouve plus mystérieux, plus merveilleux et donne envie de vivre.
C’est le paradoxe du roman noir !
Merci monsieur Dugain et merci à votre ange gardien !