Comme un désir de rappeler quelque chose

J’ai comme un désir en ces temps pitoyable plus que tragique de rappeler un extrait de l’empereur Dieu de Dune de Franck Herbert :

Le mauvais administrateur s’occupe davantage des rapports que des décisions. Il cherche à se constituer le dossier impeccable qu’il pourra exhiber comme excuse à ses erreurs.

Et le bon administrateur ?

Oh ! Il se contente de donner des instructions verbales. Il ne se cache pas de ce qu’il a fait si, à la suite de ses ordres, des problèmes surgissent. Il s’entoure de gens capables d’agir avec discernement sur la base de simples instructions verbales. Souvent, l’information la plus importante, c’est qu’il y a une difficulté quelque part. Le mauvais administrateur dissimule sa faute jusqu’au moment où il n’est possible de redresser la barre.

Allez savoir pourquoi ?

Civilizations par Laurent Binet

Pas de citations

Je n’ai trouvé aucune phrase qui me donne envie de les prendre comme citation.

Mon expérience de lecture

C’est ainsi…

Je me suis ennuyé comme trois points de suspensions en attente …

Et pourtant c’est une forme que je trouve toujours riche
L’Uchronie.
Mais là rien…

Je me suis ennuyé comme trois points de suspensions en attente …

Où sont les maitre du haut château, complot contre l’Amérique, la part de l’autre, la séparation, rêves de gloire, rêves de fer, à perte de temps … etc…
Mais là Rien …
Juste l’ennui …

Ce n’était pas pour moi, finalement.

A 4158

Rimbaud le fils par Pierre Michon

Citations

Ce refus d’un maître visible, on l’appelle chez Rimbaud révolte, juvénile révolte, mais c’est très vieux, comme le vieux serpent dans le vieux pommier, comme la langue qu’on parle. C’est dans la langue qui dit je, quand elle passe par- dessus la tête des créatures visibles et ne daigne s’adresser qu’à Dieu.

Comme l’eau dans la roue, on voit bien que ça exulte; on ne peut décider si cela met fin à l’Occident ou une fois de plus le relance; mais à tort ou à raison on s’accorde à penser que c’est miracle d’écrire, à dix-neuf ans, dans un grenier des Ardennes, cette poignée de feuillets hermétiques comme Jean, abrupts comme Matthieu, métèques comme Marc, policé comme Luc; et, comme Paul de Tarse, agressivement modernes, c’est-à-dire dressés contre le Livre, rivaux du Livre.

Expérience de lecture

Pierre Michon a relu une saison en Enfer d’Arthur Rimbaud. Alors il se décide d’en écrire sa critique Babelio. Elle est trop longue, elle déborde, et va au-delà du nombre de mots autorisés. Il se laisse emporter, il est transporté, il nous parle de Rimbaud de son Rimbaud, comme un Proust pourrait nous en parler, comme une Régine Deforges pourrait nous l’offrir. Il nous donne sa propre littérature, une littérature de peintre, de photographe, de poète. Oh, le gros mot est lâché, de Poète.

Le rôle de la poésie est d’entrouvrir une porte, une porte immatérielle, et, qui, suivant son inclinaison donne sur l’enfer du néant ou la création permanente du jardin d’Eden.
Nous avons le choix, nous sommes libres, libre à chaque instant comme un Arthur Rimbaud , comme un Pierre Michon, libre de choisir sur quel vision ouvre cette porte personnelle.
Rimbaud est le dernier des pères de la poésie, père qui n’a pas de fils, Père sans Fils. Père parce qu’abstrait, (suivant son étymologie latine « séparé de »), une mère c’est trop concret pour Arthur Rimbaud, trop charnel, trop présent, trop aimant de manière concrète et possessive.

Pierre Michon nous offre la genèse d’un père qui n’aura pas de fils, il ne peut s’offrir que lui-même et disparaitre, nous laissant à notre tour libre. Libre de suivre Proust, Deforges, Michon ou de retourner explorer Céline.

C’était ma première entrée en lecture de Pierre Michon.
Et je dis, oui, je vous suis.

Les cendres de Babylone par James S.A. Corey

The Expanse, j’aime ce cycle car il respecte les conséquences des choix fait par les personnages. Il n’y a pas de Deus Ex Machina, même si parfois on peut trouver quelques Diabolicus ex machina, respectant en cela le principe, « si le pire peut arriver, le pire arrivera ».

J’aime beaucoup la conclusion de ce volume, par deux problèmes toujours existant en fin d’histoire mais l’un devient la solution de l’autre. C’est une belle conclusion.

J’ai pris beaucoup de plaisir à lire ces romans, alors que les cycles (excepté celui de Dune Père) bien souvent m’ennuient. Toutefois Je ne pense pas que je lirais les suivants, j’ai peur d’une dilution des personnages, et là où j’en sui cela me laisse une belle aventure en hard science fiction.

Voyage au bout de la nuit par Louis-Ferdinand Céline

Évidemment Céline !

Une écriture en coups de poings dans la gueule par lesquelles les cicatrisations font naître un nouveau visage, un nouveau regard.

Le voyage est une plongée dans l’humaine condition d’un temps, de tous les temps. Un voyage au cœur des injustice et de la noirceur de l’âme humaine, une âme vieille et noircie depuis 60 000 ans ! Céline n’aborde pas la lumière ! Mais comme disait Léonard de Vinci pour faire ressortir la lumière je travaille l’ombre.

Céline m’a permis de comprendre et de prendre garde à mes colères qu’elles ne doivent jamais se transformer en haine.

Si l’injustice reste, il vaut mieux prendre les habits de la tristesse et de la mélancolie pour la diluer que ceux de la haine ou du bourgeois mépris !

Une amie m’a peint un jour un portrait de lui à l’huile sur bois ! Ce tableau est toujours à ma gauche pour me rappeler que le génie n’est excuse pour Rien !

La peste par Albert Camus

Et voici un roman, une œuvre littéraire et philosophique qui me fut donné de lire jeune, (en 1980). J’ai en souvenir la question de notre professeur de français sur ce roman : Qu’elle est la question posée ? Et cette question posé par Camus raisonne encore et reste toujours d’actualité. La réponse est-elle à la hauteur : Collaborer ? Résister ? Choisir de faire, aimer, sauver, libérer ? Ou ne rien faire ? Dans notre monde ou Nietzche à voulu tuer « Dieu, le grand Esprit, Allah, Yahvé, Agapé » avec pour seul autre Dieu en substitution : Mammon, l’Argent et comme retour de bâton comme un don l’absurdité la plus crasse de notre monde, l’humanisme n’y suffira pas !

Alors la réponse de Camus à ce monde d’alors et d’aujourd’hui, c’est la Question posée. C’est agir en donnant et en demandant !

Les questions posées à ce monde cynique sont la Réponse, elles nous permettent de choisir malgré son absurdité d’agir pour ne pas sombrer dans ce rire diabolique qui laisse à penser que le cynisme est une forme d’intelligence.

La Peste me hante encore aujourd’hui !

Ce roman me hante !

Hanté mais confiant, non pas en l’Ego hyper-narcissique et consumériste mais en un Soi qui aime, qui aime soi et l’autre, les autres !

Le bruit et la fureur par William Faulkner

4 voix perdu dans la maison de cette campagne américaine tentent de raconter une disparition ! Une errance dans une drôle d’histoire, dans un drôle de paysage et en un drôle de temps, par de drôles de personnages !
Une étrange étrangeté qui m’envoûta et me laissa longtemps dans un drôle d’état !
Cet état était de celui de vivre hors du temps dans un gris hivernal ou chaque heure ressemble à la précédente et pourtant où quelque chose de grave se produit.

Je compris beaucoup de chose de ce roman quand la première fois je posai le pied aux USA côte ouest ! Faulkner était donc bien un « auteur d’Amérique ! » Un pays fait de bruit et de fureur !

À lire pour la première fois et ensuite se laisser envoûter par ce nouveau monde ! Dans l’inconscient de ce pays plane les fantômes des nations premières. Un écho imperceptible de « pieds nues sur la terre sacrée »

Quand les romans ouvrent ces portes sur les dimensions qui nous dépassent, et nous émerveillent.

Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier par Patrick Modiano

J’ai abandonné !

Je n’ai pas pu aller plus loin que la page 93 (hommage à Hugo, quand j’abandonne c’est toujours à la page 93, un peu par jeu) ! C’est la sixième fois en 40 ans que je ne vais pas au bout d’un roman ! (Aller j’avoue, j’ai lu le dernier chapitre pour voir comment l’histoire se terminait : alors, aucun regret !)

Comparer Modiano à Proust, comme je l’ai lu de quelques critiques, est une escroquerie !

Proust, qui d’une vie mondaine, aisé, de dandy et scandé par ses faiblesses, ses fragilités maladives et son vide existentiel, produit un joyaux du souvenir, une mémoire, par la langue trouvant sa source dans le cœur. Et finalement sa vie n’a pas été vaine, puisque « ces choses » valent la peine d’être remémorées.

Et ici,

Chez Modiano ?

Rien !

Aucun souvenir qui ne vaille la peine du travail de mémoire, aucune histoire, rien n’est vécu, ou alors le rien est vécu !

« Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier » est une sorte de concept mental et Modiano aime à donner des adresses, un plan de quartier, n’ayant pas la poésie des cartes d’antan. C’est une production purement mental, et qui donne à croire que de ne pas mettre un verbe dans une phrase, ça fait style !

J’ai un sentiment d’escroquerie.

Je ne sais pas pourquoi, cela m’a remémoré ces articles de presse parlant de la CIA qui favoriser dans les années 60 et 70 les artistes non figuratif ou conceptuel, comme Rothko que j’adore et Ben que j’abhorre. Pourquoi ai-je pensé à ce rôle de la CIA avant la page 93 ?

Modiano semble dire : « si vous avez compris ce que j’ai dit c’est que je me suis mal exprimé » (bon c’est d’Alan Greenspan un ancien président de la FED).

Le lecteur peut toujours y apporter son enthousiasme égocentré et croire lire quelque chose qu’il pense être du pure génie, et penser aussi qu’il est seul à comprendre combien c’est génial et alors prendre plaisir de lui-même, il obtient alors son égoportrait psychique !

Ils sont comme ces spectateurs hystérique au théâtres qui, à la fin de certaines très mauvaises pièces, se lèvent et acclament, et acclament encore, toute dignité perdus. Ils s’acclament eux-mêmes, et ils montrent à ceux qui les entourent, qu’eux, personnellement, ils ont compris la pièce, la mise en scène, le jeu des acteurs, et ils démontrent à tous l’existence de ce quelque chose qui ne peut êtres accessible aux communs des mortels, aux vulgaires, et ils s’acclament encore et nous montrent ainsi, à nous gens de peux de prix, combien ils sont géniaux en eux-mêmes, il force un égoportrait qui est bien de notre temps ! Et puis, à la fin quand, ayant pris son courage à deux mains, on interroge ces spectateurs enthousiastes sur ce qu’ils ont vu, pour comprendre à notre tour, ils balancent un salmigondis de mots, des pseudo concepts issues d’une langue de bois vermoulu ! Ils ne peuvent peut-être pas s’avouer qu’ils étaient face à leur propre néant !

Comment est-ce possible ?

Le Flash de L’herbe bleue pour Christiane F.

Pour trois livres de témoignage des années 70 l’Herbe bleue, Moi Christiane F. 13 ans, droguée, prostituée… et Flash.

J’ai lu ces 3 romans entre 1982 et 1983, en un temps ou je vivais des 20 ans difficiles. En ce temps là, comme beaucoup d’entre nous de cet âge nous pensions découvrir et vivre avec orgueil la subversion, alors que nous ne faisions que voyager en transgression et nous faisions route vers le néant.

contexte politique

John Ehrlichman, un ancien haut fonctionnaire de Richard Nixon, aurait admis ceci : « La campagne de Nixon en 1968 et la Maison Blanche de Nixon avaient deux ennemis : la gauche anti-guerre et les Noirs. Vous voyez ce que je veux dire ? Nous savions que nous ne pouvions pas rendre illégal d’être contre la guerre ou d’être noir, mais en amenant le public à associer les hippies à la marijuana et les Noirs à l’héroïne, puis à criminaliser les deux, nous pouvions perturber ces communautés. Nous pouvions arrêter leurs dirigeants, confisquer leurs maisons, interrompre leurs réunions et les diaboliser jour après jour aux informations du soir. Savions-nous que nous mentions au sujet des drogues ? Bien sûr que nous le savions. »

« [Le président Nixon] a souligné que vous devez faire face au fait que tout le problème sont les Noirs. La clé est de concevoir un système qui reconnaisse cela tout en ne le montrant pas. »

A cette époque nous ne devinions pas que pour les états grâce à l’expérience des USA, des jeunes droguées étaient préférables à des jeunes en révolte politique (Les brigades rouges, bande à Baader ou action direct mais aussi tout un ensemble de rassemblement plus doux) rappelé dans le film « Après la guerre » d’Anarita Zambrano (splendide tragédie grecque moderne).

l’illusion

Mais en 1980 nous vivions encore sur le mythe que la drogue est un moyen de libération. Et nous regardons de ce coté avec envie ou dégout mais aucunement avec indifférence. Et voilà qu’apparaisse alors ces témoignages sur ces fameux voyages dans l’univers de la drogue. Nous cherchions aussi l’aventure.

L’Herbe bleue Beatrice Sparks 4688 lecteurs sur Babelio

Moi, Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée… de Christiane V. Felscherinow, 3300 lecteurs sur Babelio

Flash ou le grand voyage de Charles Duchaussois, 1257 lecteurs sur Babelio

(Alors pour comparer 12509 lecteurs pour « Demain j’arrête ! » de Gilles Legardinier, ce qui n’a rien à voir bien sur)

Je me demande si le groupe Babelio est un panel représentatif des lecteurs français ou francophone.

les trois livres

C’est alors difficile de retranscrire ce que fut en ce temps ces trois témoignages.

Je n’aimais pas le Charles Duchaussois, son témoignage avec quelque chose de complaisant et de prétentieux. Cela pouvait dénoncer le danger de l’héroïne mais cela aussi pouvez donner l’envie de vivre ce grand flash (on pouvait toujours se dire que nous serions plus fort que l’addiction possible). Je ne me souviens pas non plus d’une belle écriture.

L’herbe bleue m’avait à l’époque plongé dans une drôle d’impression, en tant que garçon ont été presque amoureux de cette jeune fille Alice. On avait envie de la sauver et on sentait bine les dangers de la drogue et de la déchéance qu’elle portait. Ce n’est que plus tard que j’ai appris qu’Alice n’existait pas et que l’herbe bleue était en fait un roman d’une romancière américaine Beatrice Sparks.

Quand au dernier Moi, Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée…, je me retrouvais face a un vrai malaise, une vraie dureté, un vrai chemin dangereux. Ce fut le dernier que je lu en 1983 avant de sortir de la zone dangereuse.

C’est ce dernier qui a mon sens mérite d’être lu pour le témoignage qu’il fut.