Les furtifs par Alain Damasio

Note : 1 sur 10.

Autant la horde du contrevent m’avait séduit, pour son écriture chorale (avec quelques réticences sur la pagination et les signes kabbalistiques des personnages), autant Les furtifs m’ont profondément ennuyé, par les procédés multiples ne portant aucun sens profond, par son intrigue ou sa chronique, qui n’avance pas réellement. Une œuvre chorale comme une écriture multi-personnages ou multi-intrigue ou de chronique et une écriture qui nécessite de maitriser à la perfection, l’art du jongleur ou de la jongleuse. Tolstoï dans Guerre et Paix, Herbert dans Dune ou Anne Vassivière dans Parties Communes, sont toutes les trois de brillantes jongleuses. Damasio est alors tout juste un apprenti qui tente les trois balles et qui se perd en maladresses diverses.

Je n’aurais aucune citation à vous offrir, à vous donner où à partager. La lecture a été pour le moins étrange. Dès la 10ème page, je commençais à lire une phrase sur deux, puis un paragraphe sur deux et puis j’arrive à un chapitre sur deux, et pour sauter finalement un ensemble de chapitre sauf le survol de quelques phrases qui me montraient que l’histoire n’avançait pas vraiment. Quand on lit du Giono, du Colette, du Duras ou du Mauriac, on se retrouve accroché par le style et on en savoure chaque phrase. Ici, rien ! Pauvreté de la phrase, pauvreté d’un propos devenu maintenant presque trop lieu commun. Toutefois j’ai lu les cinq derniers chapitres comme un effort à faire, comme si j’allais avoir enfin une révélation !

Déception !

J’appelle ce roman Déception. Trop bavard pour être.

Notre-Dame-des-Fleurs par Jean Genet

Bien ! Voilà voilà. Ne soyez pas trop fâché contre moi.

41 ans plus tard je relie Jean Genet et plus particulièrement Notre-Dame-Des-Fleurs. Aujourd’hui comme hier je n’aime pas plus Tintin. Comme à l’époque ce roman reste un Tintin « Bad boy ». Tintin de la Prison à Michou. Ce que je n’aime pas chez Tintin se résume a peu de chose, mais rédhibitoire pour moi.
Tintin est ultra bavard, trop de texte pléonasme du Dessin.

Dans tintin, l’humanité est tronquée de sa moitié, sa moitié féminine.
La seule femme que l’on décrive est une caricature féminine ou tout le genre s’y retrouve, Bianca Castafiore.

Et bien dans ce Roman de Genet c’est de même. La seule femme du roman est une mauvaise mère et les hommes se partagent les deux genres, le masculin et le féminin et toujours dans une outrance très théâtrale.

Au début cela m’a fait sourire et plus j’avançais dans la lecture, plus cela me démangeait et cela finissais même par m’irritais. Cette appropriation du genre féminin et du rejet des femmes me conduisait doucement à la colère.

En 1980, je m’étais fâché avec un ami qui « A-DO-RAIT ! » ce roman et sur sur son insistance j’avais lu une partie de l’œuvre de Genêt, et, lui il refusait de lire Dune, il considérait que c’était de la sous-littérature.

Il y a prescription.

Toutefois 41 ans plus tard j’éprouve les mêmes réserves vis-à-vis de Genet. Bien sur, je le trouve Transgressif à souhait et à plaisir sans être aucunement Subversif. Il possède déjà tout ce qui fera la gloire du CANAL + des années 90.
Il y a chez Genet une sorte de mépris pour une grande partie des humains. Je crois que je n’aurais pas aimer fréquenter le bonhomme. Je sais bien qu’il inverse les valeurs et explore avant l’heure le genre, il a une belle écriture mais… Mais, a cause de ce sentiment de mépris un peu hautain et mâtiné de dandysme sombre, je ne relirais pas plus avant son œuvre.

Un de Baumugnes par Jean Giono

Dévorer Jean Giono et plus spécifiquement « Un de Baumugnes » pour en digérer toute la grandeur sans connaitre l’essence de la bourgeoisie, conduit à un malentendu.

Le bourgeois est le mâle qui occupe et, par ses habitudes, habite le bourg. Il s’est donné comme unique spécialité de construire murailles et murs pour se protéger et enfermer ses certitudes. Ainsi se dessinent des rues, avenues, places et impasses qu’il connait parfaitement et maitrise avec suffisance. Il se protège de l’extérieur, de la forêt, de la nature et surtout de ce qui le terrorise au plus haut point : l’inattendu du cosmos. Le bourgeois est une créature de peur qui forge de la certitude en lieu et place de la confiance et de la foi. Il assemble des règles et des lois comme substitut à la justice et à la vérité toujours en mouvement. Il constitue des contrats pour éloigner l’amour et le désir de l’autre, cet inconnu. Le bourgeois est étriqué et anxieux devant tous mysticisme, toute spiritualité et toutes questions communes qui relient les humains entre eux. A la fin, tout ennui, toute pulsion se transforme en lui en perversion, en haine de l’autre. Paniqué par la mort, le bourgeois vole le temps des autres sous sa forme « argent », il l’accumule notamment en leur vendant des objets frelatés. Le bourgeois a conçu un univers fait de néant. Aujourd’hui le bourgeois est néolibéral, athée, ultra-narcissique. Il rêve que le transhumanisme et le big-data du futur calculé sont les réponses à ses frayeurs. Au mieux, le bourgeois pourrait être le jeune homme riche des évangiles, il pourrait être sauvé s’il se libérait de ses peurs.

Le héros d’ »Un de Baumugnes » est un vieil homme qui appartient à la classe sociale la plus basse. Journalier du monde rural, il traverse le monde sauvage pour offrir ses bras et son temps en échange du gîte et du couvert. La menue monnaie lui sert à « boire le litre » avec des gens de rencontre. Il n’est riche que de son amour des autres, de sa foi et de sa confiance en une vérité qui le dépasse.

Dans ce roman, le bourgeois est un paysan physiquement et psychiquement blessé qui enferme sa fille dans une cave car elle a été engrossée en dehors du contrat. C’est dans l’enceinte de ses clôtures qu’il décide des lois, règles et certitudes de son monde, son fusil est son sceptre. Comme chez Thérèse Desqueyroux de Mauriac, l’enfermement des filles et des femmes est une constante dans la manière de procéder de la bourgeoisie.

Le journalier est le héros grec, Hector fortuit qui redonne confiance et rouvre le monde à l’inattendu de la vie ne demandant qu’à se répandre. Ce héros est du « pays d’en haut » où la vérité est construite de confiance et d’amour. Le couple et l’enfant sauvée pourront se rendre alors au « pays d’en haut », le héro restera dans la vallée pour achever son œuvre.
Lire Giono sans comprendre la spiritualité de l’écrivain, c’est comme lire Hannah Arendt ou Simone Weil sans percevoir leur lumière humaine et leur grâce ; c’est se cantonner à l’enfermement bourgeois qui, par décision de Pouvoir, veut définir ce qui est Bô, Aart, Kulture ou Loi.