Que me soit accordé le silence Sioux

Vent, que je puisse accueillir,
non pas le silence qui rend prisonnier de soi-même mais celui qui libère et ouvre au renouveau,
non pas le silence du corps épuisé par les paradis artificiels mais celui d’une âme qui respire,
non pas le silence de la peur des autres et du monde mais celui qui rend proche de tout être vivant et de l’univers,
non pas celui de l’égo froid, indifférent, hautain mais celui qui enracine, fortifie et purifie la tendresse,
non pas le silence de l’absence nue, du monologue solitaire mais celui de la rencontre, de l’intimité au Vent,
non pas le silence de la lâcheté, de la capitulation mais celui qui prépare au combat du guerrier pour la vérité,
non pas le silence des exclus, des sans-voix mais celui qui nourrit la force des peuples qui se lèvent,
non pas le silence de la personne humaine qui fuit mais celui de la personne humaine qui cherche et questionne,
non pas le silence de la personne humaine qui rumine ses échecs mais celui qui réfléchit pour en découvrir les causes et la beauté,
non pas le silence de la nuit du désespoir mais celui qui attend la lumière de l’aurore, l’espérance,
non pas le silence de la rancune, de la haine, de la vengeance mais celui de l’apaisement et du pardon,
non pas le silence du bavard, rempli de mots, de lui-même mais celui du cœur qui écoute le murmure des feuilles dans le Vent,
non pas le silence envahi par trop de réponses à de vaines questions mais celui de l’émerveillement et de l’amour de la terre sacrée,
non pas le silence de l’oubli, de l’arbre des morts mais celui où la matière entend Vent, en préparation à la Lumière de Tanka Wanka.


L’homme qui dormait sous mon lit, Pierre Notte

Au Rond Point, un samedi soir. . .
Je ne vous raconterais pas
Allez-y et vous serez, comme le dormeur, réveillé
Après vous renterez et y repenserez
Le fièvre
L‘angoisse
L‘insomnie et le plongeon
Mais au matin levant, vous serez grandi


Celle qui en parle merveilleusement bien est une autrice dont je suis le Blog : Allez voir . . .

Anne Vassivière : Ce que je dois au théâtre

Et Pierre Notte lui même :

ENTRETIEN

Quel rapport y a-t-il entre Je te pardonne (Harvey Weinstein) en juin dernier, et L’Homme qui dormait sous mon lit aujourd’hui ?

La honte. C’est le moteur. Une honte objective et partagée, mais il y a pire. Cette honte de soi, de moi. Quand je mesure la puissance de mon incapacité à agir, à intervenir. De mon impuissance. Rester immobile, encore, face aux petites barbaries qui s’exercent partout, qui pullulent et prolifèrent. Ne rien faire. Cette honte de l’inertie. Le mal fait aux femmes et la honte d’être un homme, cela fermente, cela bout. Cela donne L’Histoire d’une femme ; Sur les cendres en avant ou Je te pardonne (Harvey Weinstein). C’est encore écrire contre, jamais pour. Contre l’impuissance et l’inaction. Ou en réponse, en écho. Faute de mieux, faute d’agir. Ici, faute d’une parole politique, d’un geste engagé, il reste l’invention possible d’un dialogue entre les parties… On ne fait rien, on fait semblant, mais c’est déjà ça. Et on en rit, aussi. C’est la moindre des choses, par souci de décence…

Et là, vous imaginez le pire : un monde où on pousserait les réfugiés au suicide?

C’est « inimaginable » ? Ce n’est pas déjà ce que l’on vit ? Le pire, c’est le mépris dont on s’arrange. Toutes hontes bues. Recueillir l’autre, l’accueillir et le sauver, bien sûr. Mais qu’il s’adapte, qu’il prie ses dieux avec discrétion, qu’il ne regarde pas nos filles de travers, qu’il baisse un peu sa musique s’il vous plaît. Et qu’on ait droit à quelque compensation, tout de même. Et quand le bien est accompli, elles ressurgissent toujours, les bestioles immondes de l’égoïsme, de l’autosuffisance, du confort personnel, de la peur qui exclut. Dans le couple, pareil. Dans le travail, pareil. Dans le monde, pareil. Fouiller le pire, c’est toujours aller chercher ce à quoi pourrait ressembler le monde s’il faisait un petit pas en avant vers le pire où on se laisse aller. La poussière sous le tapis, les secrets de famille dans les caves à vin, et le réfugié par la fenêtre.

Et ici, tout finit bien… Vous vous foutez du monde?

Ça doit être sanglant, saignant, rapide et hargneux. Mais ça finira bien, oui, la musique arrivera, enfin, et la réconciliation possible. La danse, et la vie, souriante, simple, une illusion. Écrire, c’est partager une honte. On fouille, on creuse, on fonce droit dans le fond du pire pour chercher aussi un peu de lumière.

PIERRE NOTTE,PROPOS RECUEILLIS PAR L’AVANT-SCENE THÉÂTRE
POUR L’AVANT-PROPOS AU TEXTE PUBLIÉ

Sentier de senteur silencieux

Au petit matin naissant, prenant le sentier silencieux de l’oraison, je suis parvenu à Gethsémani, au jardin des oliviers. Lui, il était là, dans un cercle de troncs noueux, assis, adossé contre le plus ancien de ces oléacées. Des larmes sourdaient entre ses paupières fermées. Je restais caché derrière un de ces arbres. Au loin, j’apercevais les apôtres allongés, endormis. Mais en dehors du cercle, dans un éclat de lune, je découvrais une autre personne : une femme à genoux priait. C’était Marie de Magdalena. Elle priait parce qu’elle regardait Jésus. Elle voyait que depuis quelques instants il était devenu homme, entièrement humain, uniquement humain. Il souffrait pour avoir vu tout ce qui allait arriver à partir de ce moment-là. Il savait le reniement et la fuite à venir de ses disciples pour l’instant endormis ; la trahison, les humiliations, la torture, la souffrance et ce long chemin d’épuisement et de supplice le long de la piste de mort vers le mont du crâne ; les hurlements de haine, les crachats, les insultes et, pire que cela, les moqueries imbéciles et aussi la tristesse des pleurs des femmes encore debout. Il voyait sa crucifixion, puis les ténèbres de sa mort et le néant. Marie la Magdalénienne voyait enfin l’homme qu’elle aimait, dans sa totalité, et pour le pire de sa fin de vie. Elle priait pour lui, pour elle aussi. Elle priait d’avoir le courage d’aller jusqu’au bout du chemin en flammes. Elle le faisait aussi pour les apôtres, pour qu’ils puissent affronter leurs reniements, leurs fuites, leurs terreurs, eux qui, auprès de lui, avaient des rêves de petits garçons, des rêves de gloire et de grandeur. Ils allaient être perdus, elle et l’autre Marie devraient s’occuper d’eux. Mais pour l’instant, elle priait pour lui et se laissait aimer cet homme qui n’était plus le maitre.

Je restais dissimulé derrière mon olivier, une oraison au cœur, une senteur de printemps dans la poitrine. Je ne pouvais pas Lui parler, juste regarder Jésus et Marie Madeleine, voir l’homme et la femme qu’ils étaient ce soir là à Gethsémani.