L’Effort d’être spectateur par Pierre Notte

Citations

La télévision le rend tel quel, le réel, c’est-à-dire qu’elle le crache, le recrache, parfois le vomit. Elle va le chercher dans les poubelles, ou elle le reproduit dans ses studios, comme il est dans la vie vraie. Cela fait de moi, la plupart du temps, un consommateur, un gros mangeur de choses réelles (je n’évoque pas ici les génies qui tentent de réorganiser ces états de fait du monde représenté, qui remettent tout en cause).
Au cinéma, je lève la tête vers des choses grandes, qu’elle me donne à voir j’assiste à des imitations du vrai, je consomme des reproductions de la réalité. Devant la télévision, je baisse la tête devant une petite chose, dans laquelle tout est plus petit, je deviens un bouffeur du vrai d’une vérité devenue obscène, énorme, en gros plan et le plus souvent sans aucun artifice.
Au théâtre, le réel est plus rare, la vérité apparaît dans la complicité du mensonge admis, et elle n’est jamais entière. Le réel se laisse transfigurer, faute de moyens. Et je deviens un être qui pense, qui cherche, qui imagine, qui transcende ce qui est donné, et qui agit de surcroît sur la représentation en cours, puisque je suis là et que je réagis. Financièrement, physiquement, intellectuellement, je suis sollicité, et activement, je ne suis pas un consommateur plus ou moins manipulé.

Commentaire personnel : En nous volant le théâtre et les salles de danses le coronavirus nous volent notre humanité

Réception personnel

Je n’ai pas lu beaucoup du mois de mars 2020 à juillet 2020. Je n’avais pas la psyché et l’esprit à lire. Je sais maintenant que tout roman que je lirais aura été écrit avant mars 2020 ou après 2020. Comme il y avait eu un avant 11 septembre 2001 et un après, comme il y avait eu un avant 13 novembre 2015 et un après. Mais je pense que cette année 2020 dépassera de loin toutes les autres.

Les grandes questions ont été posé.

Pourtant les spectacles continueront. Les acteurs se donnerons de la peine pour avec l’impulsion et vision de metteurs en scènes, la créativité d’écrivains, des pièce de théâtre seront présenté et il y aura des spectateurs.
Je serais spectateurs et je vivrais cette aventure du spectacle vivant. Être tous là, et assister à la genèse d’une soirée ou un monde né, vit et meurt sur scène. Une allégorie, une parabole, un symbole de nos propre vie en court. L’Effort d’être spectateur de Pierre Notte est une vraie réflexion sur cela. La place du spectateur qu’il voit m’a touché au plus profond.

Je vous invite à le lire.

Et plus je vous invite à aller le voir sur scène avec ce texte, c’est prodigieux d’intelligence.

Et je retournerais vite réécouter et revoir du théâtre, de la danse contemporaine et du spectacle vivant. Tous ces gens de l’intermittence ont souffert au plus haut point, mais ils nous sont indispensables comme les soignantes soignants, les éboueurs et les ramasseurs de légumes. Ils sont le dernier lieu ou nous pouvons réapprendre l’esprit critique.

Soyons des spectateurs et acceptons d’être subversif !

XYZ chez Georges Appaix

Et puis, il y a Georges Appaix, et la danse entre comme par douce effraction dans nos corps, nos oreilles et nos yeux. Les danseuses et les danseurs occupent l’espace, s’y rencontrent, s’y émulent et nous offrent un scène qui devient un univers, qui mute en un cosmos heureux, une idée de bonheur, une paix trouvée s’empare de nous. Georges Appaix est un faiseur, un soigneur, un thaumaturge qui est venu porter son soin sur nos vies bruyantes, chaotiques en proies au tohu-bohu initial mais qui trouve alors son sens, sa direction.

Et les danseuses et les danseurs sont là, suivant les idées de cet personne humaine entrée comme par effraction dans la danse contemporaine. Il y a aussi là, le théâtre de la vie. Si Anne Theresa de Keersmaeker est une prêtresse, une initié, Georges Appaix est Aladin ou Sinbad le marin, un joyeux voleur qui vole les lourdeurs de nos vies, et y dépose en remerciement une perle de bonheur. Georges Appaix est un buveur de Côte-Rôtie, un humaniste qui nous rappelle que la vie vaut la peine d’être vécu.

En sortant de la salle, nous avons réveillé en nous le sens de la fête, la vraie, celle qui vide les greniers et les caves de ce qui reste, par le partage avec tous pour que les Greniers et les Caves puissent maintenant accueillir la nouvelle moisson, la nouvelle vendange.
Dans la danse nous ne consommons pas, nous n’industrialisons pas, nous ne capitalisons pas, nous vivons, et puis nous brulons de nos feux intérieurs rallumés et que nous offrons en partage aux corps glacés de nos contemporains qui sont resté devant les cours de la bourse ou en hypnose devant les dernières inepties LREMISTES.

Merci Georges, à ta façon tu terrasses aussi le Dragon.

Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand

Pourquoi, ne le voit-elle pas, pourquoi ne l’entend-elle pas, pourquoi ne le ressent-elle pas ?
Pourquoi le lui cache-t-il qu’il l’aime, pourquoi donne-t-il au jeune homme cet amour qui venait vers lui ?

Et le jeune homme pourquoi ne se rend-il pas compte de l’usurpation ?

Voilà le socle d’une tragédie sentimentale absolue.

Voilà le génie de Rostand, cet explorateur de l’âme humaine qui met à nu l’amour et nous fait ressentir sa puissance Colossale.

Cette pièce (avec « sur la route de Madison » – le film de monsieur Clint) est une œuvre qui m’a tiré du cœur les larmes les plus profondes, et quand je repense à elle, ces larmes reviennent comme une eau purificatrice. Elle est inscrite, je l’ai vu plusieurs fois au théâtre et j’aime bien aussi la version cinéma avec monsieur Depardieu.