J’y arriverai un jour par Patrice Chéreau

Chéreau est mort à Clichy le 7 octobre 2013, il est mort en balance alors qu’il était né en scorpion le 2 novembre 1944 quelques jours après Coluche, un autre scorpion. Il a consacré sa vie à ces quelques planches posées sur des tréteaux ou est offert la possibilité de voir des drames se nouer et se dénouer.
Il découvre Koltès, Magnifique solitudes dans les champs de Cotons ou La nuit juste avant les forêts. Et puis il y a eu Phèdre avec la magnifique Dominique Blanc.

Après tout ce temps cette pièce me hante encore. Mystère des planches, mystère des actrices et des acteurs, mystère de la mise en scène. Triple mystère qui ne cache aucun secret juste du travail, du travail et le désir d’y arrivait.

Chéreau est, LE metteur en scène !

J’y arriverai un jour

Cet ouvrage collectif, court, concis dans une collection au format adorable, inattendu en son temps (Actes sud), est une graine pour comprendre la richesse du travail de Chéreau !

Comprendre ce qu’est la représentation de l’âme humaine quel qu’en soit sa forme (théâtre, cinéma, opéra et même littérature et poésie), Chéreau l’a fait avec le langage du corps et du décors. Ce langage si ancien, si pure, si spirituel (mystique) que l’on trouve aussi dans la danse (Pina Bausch, Anne Teresa de Keersmaeker, Maguy Marin) dans les arts martiaux (le Kendo pour moi), la cuisine de Thierry Marx ( et sa trinité la maitrise du geste, la maitrise du feu, la maitrise du temps) ou même un art très difficile en littérature, peut-être le plus difficile l’érotisme, Cette érotisme que l’on vit ou aimerait vivre et celui que peu de gens savent vraiment écrire dans le temps qui est le leur (Anaïs Nin, Anne Vassivière, etc…).

Et à la lecture de ce petit livre, qui nous restitue à merveille le chemin de cette personne humaine, il nous donne l’énergie d’entreprendre notre propre chemin ! Et nous savons qu’il est mort, mais n’est-il pas éternel dans cet univers en création permanente ou chaque jour porte sa nourriture inattendue.

Je retiens deux phrases :

Devenir la personne qui je ne suis pas encore !

C’est en regardant un peu en arrière que l’on mesure à quel point le travail de Chéreau constitue bien son œuvre !

La nuit juste avant les forêts de Bernard Koltès

Parce que cette pièce écrite en 1977 est toujours vivante et vibrante.
Le texte m’avait retourné lorsque je l’avais vu joué par Denis Lavant en novembre 2000 aux abbesses. elle reste ancrée et encrée en moi.
Elle se rappelle a moi, chaque fois ou je croise un SDF perdu dans sa misère et dans sa lumière.

On ne peut que écouter et ré-écouter ce texte qui transcende tout les plans séquences. La condition humaine dans toute sa splendeur.

Le théâtre ou il ne reste plus que le chœur d’un cœur !

Le film n’est visible que jusqu’au samedi 11 novembre 2020.

L’Effort d’être spectateur par Pierre Notte

Citations

La télévision le rend tel quel, le réel, c’est-à-dire qu’elle le crache, le recrache, parfois le vomit. Elle va le chercher dans les poubelles, ou elle le reproduit dans ses studios, comme il est dans la vie vraie. Cela fait de moi, la plupart du temps, un consommateur, un gros mangeur de choses réelles (je n’évoque pas ici les génies qui tentent de réorganiser ces états de fait du monde représenté, qui remettent tout en cause).
Au cinéma, je lève la tête vers des choses grandes, qu’elle me donne à voir j’assiste à des imitations du vrai, je consomme des reproductions de la réalité. Devant la télévision, je baisse la tête devant une petite chose, dans laquelle tout est plus petit, je deviens un bouffeur du vrai d’une vérité devenue obscène, énorme, en gros plan et le plus souvent sans aucun artifice.
Au théâtre, le réel est plus rare, la vérité apparaît dans la complicité du mensonge admis, et elle n’est jamais entière. Le réel se laisse transfigurer, faute de moyens. Et je deviens un être qui pense, qui cherche, qui imagine, qui transcende ce qui est donné, et qui agit de surcroît sur la représentation en cours, puisque je suis là et que je réagis. Financièrement, physiquement, intellectuellement, je suis sollicité, et activement, je ne suis pas un consommateur plus ou moins manipulé.

Commentaire personnel : En nous volant le théâtre et les salles de danses le coronavirus nous volent notre humanité

Réception personnel

Je n’ai pas lu beaucoup du mois de mars 2020 à juillet 2020. Je n’avais pas la psyché et l’esprit à lire. Je sais maintenant que tout roman que je lirais aura été écrit avant mars 2020 ou après 2020. Comme il y avait eu un avant 11 septembre 2001 et un après, comme il y avait eu un avant 13 novembre 2015 et un après. Mais je pense que cette année 2020 dépassera de loin toutes les autres.

Les grandes questions ont été posé.

Pourtant les spectacles continueront. Les acteurs se donnerons de la peine pour avec l’impulsion et vision de metteurs en scènes, la créativité d’écrivains, des pièce de théâtre seront présenté et il y aura des spectateurs.
Je serais spectateurs et je vivrais cette aventure du spectacle vivant. Être tous là, et assister à la genèse d’une soirée ou un monde né, vit et meurt sur scène. Une allégorie, une parabole, un symbole de nos propre vie en court. L’Effort d’être spectateur de Pierre Notte est une vraie réflexion sur cela. La place du spectateur qu’il voit m’a touché au plus profond.

Je vous invite à le lire.

Et plus je vous invite à aller le voir sur scène avec ce texte, c’est prodigieux d’intelligence.

Et je retournerais vite réécouter et revoir du théâtre, de la danse contemporaine et du spectacle vivant. Tous ces gens de l’intermittence ont souffert au plus haut point, mais ils nous sont indispensables comme les soignantes soignants, les éboueurs et les ramasseurs de légumes. Ils sont le dernier lieu ou nous pouvons réapprendre l’esprit critique.

Soyons des spectateurs et acceptons d’être subversif !