Histoire d’une âme par Sainte Thérèse de Lisieux

Belles pensées de cette jeune femme

Parfois je me sentais seule, bien seule; comme aux jours de ma vie de pensionnaire, alors que je me promenais triste et malade dans la grande cour, je répétais ces paroles qui toujours faisaient renaître la paix et la force en mon cœur:
«La vie est ton navire et non pas ta demeure’!… »
Toute petite, ces paroles me rendaient le courage; maintenant encore, malgré les années qui font disparaître tant d’impressions de piété enfantine, l’image du navire charme encore mon âme et l’aide à supporter l’exil.

Un Savant a dit: «Donnez-moi un levier, un point d’appui, et je soulèverai le monde. » Ce qu’Archimède n’a pu obtenir, parce que sa demande ne s’adressait point à Dieu et qu’elle n’était faite qu’au point de vue matériel, les Saints l’ont obtenu dans toute sa plénitude. Le Tout-Puissant leur a donné pour point d’appui: lui-même et lui seul. Pour levier: l’oraison, qui embrase d’un feu d’amour. Et c’est ainsi qu’ils ont soulevé le monde, c’est ainsi que les saints encore militants le soulèvent et que jusqu’à la fin du monde les Saints à venir le soulèveront aussi.

Elle veut tout, parce qu’elle ne veut rien et elle ne veut rien, parce qu’elle veut tout. Sa docilité est active, et son indifférence amoureuse. Elle n’est à Dieu qu’un oui vivant.

Sous le pluie de son âme

A venir, lecture en cours et, dans sa pureté d’enfant retrouvé elle me secoue, déjà beaucoup. Presque proustien !
A suivre…

Et c’est à venue, la lecture a pris fin. Et pourtant sa présence continue.

Elle veut tout, parce qu’elle ne veut rien et elle ne veut rien, parce qu’elle veut tout. Sa docilité est active, et son indifférence amoureuse. Elle n’est à Dieu qu’un oui vivant.

L’histoire d’une âme est un ouragan d’amour. Ces vents forts sont soufflés par une petite fille de 5 ans. Sa parole, son écriture, son engagement, annonce déjà des peintres comme Picasso, comme le douanier rousseau et surtout Séraphine. Par moment Proust pouvait se rapprocher de la simplicité de l’enfant, en parlant sans respirer.
Thérèse ne possède qu’une voix et qu’une voie pour exprimer sa foi. Sa foi profonde; mais la foi peut-elle être autre chose que profonde ? La foi ce n’est pas l’espoir, qui est une construction mentale et appartient au monde; la foi ce n’est pas le savoir, qui est une accumulation de mots organisés pour se souvenir; la foi c’est un saut à travers le néant sans savoir et sans espoir, juste cette folie de le traverser et de changer alors d’état, c’est vivre l’expérience de la co-naissance. La foi c’est le témoignage de cette petite fille, Thérèse, de 5 ans.

Mais ne nous trompons pas, elle n’est ni naïve, ni bécasse. Elle dit, à la suite de Marie : OUI.

Pour aborder ce livre, il faut accepter d’écouter une petite fille de 5 ans qui va parler de son amour avec ses mots. Elle parle de l’amour qu’elle a pour sa mère, pour ses sœurs, pour ses frères, pour son père et pour Jésus qui est son chemin, sa voie vers Dieu, qui est la grande Question d’amour infini.

Pour aborder ce livre, il faut être capable de s’attendrir au plus profond de soi, être capable de contempler un tableau de Séraphine et ne pas en parler mais vivre l’expérience de la grâce.

Oui, je veux passer mon ciel à faire du bien sur la terre.

La pesanteur et la grâce par Simone Weil

Des citations qui me touchent

Être et avoir. – L’homme n’a pas d’être, il n’a que de l’avoir. L’être de l’homme est situé derrière le rideau, du côté du surnaturel. Ce qu’il peut connaître de lui-même, c’est seulement ce qui lui est prêté par les circonstances. Je est caché pour moi (et pour autrui) ; il est du côté de Dieu, il est en Dieu, il est Dieu. Être orgueilleux, c’est oublier qu’on est Dieu…

J’aime à croire aussi qu’après le léger choc de la séparation, quoi qu’il doive se produire pour moi, vous n’éprouverez jamais à ce sujet aucun chagrin, et que s’il vous arrive parfois de penser à moi ce sera comme à un livre qu’on a lu dans son enfance. Je voudrais ne jamais tenir d’autre place dans le cour d’aucun des êtres que j’aime, afin d’être sûre de ne leur causer jamais aucune peine.

Les textes de Simone Weil appartiennent à cette catégorie des très grandes ouvres qui ne peuvent être qu’affaiblies et trahies par un commentaire. Mon seul titre pour présenter ces textes est que mon amitié avec l’auteur et les longues conversations que nous eûmes ensemble aplanissent pour moi l’accès de sa pensée et me permettent de replacer plus facilement dans leur éclairage exact et leur contexte organique certaines formules trop abruptes ou insuffisamment élaborées. Il ne faut pas oublier en effet qu’il s’agit ici,
comme chez Pascal, de simples pierres d’attente, posées au jour le jour et souvent en hâte, en vue d’une construction plus complète qui ne vit, hélas ! jamais le jour.

L’amitié ne se laisse pas détacher de la réalité, pas plus que le beau. Elle constitue un miracle, comme le beau. Et le miracle consiste simplement dans le fait qu’elle existe. À vingt-cinq ans, il est largement temps d’en finir radicalement avec l’adolescence…

« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »
Là est la véritable preuve que le christianisme est quelque chose de divin.

Ne pas juger. À la manière du Père des cieux qui ne juge pas : par lui les êtres se jugent. Laisser venir à soi tous les êtres, et qu’ils se jugent eux-mêmes.
Être une balance.
On ne sera pas jugé alors, étant devenu une image du véritable juge qui ne juge pas.

Père et la faiblesse du Christ se répondent. Absence de Dieu. Le royaume des cieux est comme un grain de sénevé… Dieu ne change rien à rien. On a tué le Christ, par colère, parce qu’il n’était que Dieu.

La religion en tant que source de consolation est un obstacle à la véritable foi : en ce sens, l’athéisme est une purification. Je dois être athée avec la partie de moi-même qui n’est pas faite pour Dieu. Parmi les hommes chez qui la partie surnaturelle d’eux-mêmes n’est pas éveillée, les athées ont raison et les croyants ont tort.

On dégrade les mystères de la foi en en faisant un objet d’affirmation ou de négation, alors qu’ils doivent être un objet de contemplation.

Mon expérience de lecture

A venir et j’avance de jour en jour. Je suis, par cela profondément bousculé. Je n’ai pas encore finis. Il me faut parfois relire plusieurs fois la même phrase, comme un refrain, une complainte, un oubli de soi.
à suivre…

Et voilà 10/09/2020 !

« Je digresse beaucoup, car je suis ainsi, les correspondances viennent et je n’y puis rien. »

1940-1942

La deuxième guerre fait rage.

D’un point de vue des personnes humaines qui vivent cette époque, ce temps la vie, les choix sont certainement très incertains. Je pense à mon père qui avait 20 ans, à mon grand père qui engagea sa famille dans la résistance, à ma grand-mère qui avait peur pour sa famille, mais aimait son époux.

Une petite philosophe de 32 ans rencontre un philosophe paysan Gustave Thibon. Et au cœur de cet amitié, la petite philosophe va remettre à cet homme de six ans son ainée, ses carnets et notes avant son départ pour les États-Unis.

En 1947, il en tire la pesanteur et la grâce. Ce qui fera connaitre Simone Weil.

Paradoxalement ce sont ces derniers écrits qui la révèleront comme une grand penseuse (panseuse) du 20ème siècle.

Le 28/08/2020 j’écoute les chemins de la philosophie. Adèle Van Reeth Reçoit Camille Riquier, philosophe de la croyance. Philosophe que je prends plaisir a l’écouter. Adèle lui demande s’il a déjà pensé a répondre à la question qu’est-ce que la philosophie ? Il dit que tout philosophe à un moment de sa vie, vers la fin, se pose la question de ce qu’est la philosophie. Il pense qu’il n’est pas encore assez mature pour se la poser. Alors je pense à Simone Weil et à la pesanteur et la grâce, et je comprends qu’elle a laisser en héritage à Gustave Thibon sa pensée autour de cette question. Elle va plus loin puisqu’elle associe cette question fondamentale à une autre qui est celle de la Foi, de Croire, de rechercher la pureté.

Cette compilation de carnets de notes de 1942 fait écho à une autre compilation de carnets de notes prises à la volé entre juin 1943 et novembre 1944 en Hongrie et qui seront publié en 1976, (j’avais 14 ans), les Dialogues avec l’ange.

Des mots, des phrases, des mois choisi qui font écho a une dimension, une vibration, une lumière dont on a le sentiment d’être coupé.

Les années 40 !

A-t-on idées encore de ce que cela pouvait être que de vivre dans ce monde ou il fallait choisir son camps ou n’en choisir aucun ? Et ces texte sont écrit a ce moment là ?

Cela me bouscule, cela m’interroge.

Lire la pesanteur et la grâce c’est prendre le risque de perdre pied et de comprendre par fulgurance et de perdre pied à nouveau. Surtout le lire en nos propre temps, ou la foi semble n’être plus qu’un mythe de petit enfant ayant encore un ami imaginaire. Où on peut rire de ce qui tente d’ouvrir cette toute petite porte, comme trou de souris dans la grande salle de bal du monde ou seul compte la réussite sociale, être populaire, être riche, avoir des choses que les autres, l’autre pourra nous jalouser, parce que nous le jalousons.

Et quand en plus du même temps on lit « histoire d’une âme » de Sainte Thérèse de Lisieux et qu’on est soi même dans l’attente d’une œuvre cinématographique d’un grand Roman : « Dune », on créer des singularités, des synchronicités, des états d’âme très étranges. Cela renforce alors ce que cette grande personne humaine, Simone Weil, à écrit quelques 80 ans plus tôt !

C’était il y a 80 ans.

Déjà 80 ans.

Et aujourd’hui 10/09/2020, un président se ventera de devoir prendre des décisions difficiles ?

« Je sais » dit Ito Naga

Mais pourquoi lit-on ?

Pourquoi lit-on le livre d’Ézéchiel ?

Pourquoi plus particulièrement (Ézéchiel 37) « les ossements desséchés » ?

Pourquoi Le seigneur des anneaux, le cycle de Dune et des milliers d’autres livres depuis 50 ans ?

Et pourquoi ma fille, danseuse, a-t-elle lu et chorégraphié « Je sais ».

Oh, juste quelques passages, quelques « je sais » poétiques ». Mais elle l’a fait, puis un jour à trouvé le livre.

Elle l’a acheté.

Elle l’a relu.

Et elle me l’a prêté !

Et en deux jours, les mots d’Ito Naga sont passés en moi.

Et en ces temps ou les bureaux se retrouvent avec des espaces de détentes interdits, des lieux devenus non-rencontres, des lieux abandonnés comme dans un post-apocalyptique, pourquoi les vers de « Je sais » résonnent-ils en moi.

Ils « raisonnent » en appelant les mots d’Ézéchiel 37 « les ossements desséchés », les mots du marais de morts du Seigneur des Anneaux, les mots des grottes d’Arakeen ou sont emmurés vivants les soldats Atrèïde ?

« Je sais qu’elle est morte tout à coup un dimanche après-midi, comme d’autre allumerais la télé.

Mais pourquoi lit-on ?

Dites-moi ?

Dialogue avec la gravité par Ushio Amagatsu

J’aime !

La douleur physique ou le corps lui-même ne peuvent être partagés entre plusieurs, mais l’esprit, lui, peut entrer en résonance, « vibrer avec », jeter des ponts. De la même façon que
art et âme résonnent et vibrent autour les mots de cette voyelle a que toutes les langues du monde ont en commun.

Je suis là, en tant qu’individu, parce que j’ai des parents, qui ont eux aussi des parents, et, de proche en proche, j’arrive à cette idée que je suis né après avoir refait, dans le ventre de ma mère, une aventure de plusieurs centaines de millions d’années

Pourquoi j’aime ?

« La Graine de kumquat au fond de moi provoque La danse et son corps. Douceur, précision. Corps et virtualité, le lieu, juste avant la danse..

Immobilité et mouvement, absence ou présence du son, ténèbres et lumière : incessantes variations, perpétuelles oscillations du temps et de l’espace que l’on reçoit dans la frontalité. Entre les deux côtés, entre le regardant et le regardé, quelque chose doit advenir, vers quoi tend le corps dans son dialogue avec la gravité ; et c’est parce qu’il n’affronte là qu’une absence, que le corps est là, comme ce qui rend présent le monde. »

Les danseuses et danseurs rendent présent, présent d’être ici et présent d’être maintenant. La danse dans son essence est relation, elle est le langage du sacré. Et l’étymologie du mot sacré « à initié le mettre ensemble », lier et plus libre encore relier.
Étrange que relier laisse un plus profond sens de liberté que lier. La loi nous lie, le sacré nous relie.

Vous voulez entrer dehors dans l’infini du cosmos ? Lisez ce tout petit livre et allez voir de la danse.

Le Scandale du mal et de la souffrance chez Maurice Zundel par François Rouiller

L’impuissance de Dieu face à l’Homme (selon Zundel, théologien suisse)


Dieu est tout parce qu’il n’a rien.
Dieu n’est pas un possesseur,
Il n’est pas un dominateur.
Il n’entre pas en compétition avec nous
et l’on ne saurait imaginer de concurrence entre sa toute-puissance et notre toute-faiblesse.
Au contraire l’être-amour de Dieu garantit la certitude que ce n’est pas lui qui dispose de nous, mais qu’il nous appartient de disposer de nous-mêmes, parce que nous n’avons rien à craindre de lui.

Dieu Altruisme Subsistant ne peut pas être un regard posé sur l’homme, qui le traquerait et le transformerait en objet à manipuler :
Dieu, qui est tout entier la Liberté du Don, ne peut être que le ferment de la liberté humaine.
Si Dieu a vraiment ce visage de pauvreté – qui s’identifie avec la charité qu’il est – et s’il s’agit selon ce qu’il est, on conçoit que cette pauvreté s’exprime dans ses rapports avec la création et qu’il n’ait prise sur nous et sur toute réalité à travers nous – que par cette saisie désappropriée
qui nous meut par la liberté (ou libération) même qu’elle appelle ou suscite en nous .

On comprend qu’un tel Dieu ne puisse empiéter sur ‘notre domaine’, puisqu’il est incapable de rien posséder.
C’est pourquoi nous pouvons lui échapper sans qu’il puisse nous contraindre puisqu’il ne nous réintroduit dans l’intimité de son amour que par une nouvelle éclosion de notre liberté.
C’est pourquoi il peut éprouver à notre égard, sans aucune altération en lui même, cette compassion maternelle qui n’est que la surabondance de sa générosité, en sombrant en nous pour nous, par ce don gratuit qu’il est et qui s’offre à nous tels que nous sommes, en se conformant à nous pour nous conformer à soi.

Dieu face à l’homme, c’est un dialogue de Liberté à liberté.
Non pas en raison du bon vouloir de Dieu,
qui conserverait alors une toute-puissance dont il accepterait de ne point user, par respect pour l’homme !
Mais un dialogue de libertés en raison de l’être même de ce Dieu Intérieur et Amour :
l’amour appelle la liberté,
il ne peut s’imposer sans se détruire de facto !
C’est pourquoi Zundel écrit :
 »Dieu peut tout ce que peut l’amour, et ne peut rien de ce que ne peut l’amour ».
En d’autres termes :
 »Là où il y a un refus d’amour, l’Amour qui est Dieu ne peut qu’échouer, sans évidemment cesser, pour autant, d’être l’Amour éternellement présent, éternellement offert ».
Ainsi, sous cet aspect,  »Dieu est fragile et désarmé devant le refus que nous pouvons opposer à un dialogue qui exclut radicalement toute contrainte. »

Illustrons ces propos par une analogie que Zundel aime beaucoup.
Dieu, qui est la bonté suprême, ne saurait être moins bon que le meilleur des hommes.
Il est donc Père plus que tous les pères,
comme il est plus Mère que toutes les mères.
Imaginons alors l’amour indéfectible d’une Mère pour un fils débauché qui renierait toutes ses valeurs, jusqu’à être condamné par la justice.
La mère pourrait elle souscrire à ce jugement sans que son cour saigne? »
Comment voulez-vous qu’une mère condamne son fils ?
La mère ira en prison pour lui.
Elle mettra sa tête sur l’échafaud pour lui.
Elle s’offrira plutôt que de livrer son fils.
Est-ce que Dieu aurait moins d’amour qu’une mère ?
C’est impossible ! C’est pourquoi Dieu se livre sur la Croix, Dieu meurt pour ceux-là même qui le crucifient, pour ceux qui refusent obstinément de L’aimer.
C’est ce qu’il fera toujours.
Tel est l’Amour : il ne peut que donner, toujours davantage puisqu’il s’identifie avec le Don, puisque telle est la Vie et l’Etre même de la Trinité.
 »Un amour refusé n’a pas d’autre ressource,
s’il veut maintenir sa fidélité,
que d’aimer toujours plus généreusement dut-il en mourir – l’aimé qui n’aime plus, pour qu’il puisse découvrir, dans un don absolument gratuit,
de nouvelles raisons d’aimer. »

(…) pour Zundel, Dieu accomplit dans son être les plus hautes valeurs humaines, il est le référent, il est la Valeur qui fonde les nôtres.
Ceci n’est donc pas la projection sur Dieu d’une imagerie humaine, mais, à l’inverse, la reconnaissance de sa Présence dans notre réalité.
 »Cette générosité dont l’amour humain se montre parfois capable n’est elle pas un reflet de celle de Dieu ? »

Telle est donc la maternité de Dieu, qui nous dévoile son respect infini pour chacune de nos libertés, face au choix desquelles il ne peut rien d’autres que surabonder d’amour.
Telle est l’humilité divine, qui se soumet en qui se soumet en quelque sorte à ses créatures.
Thomas d’Aquin le pressentit déjà, :
 »Il y a là autre chose qui enflamme l’âme à aimer Dieu :
c’est l’humilité divine.
Dieu tout-puissant, en effet, se soumet à chacun des anges et à chacune des âmes saintes, comme s’il était pour chacun (ou chacune) un esclave qui s’achète et que chacun (ou chacune) fût son Dieu.
Cette humilité résulte de l’abondance de la bonté et de la noblesse divine, comme un arbre ploie sous l’abondance de ses fruits. »

N’est-ce pas exactement ce que Jésus signifie au lavement des pieds, en dévoilant un Dieu serviteur, à genoux devant l’homme comme devant un sanctuaire dont il ne peut forcer la clôture.
C’est pourquoi la Croix renverse définitivement la situation du péché originel :
Dieu  »nous épargne la tentation de nous faire dieux, car c’est lui-même qui veut nous faire dieux . »
Oui, Dieu nous fait dieux, mais ce n’est plus une promotion dans une hiérarchie de puissance, fondée finalement sur l’orgueil :
Dieu nous apprend que le chemin de notre divinisation passe par le dépouillement, l’humilité, l’oblation, parce que c’est au bout de cet itinéraire là que lui même se trouve.

Par conséquent, Dieu n’est pas  »impuissant d’une impuissance mécanique ».
Dieu est impuissant comme l’amour est impuissant devant une liberté qu’il ne peut contraindre sans se détruire lui même.
 »La plus grande puissance du monde c’est justement cela : la sympathie, l’amitié, la bonté, l’amour.
Mais c’est une puissance que n’importe qui peut réduire à l’impuissance. Il suffit de se fermer, de se boucler en soi-même. Il suffit d’opposer le non au oui. »
En d’autres termes, Dieu ne perd rien de sa capacité à transformer les racines de notre être, de tout être.
Mais puisqu’il est  »pur dedans », puisqu’il est ce Dieu Intérieur de saint Augustin, que l’on atteint en soi qu’en se libérant de soi, le changement de notre personne en moi-oblatif implique un consentement où chacun peut, à chaque instant, refuser sa propre création.
C’est là notre grandeur et notre misère d’hommes. »

Quelle que soit la grandeur avec laquelle Dieu s’adresse à nous, c’est toujours à l’intérieur que s’opère la rencontre, là où le bruit peut occulter le silence divin, là où  »notre imperfection peut tenir en échec sa perfection. »


Dieu toujours présent,
toujours offert,
ne peut s’imposer :
il ne peut être que
 »l’action silencieuse de cet amour gratuit et désapproprié qui nous aimante sans nous contraindre. »

Le Christ en Croix

Au cœur de cette nuit, endormi, je t’ai vu.
Couché au sol sur la croix de bois noir et épais.
Deux soldats plantaient des clous à trois faces dans tes poignets.
Un soldat en enfonçait dans des chevilles rassemblées.

J’entendais hurler ta douleur.
C’était moi qui criais.
Je voyais la lumière traversait les nues pour s’engouffrer dans ces plaies.
Beaucoup passer par les chevilles.

Les trois soldats te redressaient
Alors tes plaies restituaient la lumière aveuglante.
Elle inondait le monde
Personne, hormis ta mère et ton amie, ne la voyait.
Les lumières de tes plaies aux chevilles traversaient le temps.

Et d’aujourd’hui je la reçois encore en plein cœur.
Et je vois
Et j’entends,
Les larmes des deux Maries.

Voyage en Ave Maria

Les esclaves hébreux devaient se libérer
Ils sont partis par le désert 40 ans
Alors, ils purent se saluer en égalité avec les égyptiens.
Joseph et Marie trouvèrent un refuge d’amis en Egypte.

Je vous salue Marie
Le salut est un acte de respect d’une personne à une autre personne
D’égal à égale.

Pleine de grâce, le seigneur est avec vous
Au cœur de sa personne elle accueille la lumière qui lui ait donné, et elle l’offre en retour.

Vous êtes bénie entre toutes le femmes
Au cœur des femmes, au milieu d’elles.
Sous un patriarcat Marie rayonne au milieu de ses sœurs.
Elle les invite à leur tour à rayonner,
Comme toute personne humaine
En une humanité retrouvée.

Et jésus le fruit de vos entrailles est béni
Ce qui vient de Marie, toute sa personne
Tout son être
Est Jésus, la personne humaine
Et ce qui vient d’elle brille et brule sans calciner
Elle est ce qu’elle est, celle qui dit le principal « Oui ».

Sainte Marie, mère de Dieu…
Marie a donné l’humanité à Dieu
Dieu est venu dans le temps par elle comme humain
Et pour tout cela, je vous salue Marie

Je dois sortir de l’esclavage pour saluer mon égal

Oraison du 13 juin 2020

Oraison 20 mai 2020 petits cailloux et coupes

Avant de naitre, elle a déposé ses cailloux.
Et, la personne humaine est née.
Quand elle se retourne, elle voit.
Elle voit foisonner ses chemins en un arbre scintillant.
Ils scintillent des petits cailloux brillants déposés.
Et au troisième jour de vie, la personne
Fille ou garçon, oubli tout et ne voit plus.
Il ne lui reste que la première coupe de sa naissance,
Agape, elle est a tenir sous la lumière.
Et celle-ci donnera quand elle débordera.

La nouvelle personne humaine suivra l’un des chemins.
Dès les premiers jours, Elle recevra deux autres coupes,
De ses parents, Éros et Phillia.
Jouissance et bonheur lorsqu’elle déborde.

Mais au dernier jour,
Fille ou garçon,
Jeune ou vieux
Elle repartira seulement avec la première coupe.
Sera-t-elle pleine et encore débordante ?

J’écris « personne humaine », pas « homme ». La personne humaine est au féminin, ainsi il retrouve le son universel et autorise à voir garçons et filles, garçon ou fille. C’est dans ces mots que nos coupes se remplissent et débordent.
Nous devons d’abord recevoir en se plaçant avec sa coupe sous la cascade, alors elle débordera et donnera d’elle-même. Seul compte comment je tiens mes trois coupes. La seule qui restera sera celle de l’amour Agapé.

Liberté, Vérité, Charité*
*Charitas = Agape l’amour qui donne, l’amour qui déborde et donne la joie.

L’éternité n’est pas de trop par François Cheng

de l’Académie Française

Je suis surpris moi-même. Est-ce l’effet du confinement ? Est-ce parce qu’en ce moment je n’ai pas le cœur à lire ? Est-ce parce que je me pose beaucoup de question sur l’instant dans l’univers qu’est notre vie ? Est-ce parce que j’ai 58 ans en 2020 ? Qu’on est au mois de Mai ?

Je ne sais pas ?

Mais ce roman m’a laisser de marbre, froid, aucune empathie avec les personnages ? Est-ce parce que cela me semble être l’élite de ceux qui ont tout compris ?

C’est superbement écrit. C’est d’une belle fluidité, c’est très évocateur comme un dépliant touristique de Venise écrit par Thomas Mann ? Virtuose par moment.

Mais je n’en retire aucune citation, aucune profondeur qui me corresponde. Je suis resté sur le pas de la porte. J’ai peur qu’avec les mois j’oublie même l’histoire, et peut-être même que je l’ai lu. Peut-être qu’un jour j’y reviendrais, mais ce n’est pas le moment pour moi. Je retourne aux dialogues avec l’ange et je commence L’effort d’être spectateur de Pierre Notte.

Je suis surpris moi-même.