Dialogue avec la gravité par Ushio Amagatsu

J’aime !

La douleur physique ou le corps lui-même ne peuvent être partagés entre plusieurs, mais l’esprit, lui, peut entrer en résonance, « vibrer avec », jeter des ponts. De la même façon que
art et âme résonnent et vibrent autour les mots de cette voyelle a que toutes les langues du monde ont en commun.

Je suis là, en tant qu’individu, parce que j’ai des parents, qui ont eux aussi des parents, et, de proche en proche, j’arrive à cette idée que je suis né après avoir refait, dans le ventre de ma mère, une aventure de plusieurs centaines de millions d’années

Pourquoi j’aime ?

« La Graine de kumquat au fond de moi provoque La danse et son corps. Douceur, précision. Corps et virtualité, le lieu, juste avant la danse..

Immobilité et mouvement, absence ou présence du son, ténèbres et lumière : incessantes variations, perpétuelles oscillations du temps et de l’espace que l’on reçoit dans la frontalité. Entre les deux côtés, entre le regardant et le regardé, quelque chose doit advenir, vers quoi tend le corps dans son dialogue avec la gravité ; et c’est parce qu’il n’affronte là qu’une absence, que le corps est là, comme ce qui rend présent le monde. »

Les danseuses et danseurs rendent présent, présent d’être ici et présent d’être maintenant. La danse dans son essence est relation, elle est le langage du sacré. Et l’étymologie du mot sacré « à initié le mettre ensemble », lier et plus libre encore relier.
Étrange que relier laisse un plus profond sens de liberté que lier. La loi nous lie, le sacré nous relie.

Vous voulez entrer dehors dans l’infini du cosmos ? Lisez ce tout petit livre et allez voir de la danse.

Le Scandale du mal et de la souffrance chez Maurice Zundel par François Rouiller

L’impuissance de Dieu face à l’Homme (selon Zundel, théologien suisse)


Dieu est tout parce qu’il n’a rien.
Dieu n’est pas un possesseur,
Il n’est pas un dominateur.
Il n’entre pas en compétition avec nous
et l’on ne saurait imaginer de concurrence entre sa toute-puissance et notre toute-faiblesse.
Au contraire l’être-amour de Dieu garantit la certitude que ce n’est pas lui qui dispose de nous, mais qu’il nous appartient de disposer de nous-mêmes, parce que nous n’avons rien à craindre de lui.

Dieu Altruisme Subsistant ne peut pas être un regard posé sur l’homme, qui le traquerait et le transformerait en objet à manipuler :
Dieu, qui est tout entier la Liberté du Don, ne peut être que le ferment de la liberté humaine.
Si Dieu a vraiment ce visage de pauvreté – qui s’identifie avec la charité qu’il est – et s’il s’agit selon ce qu’il est, on conçoit que cette pauvreté s’exprime dans ses rapports avec la création et qu’il n’ait prise sur nous et sur toute réalité à travers nous – que par cette saisie désappropriée
qui nous meut par la liberté (ou libération) même qu’elle appelle ou suscite en nous .

On comprend qu’un tel Dieu ne puisse empiéter sur ‘notre domaine’, puisqu’il est incapable de rien posséder.
C’est pourquoi nous pouvons lui échapper sans qu’il puisse nous contraindre puisqu’il ne nous réintroduit dans l’intimité de son amour que par une nouvelle éclosion de notre liberté.
C’est pourquoi il peut éprouver à notre égard, sans aucune altération en lui même, cette compassion maternelle qui n’est que la surabondance de sa générosité, en sombrant en nous pour nous, par ce don gratuit qu’il est et qui s’offre à nous tels que nous sommes, en se conformant à nous pour nous conformer à soi.

Dieu face à l’homme, c’est un dialogue de Liberté à liberté.
Non pas en raison du bon vouloir de Dieu,
qui conserverait alors une toute-puissance dont il accepterait de ne point user, par respect pour l’homme !
Mais un dialogue de libertés en raison de l’être même de ce Dieu Intérieur et Amour :
l’amour appelle la liberté,
il ne peut s’imposer sans se détruire de facto !
C’est pourquoi Zundel écrit :
 »Dieu peut tout ce que peut l’amour, et ne peut rien de ce que ne peut l’amour ».
En d’autres termes :
 »Là où il y a un refus d’amour, l’Amour qui est Dieu ne peut qu’échouer, sans évidemment cesser, pour autant, d’être l’Amour éternellement présent, éternellement offert ».
Ainsi, sous cet aspect,  »Dieu est fragile et désarmé devant le refus que nous pouvons opposer à un dialogue qui exclut radicalement toute contrainte. »

Illustrons ces propos par une analogie que Zundel aime beaucoup.
Dieu, qui est la bonté suprême, ne saurait être moins bon que le meilleur des hommes.
Il est donc Père plus que tous les pères,
comme il est plus Mère que toutes les mères.
Imaginons alors l’amour indéfectible d’une Mère pour un fils débauché qui renierait toutes ses valeurs, jusqu’à être condamné par la justice.
La mère pourrait elle souscrire à ce jugement sans que son cour saigne? »
Comment voulez-vous qu’une mère condamne son fils ?
La mère ira en prison pour lui.
Elle mettra sa tête sur l’échafaud pour lui.
Elle s’offrira plutôt que de livrer son fils.
Est-ce que Dieu aurait moins d’amour qu’une mère ?
C’est impossible ! C’est pourquoi Dieu se livre sur la Croix, Dieu meurt pour ceux-là même qui le crucifient, pour ceux qui refusent obstinément de L’aimer.
C’est ce qu’il fera toujours.
Tel est l’Amour : il ne peut que donner, toujours davantage puisqu’il s’identifie avec le Don, puisque telle est la Vie et l’Etre même de la Trinité.
 »Un amour refusé n’a pas d’autre ressource,
s’il veut maintenir sa fidélité,
que d’aimer toujours plus généreusement dut-il en mourir – l’aimé qui n’aime plus, pour qu’il puisse découvrir, dans un don absolument gratuit,
de nouvelles raisons d’aimer. »

(…) pour Zundel, Dieu accomplit dans son être les plus hautes valeurs humaines, il est le référent, il est la Valeur qui fonde les nôtres.
Ceci n’est donc pas la projection sur Dieu d’une imagerie humaine, mais, à l’inverse, la reconnaissance de sa Présence dans notre réalité.
 »Cette générosité dont l’amour humain se montre parfois capable n’est elle pas un reflet de celle de Dieu ? »

Telle est donc la maternité de Dieu, qui nous dévoile son respect infini pour chacune de nos libertés, face au choix desquelles il ne peut rien d’autres que surabonder d’amour.
Telle est l’humilité divine, qui se soumet en qui se soumet en quelque sorte à ses créatures.
Thomas d’Aquin le pressentit déjà, :
 »Il y a là autre chose qui enflamme l’âme à aimer Dieu :
c’est l’humilité divine.
Dieu tout-puissant, en effet, se soumet à chacun des anges et à chacune des âmes saintes, comme s’il était pour chacun (ou chacune) un esclave qui s’achète et que chacun (ou chacune) fût son Dieu.
Cette humilité résulte de l’abondance de la bonté et de la noblesse divine, comme un arbre ploie sous l’abondance de ses fruits. »

N’est-ce pas exactement ce que Jésus signifie au lavement des pieds, en dévoilant un Dieu serviteur, à genoux devant l’homme comme devant un sanctuaire dont il ne peut forcer la clôture.
C’est pourquoi la Croix renverse définitivement la situation du péché originel :
Dieu  »nous épargne la tentation de nous faire dieux, car c’est lui-même qui veut nous faire dieux . »
Oui, Dieu nous fait dieux, mais ce n’est plus une promotion dans une hiérarchie de puissance, fondée finalement sur l’orgueil :
Dieu nous apprend que le chemin de notre divinisation passe par le dépouillement, l’humilité, l’oblation, parce que c’est au bout de cet itinéraire là que lui même se trouve.

Par conséquent, Dieu n’est pas  »impuissant d’une impuissance mécanique ».
Dieu est impuissant comme l’amour est impuissant devant une liberté qu’il ne peut contraindre sans se détruire lui même.
 »La plus grande puissance du monde c’est justement cela : la sympathie, l’amitié, la bonté, l’amour.
Mais c’est une puissance que n’importe qui peut réduire à l’impuissance. Il suffit de se fermer, de se boucler en soi-même. Il suffit d’opposer le non au oui. »
En d’autres termes, Dieu ne perd rien de sa capacité à transformer les racines de notre être, de tout être.
Mais puisqu’il est  »pur dedans », puisqu’il est ce Dieu Intérieur de saint Augustin, que l’on atteint en soi qu’en se libérant de soi, le changement de notre personne en moi-oblatif implique un consentement où chacun peut, à chaque instant, refuser sa propre création.
C’est là notre grandeur et notre misère d’hommes. »

Quelle que soit la grandeur avec laquelle Dieu s’adresse à nous, c’est toujours à l’intérieur que s’opère la rencontre, là où le bruit peut occulter le silence divin, là où  »notre imperfection peut tenir en échec sa perfection. »


Dieu toujours présent,
toujours offert,
ne peut s’imposer :
il ne peut être que
 »l’action silencieuse de cet amour gratuit et désapproprié qui nous aimante sans nous contraindre. »

Le Christ en Croix

Au cœur de cette nuit, endormi, je t’ai vu.
Couché au sol sur la croix de bois noir et épais.
Deux soldats plantaient des clous à trois faces dans tes poignets.
Un soldat en enfonçait dans des chevilles rassemblées.

J’entendais hurler ta douleur.
C’était moi qui criais.
Je voyais la lumière traversait les nues pour s’engouffrer dans ces plaies.
Beaucoup passer par les chevilles.

Les trois soldats te redressaient
Alors tes plaies restituaient la lumière aveuglante.
Elle inondait le monde
Personne, hormis ta mère et ton amie, ne la voyait.
Les lumières de tes plaies aux chevilles traversaient le temps.

Et d’aujourd’hui je la reçois encore en plein cœur.
Et je vois
Et j’entends,
Les larmes des deux Maries.

Voyage en Ave Maria

Les esclaves hébreux devaient se libérer
Ils sont partis par le désert 40 ans
Alors, ils purent se saluer en égalité avec les égyptiens.
Joseph et Marie trouvèrent un refuge d’amis en Egypte.

Je vous salue Marie
Le salut est un acte de respect d’une personne à une autre personne
D’égal à égale.

Pleine de grâce, le seigneur est avec vous
Au cœur de sa personne elle accueille la lumière qui lui ait donné, et elle l’offre en retour.

Vous êtes bénie entre toutes le femmes
Au cœur des femmes, au milieu d’elles.
Sous un patriarcat Marie rayonne au milieu de ses sœurs.
Elle les invite à leur tour à rayonner,
Comme toute personne humaine
En une humanité retrouvée.

Et jésus le fruit de vos entrailles est béni
Ce qui vient de Marie, toute sa personne
Tout son être
Est Jésus, la personne humaine
Et ce qui vient d’elle brille et brule sans calciner
Elle est ce qu’elle est, celle qui dit le principal « Oui ».

Sainte Marie, mère de Dieu…
Marie a donné l’humanité à Dieu
Dieu est venu dans le temps par elle comme humain
Et pour tout cela, je vous salue Marie

Je dois sortir de l’esclavage pour saluer mon égal

Oraison du 13 juin 2020

Oraison 20 mai 2020 petits cailloux et coupes

Avant de naitre, elle a déposé ses cailloux.
Et, la personne humaine est née.
Quand elle se retourne, elle voit.
Elle voit foisonner ses chemins en un arbre scintillant.
Ils scintillent des petits cailloux brillants déposés.
Et au troisième jour de vie, la personne
Fille ou garçon, oubli tout et ne voit plus.
Il ne lui reste que la première coupe de sa naissance,
Agape, elle est a tenir sous la lumière.
Et celle-ci donnera quand elle débordera.

La nouvelle personne humaine suivra l’un des chemins.
Dès les premiers jours, Elle recevra deux autres coupes,
De ses parents, Éros et Phillia.
Jouissance et bonheur lorsqu’elle déborde.

Mais au dernier jour,
Fille ou garçon,
Jeune ou vieux
Elle repartira seulement avec la première coupe.
Sera-t-elle pleine et encore débordante ?

J’écris « personne humaine », pas « homme ». La personne humaine est au féminin, ainsi il retrouve le son universel et autorise à voir garçons et filles, garçon ou fille. C’est dans ces mots que nos coupes se remplissent et débordent.
Nous devons d’abord recevoir en se plaçant avec sa coupe sous la cascade, alors elle débordera et donnera d’elle-même. Seul compte comment je tiens mes trois coupes. La seule qui restera sera celle de l’amour Agapé.

Liberté, Vérité, Charité*
*Charitas = Agape l’amour qui donne, l’amour qui déborde et donne la joie.

L’éternité n’est pas de trop par François Cheng

de l’Académie Française

Je suis surpris moi-même. Est-ce l’effet du confinement ? Est-ce parce qu’en ce moment je n’ai pas le cœur à lire ? Est-ce parce que je me pose beaucoup de question sur l’instant dans l’univers qu’est notre vie ? Est-ce parce que j’ai 58 ans en 2020 ? Qu’on est au mois de Mai ?

Je ne sais pas ?

Mais ce roman m’a laisser de marbre, froid, aucune empathie avec les personnages ? Est-ce parce que cela me semble être l’élite de ceux qui ont tout compris ?

C’est superbement écrit. C’est d’une belle fluidité, c’est très évocateur comme un dépliant touristique de Venise écrit par Thomas Mann ? Virtuose par moment.

Mais je n’en retire aucune citation, aucune profondeur qui me corresponde. Je suis resté sur le pas de la porte. J’ai peur qu’avec les mois j’oublie même l’histoire, et peut-être même que je l’ai lu. Peut-être qu’un jour j’y reviendrais, mais ce n’est pas le moment pour moi. Je retourne aux dialogues avec l’ange et je commence L’effort d’être spectateur de Pierre Notte.

Je suis surpris moi-même.

Au départ un gazouillis

Au départ, un simple gazouillis,
La foi est un rêve jamais atteint.

Et la foi est une confiance sans fin.
Je t’aime et je te fais confiance,
Et je ne sais pas pourquoi,
Et j’en éprouve un grande joie.

Alors voici la rencontre d’un ami.
Voilà longtemps que nous ne nous étions vus.
Et il était dans le doute,
La foi est un don de Dieu,
Mais comme Dieu n’existe pas
Il n’a pu en faire grâce à quiconque.
Donc les croyants sont sans foi !

Rendons à César ce qui est à César…

Il fait grand jour, parlons de César.
César aujourd’hui a pris visage des démocraties bourgeoises.
Elles s’organisent pour que l’argent rapporte de l’argent !
Et donne l’illusion que la mort s’éloigne dans le futur.
Mais point d’à venir, juste une projection d’un présent inchangé.
Nos malheurs sont là, dans le choix de nos Césars.

Et la nuit tombe. Et nous marchons un peu.
Et nous arrivons sur le porche d’une église oubliée.
Nous sommes assis, et nous trinquons,
Nous choquons nos bières puis nos verres de vin rouge.

…Et à Dieu ce qui est à Dieu.
Le ciel s’illumine de sa nuit d’été.
Les étoiles filent,
Les lucioles « balètent »,
Et nous trinquons de la beauté
De notre amitié.
La confiance entre nous renait.
Nous renaissons à nous même,
Et éprouvons cette joie des nuits d’étés chargées d’amitié.
La bière du nord en prend un autre goût,
Et le vin rouge de Chinon en possède une autre saveur !

Ses doutes s’étaient envolés.
Il reprenait sa lutte contre César,
Avec la confiance en un ami, retrouvée.

J’étais seul dans l’église abandonnée.
Confiné.
Et j’étais l’ami qui doutait.
Qui était « tu » ? Qui était « Je » ?

Oraison 21 avril 2020

Oraison 11 avril 2020

Le silence.
Oh non, le silence n’est pas le vide,
Le silence n’est pas le néant.
Le silence sont les bruits qui ont fait la paix les uns avec les autres.
En Nous.

Les bruits se donnent la paix en nous,
Alors, beaucoup plus est possible.
La paix peut se faire entre les bruits de nos haines,
Entre les bruits de nos colères,
Entre les bruits de nos désespoirs,
Entre les bruits de nos peurs.

Le silence sont les bruits qui ont fait la paix les uns avec les autres.
En Nous.

Et dans le silence de cette paix retrouvée, rayonne une lueur.
Une lueur qui par sa brillance silencieuse dit :
Je t’aime.