L’éternité n’est pas de trop par François Cheng

de l’Académie Française

Je suis surpris moi-même. Est-ce l’effet du confinement ? Est-ce parce qu’en ce moment je n’ai pas le cœur à lire ? Est-ce parce que je me pose beaucoup de question sur l’instant dans l’univers qu’est notre vie ? Est-ce parce que j’ai 58 ans en 2020 ? Qu’on est au mois de Mai ?

Je ne sais pas ?

Mais ce roman m’a laisser de marbre, froid, aucune empathie avec les personnages ? Est-ce parce que cela me semble être l’élite de ceux qui ont tout compris ?

C’est superbement écrit. C’est d’une belle fluidité, c’est très évocateur comme un dépliant touristique de Venise écrit par Thomas Mann ? Virtuose par moment.

Mais je n’en retire aucune citation, aucune profondeur qui me corresponde. Je suis resté sur le pas de la porte. J’ai peur qu’avec les mois j’oublie même l’histoire, et peut-être même que je l’ai lu. Peut-être qu’un jour j’y reviendrais, mais ce n’est pas le moment pour moi. Je retourne aux dialogues avec l’ange et je commence L’effort d’être spectateur de Pierre Notte.

Je suis surpris moi-même.

Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand

Pourquoi, ne le voit-elle pas, pourquoi ne l’entend-elle pas, pourquoi ne le ressent-elle pas ?
Pourquoi le lui cache-t-il qu’il l’aime, pourquoi donne-t-il au jeune homme cet amour qui venait vers lui ?

Et le jeune homme pourquoi ne se rend-il pas compte de l’usurpation ?

Voilà le socle d’une tragédie sentimentale absolue.

Voilà le génie de Rostand, cet explorateur de l’âme humaine qui met à nu l’amour et nous fait ressentir sa puissance Colossale.

Cette pièce (avec « sur la route de Madison » – le film de monsieur Clint) est une œuvre qui m’a tiré du cœur les larmes les plus profondes, et quand je repense à elle, ces larmes reviennent comme une eau purificatrice. Elle est inscrite, je l’ai vu plusieurs fois au théâtre et j’aime bien aussi la version cinéma avec monsieur Depardieu.