Histoire d’une âme par Sainte Thérèse de Lisieux

Belles pensées de cette jeune femme

Parfois je me sentais seule, bien seule; comme aux jours de ma vie de pensionnaire, alors que je me promenais triste et malade dans la grande cour, je répétais ces paroles qui toujours faisaient renaître la paix et la force en mon cœur:
«La vie est ton navire et non pas ta demeure’!… »
Toute petite, ces paroles me rendaient le courage; maintenant encore, malgré les années qui font disparaître tant d’impressions de piété enfantine, l’image du navire charme encore mon âme et l’aide à supporter l’exil.

Un Savant a dit: «Donnez-moi un levier, un point d’appui, et je soulèverai le monde. » Ce qu’Archimède n’a pu obtenir, parce que sa demande ne s’adressait point à Dieu et qu’elle n’était faite qu’au point de vue matériel, les Saints l’ont obtenu dans toute sa plénitude. Le Tout-Puissant leur a donné pour point d’appui: lui-même et lui seul. Pour levier: l’oraison, qui embrase d’un feu d’amour. Et c’est ainsi qu’ils ont soulevé le monde, c’est ainsi que les saints encore militants le soulèvent et que jusqu’à la fin du monde les Saints à venir le soulèveront aussi.

Elle veut tout, parce qu’elle ne veut rien et elle ne veut rien, parce qu’elle veut tout. Sa docilité est active, et son indifférence amoureuse. Elle n’est à Dieu qu’un oui vivant.

Sous le pluie de son âme

A venir, lecture en cours et, dans sa pureté d’enfant retrouvé elle me secoue, déjà beaucoup. Presque proustien !
A suivre…

Et c’est à venue, la lecture a pris fin. Et pourtant sa présence continue.

Elle veut tout, parce qu’elle ne veut rien et elle ne veut rien, parce qu’elle veut tout. Sa docilité est active, et son indifférence amoureuse. Elle n’est à Dieu qu’un oui vivant.

L’histoire d’une âme est un ouragan d’amour. Ces vents forts sont soufflés par une petite fille de 5 ans. Sa parole, son écriture, son engagement, annonce déjà des peintres comme Picasso, comme le douanier rousseau et surtout Séraphine. Par moment Proust pouvait se rapprocher de la simplicité de l’enfant, en parlant sans respirer.
Thérèse ne possède qu’une voix et qu’une voie pour exprimer sa foi. Sa foi profonde; mais la foi peut-elle être autre chose que profonde ? La foi ce n’est pas l’espoir, qui est une construction mentale et appartient au monde; la foi ce n’est pas le savoir, qui est une accumulation de mots organisés pour se souvenir; la foi c’est un saut à travers le néant sans savoir et sans espoir, juste cette folie de le traverser et de changer alors d’état, c’est vivre l’expérience de la co-naissance. La foi c’est le témoignage de cette petite fille, Thérèse, de 5 ans.

Mais ne nous trompons pas, elle n’est ni naïve, ni bécasse. Elle dit, à la suite de Marie : OUI.

Pour aborder ce livre, il faut accepter d’écouter une petite fille de 5 ans qui va parler de son amour avec ses mots. Elle parle de l’amour qu’elle a pour sa mère, pour ses sœurs, pour ses frères, pour son père et pour Jésus qui est son chemin, sa voie vers Dieu, qui est la grande Question d’amour infini.

Pour aborder ce livre, il faut être capable de s’attendrir au plus profond de soi, être capable de contempler un tableau de Séraphine et ne pas en parler mais vivre l’expérience de la grâce.

Oui, je veux passer mon ciel à faire du bien sur la terre.

Le texte du lézard

Voici un texte publier sur Tweeter par Le_Lézard. Ce texte m’a retourné. J’ai pensé à François Cheng et « A notre dame ». J’aime dans son écriture fil par fil de tweeter cet numérotation qui me rappelle l’écriture biblique ! Ligne par ligne, phrase par phrase, pas à pas vers la paix.

On retrouve son texte soit sur Tweeter soit en intégralité à cette adresse internet avec ses choix de photo : https://threader.app/thread/1252151585964163072

Le Lézard https://twitter.com/Un_Lezard
@Un_Lezard
On l’attrape à la main mais il hante les palais de rois.
Micro-chroniques. Ontologie du secret.
A rejoint Twitter en juin 2019

Le Texte du lézard

Il se trouve que ces 2 dernières années, mon boulot a consisté à me tenir dans une cabine d’1 mètre carré juste à l’entrée d’une cathédrale du matin au soir. Le boulot était détestable, mais le cadre fut une expérience sociale et humaine tout à fait particulière. 1/

Le chiant d’abord : à l’ère du tourisme de masse, la fonction muséale des cathédrales prend le pas sur le reste. On alterne entre l’été un brouhaha insupportable et irrespectueux, et l’hiver des journées de solitude où l’on n’adressera pas une fois la parole à un être humain. 2/

Le consumérisme est si ancré que spontanément, vous voyant bosser dans une cathédrale, la plupart des visiteurs concluent que vous êtes marchand de souvenirs. Vous vous faîtes même régulièrement gronder par un touriste furieux que vous n’ayez pas de carte postale à lui proposer. 3/

Et quand ce n’est pas le touriste, c’est le pieux fidèle qui se croit mieux que lui mais procède aux mêmes raccourcis qui vient vous traiter de marchand du temple et vous balancer sa condescendance à la figure. Les cathos comme on les aiment. 4/

Pourtant, ces flots d’âmes habituées font ressortir par contraste les rencontres personnelles qu’une cathédrale offre comme aucun autre lieu, des rencontres tantôt superficielles, troublantes, profondes, terribles ou édifiantes. 5/

Il y a le touriste qui ne vous regarde pas comme un fournisseur de bibelots mais un connaisseur des lieux, et vous demande de lui conseiller quoi regarder ou de lui raconter l’histoire du monument. 6/

Il y a le fidèle irrégulier qui connaît mal les lieux mais recherche un prêtre, la chapelle de tel saint, le tronc pour les offrandes ou le diocèse, et qui est soulagé de pouvoir vous poser la question. En repartant il offre une bénédiction, parfois un chapelet ou une médaille. 7/

Et vous n’imaginez pas, dans la France sécularisée du XXI° siècle, combien les laissés-pour-compte sont toujours attirés par les cathédrales. Il y a bien sûr le mendiant attitré qui tient le parvis de l’église et le gère un peu en boutiquier… 8/

Mais il y a toute une ribambelle de marginaux et de détraqués, qui n’ont rien à envier à Quasimodo et aux personnages de la cour des miracles, et qui entrent dans le lieu saint en quête d’un bon samaritain et de choses plus mystérieuses. 9/

Ceux-là arrivent vers vous et vous balancent sans crier gare des détresses insupportables. Cette SDF vagabonde qui a l’âge de ma mère et qui traverse la France d’un bout à l’autre pour ne pas manquer l’anniversaire de sa fille, dont elle n’a pas la garde. 10/

Cet Africain torturé en Libye qui me montre une cage thoracique aux os retournés vers l’intérieur du torse, et que la police soumettra sous mes yeux à un interrogatoire avant de laisser le médecin que j’ai appelé regarder ses plaies. 11/

Ce SDF de 25 ans ravagé par l’alcoolisme, puant et tremblant, à qui je ne pouvais qu’offrir de temps en temps une bouteille d’eau en m’inquiétant pour sa vie, que je retrouve un matin écroulé à la porte de la cathédrale, ayant passé la nuit sur le parvis avec une jambe brisée. 12/

Pendant que j’appelais les pompiers, le visage dévasté par la honte et la souffrance physique de s’être contenu si longtemps, il a devant moi baissé son caleçon et uriné sur le lieu saint. C’était terrible comme le Livre de Job. 13/

Et puis il y a les détraqués psychiques : ceux qui reviennent à intervalles plus ou moins réguliers déclamer leur charabia dans la nef, parfois en montant en chaire (tant qu’à faire)… Et ceux qui se dirigent droit vers le gus dans sa boîte à l’entrée. 14/

Ils énoncent des phrases sans queue ni tête où l’on ne perçoit qu’une abominable souffrance. J’essaye d’établir juste assez de communication pour vérifier qu’ils ont un toit où dormir, et je me maudis de mon matérialisme pendant qu’ils évoquent Jésus et Marie dans leur charabia. 15/

Je me trouve minable de ne pas savoir répondre à une détresse foncièrement spirituelle. Blessés dans le corps ou dans l’esprit, ils me demandent régulièrement la permission de prier dans la nef. « Bah oui pas besoin de permission ». 16/

Mais parfois ils reprennent : « Vous me promettez que personne ne va venir me mettre dehors ? », habitués à être jetés de partout, et ils m’arrachent des serments solennels pour une banalité. Ensuite ils se mettent dans la nef parfois pour plusieurs heures. 17 /

Ils y trouvent un repos physique, et un apaisement je crois à cause de la quiétude (l’hiver, pas l’été…) et de la douce majesté de l’architecture gothique. Je le dis sans orgueil : j’ai peut-être été le type de France le plus confronté à la cour des miracles des cathédrales. 18/

Les prêtres ne sont là que peu d’heures par semaine, et les sacristines courent dans tous les sens pour faire plein de choses. Moi, j’étais enchaîné à la porte d’entrée, un lézard en guise de cerbère, sans l’attirail marchand qui éloigne ceux qui sont sans le sous. 19/

Et même en circulant dans les milieux cathos, j’ai l’impression qu’on n’y connaît pas le carnaval qui continue de défiler dans nos lieux saints. Ou alors je me trompe et les autres lézards portiers savent mieux que moi garder le silence. 20/

Mais allégeons l’ambiance : quand on est toute la journée toute l’année dans une cathédrale, on croise aussi les agents des Monuments Historiques, de la DRAC et de quelques autres institutions bien de chez nous. 21/

Ils parlent de murs, d’entretien, de sécurité, de politique patrimoniale, de politique tout court. Interagissant avec le clergé sans en être, avec la politique sans en être, avec le monde de l’entreprise sans en être, ils deviennent des Janus à 3 ou 4 visages. 22/

Ces drôles de sphinx sont les jointures des dispositions si particulières de la loi de 1905 sur le patrimoine religieux. Ils maintiennent la cathédrale debout, malgré la gabegie qu’est la conservation du patrimoine religieux français, mais passent à côté de son essentiel. 23/

Ils ne regardent pas l’Africain torturé ou la SDF vagabonde, mais c’est grâce à eux et notre drôle de législation que les cathédrales sont toujours des asiles pour les Quasimodo et les Esmeralda de notre époque. 24/

(C’est du fait de cette législation aussi que je suis enchaîné à mon poste, où je peux jouer les bons samaritains de pacotille, jusqu’à ce que mon boulot détestable me fasse péter un câble et remettre ma démission). 25/

Bien sûr, la cathédrale est aussi un espace liturgique ; une liturgie qui ne s’accomplit que quelques heures par semaine, et être enfermé dans une cathédrale n’a finalement pas grand chose de monastique. 26/

Mais évidemment, cette finalité liturgique coordonne toute la conception du monument, et toutes les attitudes qu’on y rencontre, celle du fidèle, du touriste, du réfugié, du lunatique ou du blasphémateur sont comme des échos plus ou moins harmonieux du service divin. 27/

La liturgie en soi rythme les journées (un peu), les semaines (surtout), l’année, avec les affluences de bons cathos à telle heure, tel jour, telle fête. Et il y a les cérémonies individuelles : les baptêmes, les mariages, les enterrements. 28 /

Là aussi, ce sont des occasions tantôt superficielles, profondes ou édifiantes. Il y a les chansons d’un horrible mauvais goût que les mariés ont insisté pour faire résonner sous les voûtes gothiques, ou les funérailles moins triste de deuil que de banalité… 29/

…et l’endurcissement du cœur qu’on surprend à l’intérieur de soi quand on en est au vingtième mariage depuis le début du mois de juin ou le quinzième enterrement de l’hiver. Mais il y a aussi les moments où l’endurcissement se brise. 30/

Il y a 2 ans, un ami très cher s’est donné la mort et j’ai dû surmonter ce deuil de façon bien solitaire (pardon pour l’impudeur, m’enfin à ce stade du thread on est plus à ça près). Il y a quelques mois je me suis senti mystérieusement foudroyé. 31/

Je suis en-dehors de la nef, soulevant la barre de fer d’une porte de cloître que je dois ouvrir chaque matin ; je sens mes bras et mes jambes se paralyser, et je me retrouve à terre, la barre sur mes genoux, l’image de mon ami en tête, pleurant sans comprendre ce qui me possède. 32 /

Je me reprends et continue mon travail : j’ouvre la lourde porte et dans la nef, me voilà face à une famille sur le point de célébrer les funérailles d’un suicidé de 19 ans. Je ne sais par quelles phéromones, chakras ou énergies telluriques leur douleur est allé saisir la mienne. 33/

Mais ça aussi ça fait partie de ce qu’est une cathédrale, et de ce qu’y trouvent des gens parfois très éloignés des enseignements de l’Église. Il est fréquent que les visiteurs viennent me voir dans ma boîte pour avoir le plaisir de partager avec moi leurs hérésies. 34/

Il y a ceux qui se sont éloignés de la foi, les athées qui tiennent absolument à me dire en rentrant qu’ils ne croient pas en Dieu (grand bien leur fasse), et les « spirituels mais pas religieux » qui ont le défaut de se croire original alors qu’ils sont assez courants. 35/

D’autres ont des dogmes plus précis, et sont convaincus que les bâtisseurs de cathédrale les partageaient. Les plus pénibles sont ceux qui mêlent ésotérisme et conspirationnisme dans leurs histoires de templiers atlantes bâtisseurs de pyramides… 36/

Ceux-là vivent dans une dissonance cognitive permanente qui les rend très égocentriques et les remplit de haine envers quiconque n’adhère pas spontanément à leurs billevesées. Mais d’autres ont la sagesse de séparer leur foi de toute démonstration pseudo-scientifique… 37/

…ainsi ce pèlerin qui m’a demandé si je savais où il pouvait le mieux se connecter aux énergies telluriques de la cathédrale, et qui devant mon abasourdissement s’est éloigné sans chercher à me convertir. 38/

J’ai bien vu sur son visage qu’il craignait, comme il devait en avoir l’habitude, que je me moque d’une croyance pourtant guère plus farfelue que celle de la Résurrection. Or, n’en déplaise aux gardiens de la vraie foi, ces gens là sont aussi des fidèles de nos cathédrales. 39/

Parfois, les différences religieuses sont mâtinées de haine, et s’approchent terriblement des gouffres du Mal. Au niveau le plus superficiel, il y a l’anticlérical militant, qui en me voyant enfermé dans ma boîte me suppose immédiatement au service de l’Ennemi. 40/

Ce laïcard connaît donc fort mal les dispositions de la loi de 1905 et diffère peu du pharisien catho qui me traite de marchand du temple. Lui me crache que je suis le laquais des fanatiques et des pédophiles, puis va contempler l’élégance de la nef gothique. 41/

Si sa rancœur découle de crimes ou de peccadilles que l’Église à commises contre lui, je suis bien mécontent d’en être le bouc émissaire. Mais c’est bien moins grave que la découverte que me signale un fidèle après le passage d’un groupe scolaire. 42/

Quelques adolescents se sont attardés près du cahier destiné aux intentions de prières et l’on recouvert de « Allahu akbar » et « L’Islam vaincra » puis sont ressortis, minables et goguenards, tout fiers d’avoir accompli le djihad à la portée des caniches. 43/

L’anticlérical a sa vie intérieure que lui seul connaît, l’adolescent musulman a toute la vie pour ne pas devenir terroriste, et il y a même quelques cathos qui ont une chance d’échapper à l’Enfer. Mais une cathédrale est aussi aujourd’hui un lieu de violence larvée. 44/

Et enfermé dans ma boîte d’allumette, je sais qu’il n’est pas strictement impossible qu’un taré à mitraillette débarque un jour et me sorte de mon emmerdement en m’expédiant dans l’outre-tombe. En attendant, la cathédrale est le terrain de criminels moins ambitieux. 45/

Les voleurs à l’arrachée savent qu’il n’y a rien de plus vulnérable qu’une personne en prière, et régulièrement, un fidèle (souvent une femme) se précipite à moi pour me dire que son sac a disparu pendant ses dévotions. 46/

Elle est effondrée par le regard impuissant et surtout tristement habitué que je lui tends. Moi-même je me dégoûte de m’habituer à ce que le lieu saint soit le théâtre de ces turpitudes, et je lui assure ma sympathie sans cacher que le voleur n’a aucune chance d’être retrouvé. 47/

Donc, voilà ce qu’est une cathédrale aujourd’hui : un attrape-touriste, une maison de prière, un asile de marginaux, un lieu de rencontre, un enjeu de pouvoir, un repaire d’hérétiques et une caverne de brigands. Peu de choses on changé depuis Suger et depuis Salomon. 48/

Mais ceux qui veulent réduire la cathédrale à sa fonction muséale ne sont pas des esprits cultivés, mais des âmes en jachère, ou pour le dire plus directement, des énormes beaufs. 49/

Ceux qui voudraient la réserver aux vrais croyants n’ont de toute évidence rien compris à la parabole du bon grain et de l’ivraie, ni à la théologie de l’asile. 50/

Et les gauchistes qui ne s’attristeraient pas de la voir détruite ont moins de souci des plus faibles que d’égocentrisme culturel. 51/

Au-delà des polémiques où je prends le risque de m’enfoncer, sans doute avec injustice, je voudrais surtout partager le point de vue panoramique, et je crois peut-être unique, auquel je me suis trouvé enchaîné deux années durant. 52/

Il est normal que ceux qui ne voient la cathédrale que sous un angle particulier aient la tentation de la réduire à cet aspect, et j’espère que mon partage leur sera utile. 53/

Je me souviens avec douleur de toutes les fois où j’ai manqué d’attention, de patience, de gentillesse ou de subtilité avec la personne qui se rapprochait de ma prison, et où j’ai vu repartir un prochain dont je ne saurai jamais s’il avait besoin de moi. 54/

Je crains plus que tout les aveuglements dont je dois encore être prisonnier, ce qui a échappé à ma vue durant deux ans, et ce qui lui échappe encore dans la cathédrale du monde. 55/

Quand Isaïe et le Jean de l’Apocalypse rentrent dans le cœur du Temple, ils n’y découvrent pas une leçon d’architecture, mais « ce qui remplit le Ciel et la Terre ». Cela y est toujours, et il n’est pas besoin d’être prophète pour le contempler. Paix à tous ! 56/

Paix sur vous de ma part aussi !

Deux hommes de bien par Arturo Pérez-Reverte

Quelques phrases en chemin

…avec pour principal instrument de sape révolutionnaire les doctrines des philosophes et leur culte acharné de la raison qui empoisonne l’ordre naturel et insulte le divin : le cynique Voltaire, l’hypocrite Rousseau, tergiversateur Montesquieu, les impies Diderot et D’Alambert, et tant d’autres dont l’infâme pensée a forgé cette Enciclopedia…

– L’orgueil, don Hermès, quand un peu d’intelligence l’assaisonne, peut être une vertu aussi utile qu’une autre.

En réalité, ajouta-t-il peu après, ce sont les Bringas et leur rancune sociale qui ont précipité la Révolution en France. Les Lumières auraient pu rester une affaire de salons, d’entretiens entre aristocrates, de cafés élégants fréquentés par les théoriciens de la philosophie nouvelle. C’est le désespoir des pauvres diables aigris qui, en retentissant dans les couches sociales les plus basses, a fini par enflammer le peuple. En fait, plus que tous les encyclopédistes réunis ce sont les fanatiques rancuniers comme notre abbé fou de frustration et de haine qui ont jeté les gens dans la rue.

— Eh bien… Elle a eu de la chance.

Chantal fait une grimace de doute et regarde de nouveau ses mains couvertes de taches de son.

— ça dépend de comment on voit les choses, dit-elle au bout d’un moment. Pauvre et malade, Margarite Dancenis s’est suicidée trois ans plus tard en avalant cinquante grains d’opium dans un la place Maubert. Elle s’est éteinte – comme tout ce monde brillant naguère élevé si haut et alors immigré, dispersé ou disparu dans les brouillards de Londres, sur les rives du Rhin, ou sous la lame de la guillotine – dans le regret, je suppose, des jours passés rue Saint-Honoré, où philosophes et littérateurs, mêlés aux perruquiers et aux libertins, discutaient la régénération du monde une coupe de champagne à la main, adossés au manteau d’une cheminée.

— Ne croyez-vous pas que n’importe quel être humain peut être éduqué à la manière douce? En définitive, la culture est source de bonheur, puisqu’elle développe la Lucidité du peuple.
— Je ne crois pas. Du moins dans la première phase. Parce que la populace n’est pas faite pour penser.
Le rire serein, doux et aimable de l’Amiral se fait entendre.
— Je vois que vous baissez un peu la garde, monsieur l’abbé. Vous vous contredisez. Ce propos sur la populace, c’est Voltaire qui l’a tenu, et vous ne le tenez pas en haute estime.
— Sur certains chapitres, cet opportuniste attaché au luxe et aux rois a vu juste, répond Bringas prestement. En fait, l’être humain, cet infortuné accoutumé aux grossiers, n’est éduqué que par la raison et la peur…

Je ne suis pas le seul a ne pas apprécier Voltaire, finalement !

Et alors ce roman ?

« Deux hommes de bien » est un aller-retour de Madrid à Paris, ou deux hommes vont se rencontrer et nous offrir leur propre rencontre, deux hommes accompagnés par une ombre en souffrance.

L’auteur nous invite à cette promenade dans une époque, une autre belle époque, une « avant la révolution française » , comme un « 1912 » avant sa grande tuerie de « 14-18 » . Les personnes humaines croisées sont touchantes, attachantes, et éloignées de toutes caricatures.
En commençant la lecture, je croyais que j’aurais des réticences par rapport aux commentaires de l’auteur. Mais ce n’est pas comme ces auteurs insupportables et narcissiques des années 90-2000, c’est juste un auteur qui parcourt lui-même sa propre création et ses propres difficultés pour nous rendre cette époque au plus juste.
Très très beau roman d’Arturo Pérez-Reverte !

Durant les 10 jours de lectures, je me suis promené aussi dans notre automne nouvelle, notre automne de 2019. Une automne si différentes des 57 autres que j’ai connu, une automne qui m’évoque que quelque chose d’inattendu est en train de surgir dans l’horizon. En écho avec ce roman.

Questionnement sur Aspiration et Alignement Ichthus

Autant pour les aspirations, issue de Joan Of Arc me conviennent en devenant toutefois Foi, Paganisme et Pragmatica, autant je réfléchis encore sur la partie Alignement. Bon et Mauvais son trop réducteur et par trop manichéiste. J’avais pensé à Nouveau et Ancien qui ré-introduit la lutte entre les modernes et les anciens, mais que je trouve un peu trop moderne justement pour cette arrivé du Christianisme.

J’ai envie de me diriger vers une dichotomie qui serait Altruisme et Égoïsme. Je cherche aussi un peu une dichotomie Altruisme et Individualisme. Mais je vais devoir poser cela sur le papier et laisser un peu décanter.

Autre chose mais pas que

Ce matin que pensais au doutes dans le wagon bondé du métro. Je me rends compte que dans les conversations alentours certaines personne parle du « doute » comme étant un apriori à ne pas croire à un concept. Ce « Je doute » est une forme du « Cela n’est pas ! », et le doute devient alors la quasi certitude du « Ce n’est pas » .
Et d’autres personnes (dont je suis) ont du doute, une forme qui est plutôt, « je ne sais pas » , mais par défaut je préfère croire, car cela ouvre plus de portes. Cela rejoint en fait la Foi, « Je ne sais pas, mais j’espère » ,

En vérité

Deux essais de Marie-Françoise Baslez

« Comment notre monde est devenu chrétien. »
Et « Les premiers bâtisseurs de l’église »
nous font découvrir un monde ou toutes les religion se sont perdu dans le pouvoir. auguste instaure une religion obligatoire autour de sa personne et de Rome. Les différents paganismes des peuples vaincus par Rome cherche une matière a vengeance dans leur ancienne spiritualité, une reconquête de pouvoir. La Judée n’est pas en reste en matière de confusion entre pouvoir temporel et pouvoir spirituel.

Un besoin humain, un besoin pour chaque personne humaine reste insatisfait, celui de se retrouver dans une spiritualité apaisé. Un événement se produit entre 30 et 40 qui va se répandre en quelques année suivant les voix grecques et les voix juives des communautés urbaines. Les premiers chrétiens naissent ayant un profond enthousiasme. Une parole, « Rendez donc à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. » va redonner le champs spirituel à la personne humaine et à ces communauté cherchant leur forme.

Ces deux essais ajouter à d’autre essai sur cette période de l’histoire humaine éclaire sous un autre angle ce que furent les personne humaines dans leur complexité. Et les christianismes des premiers temps aurait disparu sans cet enthousiasme spirituel.

Lu aussi pour cette époque
Henri-Irénée Marrou « Fondements d’une culture chrétienne »
Mireille Cébeillac-Gervasoni « Quaestores principis et candidati »
« Les élites et leurs facettes: les élites locales dans le monde hellénistique et romain »

Un histoire populaire de la France par Gérard Noiriel

Croquis notes

Citations

A Versailles, Louis XIV appliqua systématiquement sa devise « Diviser pour Régner en maintenant l’équilibre entre les deux grandes forces dont il se méfier : l’aristocratie (noblesse de sang) et la grande bourgeoisie (noblesse de robe). Le Mot « civilisation » s’imposa alors dans notre langue pour désigner la culture classique fabriquée à Versailles, sûre de sa supériorité et qui reposait sur le modèle de la conversation.

A Versailles s’élaborèrent en effet les normes de comportement et de bon goût qui se diffusèrent au cours des siècles suivants dans toutes les couches de la société française.

Les aristocrates ayant connu le déclassement social cautionnaient ce point de vue parce qu’ils avaient gardé un fort ressentiment à l’égard d’une paysannerie qui avait acquis une partie de « leurs » terres depuis la Révolution. C’est ce regard péjoratif qu’Honoré de Balzac mit en forme littéraire dans son roman Les Paysans, écrit en 1844 (mais publié après sa mort). Il apparaît également dans le livre célèbre du comte Arthur de Gobineau, Essai sur l’inégalité des races humaines (1853). Cet ouvrage, souvent présenté comme le texte fondateur du racisme moderne, contient effectivement de nombreux développements sur l’infériorité des races « primitives » et sur le danger des métissages. Cependant, son raisonnement s’applique aussi aux paysans de France. Sur trente-six millions d’habitants, écrit-il, il y en a dix qui agissent « dans notre sphère de sociabilité » et vingt-six qui restent en dehors. « Il en va de ces masses comme de certains sauvages : au premier abord on les juge irréfléchissantes et à demi brutes parce que l’extérieur est humble et effacé », puis on constate que cette antipathie est volontaire. Ils ne sont pas méchants, mais « ils se regardent comme d’une autre espèce ».

Au lieu d’alimenter à mon tour les jugements de valeur au nom desquels se sont affrontés les partisans et les adversaires de Robespierre, je voudrais insister sur le fait que son raisonnement s’inscrivait dans le prolongement d’une réflexion déjà ancienne sur la place qu’il convenait d’accorder au droit de vote dans l’exercice de la citoyenneté. Comme l’a souligné Bernard Manin, le processus électoral n’était pas un acquis de la Révolution, puisqu’il était déjà pratiqué sous l’Ancien Régime. Le fait qu’il ait été élargi à plusieurs millions de Français apparut néanmoins comme un progrès tellement extraordinaire dans la marche vers l’égalité que le droit de vote fut très vite perçu comme un synonyme de la démocratie. Les polémiques se focalisèrent sur les discriminations établies entre les citoyens « actifs » et les autres, ce qui occulta un problème plus important, dont la philosophie des Lumières avait débattu des deux côtés de l’Atlantique bien avant la Révolution française. La procédure élective était une délégation de pouvoir qui allait à l’encontre du principe d’égalité. Elle comportait, en effet, une dimension aristocratique puisqu’elle avait pour but de choisir les « meilleurs » candidats (aristoï en grec). Aux yeux de ces philosophes, seul le tirage au sort aurait permis de respecter pleinement le principe d’égalité entre les citoyens.

Les femmes, qui avaient été elles aussi réduites au rang de « citoyens passifs », se firent également entendre en privilégiant l’action directe. À l’époque, la plupart d’entre elles n’avaient pas encore de place autonome. Elles existaient dans le cadre familial, vouées à l’entretien du ménage. Elles passaient leur journée à coudre, servir, instruire, soigner. C’est pourquoi, pendant la Révolution, elles furent surtout présentes dans les mouvements dénonçant les « accapareurs » et exigeant du pain pour le peuple. En octobre 1789, plusieurs milliers d’entre elles participèrent à la marche de Versailles pour ramener le roi à Paris. Elles manifestèrent au nom d’un « nous citoyennes » qui était déjà une manière de dénoncer la domination masculine. Le 27 février 1792, trois cents « citoyennes de Paris » déposèrent une adresse à l’Assemblée nationale pour exiger le droit de porter les armes dans les bataillons féminins. Le 6 mai 1792, à la tête d’une députation citoyenne, Pauline Léon lut à l’Assemblée législative une pétition signée par 319 femmes qui demandaient le droit d’organiser une garde nationale féminine. En mai 1793, elles créèrent une Société des citoyennes républicaines révolutionnaires. Les femmes jouèrent aussi un rôle actif dans les sociétés populaires. À Paris, une tribune fut installée dans la quasi-totalité des quarante-huit sections de la ville pour leur permettre de suivre les assemblées générales. Elles y intervenaient fréquemment pour présenter leurs doléances. Cette intégration au sein du mouvement social favorisa grandement la fusion des points de vue. Ces femmes partageaient les valeurs et la culture des sans-culottes qu’elles avaient contribuées à forger; leur égalitarisme partageux, leur attachement à la notion de souveraineté populaire, leur volonté de contrôle des élus et des fonctionnaires publics.
Toutefois, les femmes ne pouvaient pas adhérer complète-ment au discours des sans-culottes quand ceux-ci exaltaient la virilité comme l’une des composantes centrales de la citoyenneté.

Alfred Mézières, professeur à la faculté des lettres de Paris, publia ces lignes quelques mois avant la Commune de Paris, la plus puissante révolution populaire que la France ait connue depuis 1789. Preuve que les intellectuels, malgré leurs ambitions, sont bien incapables de prédire l’avenir, ce que le vingtième siècle confirmera, hélas, à de multiples reprises.
C’était la troisième fois, depuis 1830, qu’une révolution éclatait à Paris, en prenant les élites par surprise. Les dirigeants républicains, à peine revenus au pouvoir, se chargèrent de réprimer dans le sang ce soulèvement populaire, comme leurs prédécesseurs l’avaient fait en juin 1848.

Un clivage très net se produisit alors entre les syndicalistes réformistes, qui dirigeaient la CGT attachée à l’Union sacrée, et les révolutionnaires. Ces derniers étaient particulièrement nombreux dans les nouvelles usines de la banlieue parisienne. Malgré leur isolement, ils jouèrent un rôle essentiel dans les grèves qui culminèrent en mai 1920. Le mouvement fut un échec car il fut à nouveau écrasé par un homme de gauche passé à droite. Alexandre Millerand, devenu chef du gouvernement, décréta la réquisition des chemins de fer et fit appel à l’armée ainsi qu’aux élèves des grandes écoles et aux « citoyens de bonne volonté » pour remplacer les grévistes. Les patrons des compagnies de chemin de fer participèrent avec enthousiasme à cette mobilisation citoyenne en révoquant quinze mille cheminots. Le 22 mai 1920, la CGT fut contrainte de demander à ses troupes de reprendre le travail. Le mouvement syndical ne se remit pas de cet échec. Ses effectifs chutèrent de deux millions à six cent mille adhérents.

Dans le Nord et dans l’Est, la substitution d’une classe ouvrière à une autre eut pour effet d’anéantir les traditions et la mémoire populaires. L’écrivain Georges Navel, issu du monde des ouvriers-paysans lorrains qui composaient la plus grande partie de l’effectif de l’usine sidérurgique de Pont-à-Mousson, a raconté que, jusqu’en 1914, tout le monde dans son village se souvenait des puissantes grèves de 1905, car elles avaient secoué toute la société des « hommes du fer », comme les a appelés Serge Bonnet. La solidarité de la communauté locale s’exerçait encore vis-à-vis de ceux qui avaient perdu leur place à l’usine pour avoir osé défier le pouvoir des maîtres de forges. Mais le village fut détruit dès le début de la guerre et les habitants durent fuir vers d’autres régions de France. Beaucoup d’entre eux ne revinrent jamais dans leur Lorraine natale. La paix revenue, les maîtres de forges profitèrent des possibilités offertes par la reconstruction pour engager un puissant mouvement de mécanisation du travail qui décupla la production des tuyaux.

Comme l’a montré Christophe Charle, la IIIe République fut incapable de créer un moule social et éducatif commun aux différentes élites, creuset qui fit la force de l’establishment conservateur britannique, ce qui facilita les compromis entre ses différentes composantes. Les gouvernants, issus pour la plupart des grandes écoles, bloquèrent les velléités de réformes pour ne pas perdre le monopole de la formation des élites. Ce raidissement fut un facteur important dans les bouleversements politiques qui se produisirent en France au cours des années 1930.

Néanmoins, comme cela avait déjà été le cas avec le POF de Jules Guesde un demi-siècle plus tôt, l’irruption d’un parti marxiste dans le champ politique français provoqua une nette démocratisation de la représentation nationale. La nouvelle Chambre des députés comptait en effet cinquante-six ouvriers, trente-trois instituteurs, trente-trois employés, seize petits fonctionnaires, douze cadres et trente-deux commerçants. L’année précédente, 22 % des maires élus dans les grandes villes étaient ouvriers ou employés.

Bernard-Henri Lévy, Pascal Bruckner, Alain Finkielkraut, Maurice Clavel, André Glucksmann, engagés à des degrés divers dans le mouvement post-soixante-huitard, maoïstes pour les trois derniers, oublièrent très vite le prolétariat et la contestation se transforma en apologie du libéralisme. Ils incarnèrent dès lors un nouveau type d’intellectuels, consacrés par les médias avant d’avoir fait leurs preuves dans le monde savant. Le triomphe de la droite libérale, incarnée par Valéry Giscard d’Estaing, et la formidable campagne de promotion de L’Archipel du goulag, le livre-témoignage d’Alexandre Soljenitsyne sur ses passées dans les camps staliniens, furent les deux événements qui préparèrent la consécration médiatique des « philosophes ».
Dans sa Lettre ouverte d ceux qui sont passés du nouveaux col Mao au Rotary, parue en 1986, Guy Hocquenghem dénonça cette nouvelle « trahison des clercs » qui posait toute une partie de l’élite gauchiste à rejoindre les cercles du pouvoir (qu’il soit de droite ou de gauche). Serge Halimi dans Les Nouveaux Chiens de garde et Daniel Lindenberg ont montré le rôle essentiel que ces intellectuels avaient joué, au cours des décennies suivantes, dans la réhabilitation de la pensée conservatrice en France.

L ‘ « économie de l’enrichissement » a été impulsée par la gauche au début des années 1980, comme un ultime écho des aspirations de Mai 68. Elle a été relayée par les collectivités locales et grâce à des dispositifs associant des acteurs en charge des questions urbaines, sociales, environnementales, etc. Les associations culturelles ont joué un rôle essentiel dans cette dynamique qui a permis la valorisation des produits régionaux, du patrimoine local, des vieilles demeures et des vieilles coutumes. Quand les perspectives de profit se sont concrétisées, les initiatives qu’avaient développées les « gens d’en bas » ont été appropriées par les « gens d’en haut », notamment grâce à la multiplication des partenariats public-privé.

Outre la progression fulgurante de l’intérim le chantage à l’emploi a permis de durcir les conditions d’embauche. La notion d’« inemployabilité » s’est imposée pour écarter les candidats qui semblaient les moins dociles ou les moins performants : les travailleurs âgés et les jeunes issus de l’immigration ont été les principales victimes de ces discriminations. Ceux qui ont eu « la chance » d’être embauchés font aujourd’hui l’objet d’un suivi constant. Chaque salarié a un dossier où sont consignées les observations de ses supérieurs hiérarchiques. Il doit subir un entretien annuel d’évaluation et s’il n’atteint pas les objectifs qui lui ont été fixés, il risque le licenciement. Ces techniques d’embauche et d’évaluation sont ressenties, surtout par les jeunes, comme des relations de pouvoir particulièrement humiliantes, contre lesquelles ils ne peuvent rien.

L’ethnicisation du discours social fut illustrée par l’irruption du mot « beur » (arabe en « verlan »). Présenté comme un terme appartenant au vocabulaire des jeunes de banlieue, ce mot fut en réalité, inventé, et popularisé par le quotidien Libération, comme un équivalent de « black », dans sa rubrique culturelle.

Sans pouvoir reprendre ici des analyses que j’ai développées dans d’autres ouvrages, je rappellerai simplement que, dès le milieu des années 1980, c’est sur ce terrain des origines que s’affrontèrent la droite et la gauche. Les socialistes mobilisèrent les milieux culturels pour promouvoir une image positive du « beur ». Ce fut l’une des missions confiées à Canal +, la première chaîne de télévision privée, lancée le 4 novembre 1984. La mode, le théâtre, la littérature, la radio, le cinéma, conjuguèrent leurs efforts pour rendre ce nouveau personnage sympathique. La marche pour l’égalité, organisée à la fin de l’année 1983 par des jeunes désireux de combattre les discriminations dont ils étaient victimes, fut rebaptisée « Marche des Beurs ». Dans le même temps, les socialistes tentèrent d’exploiter la fait-diversion du racisme en créant le mouvement SOS-Racisme incarné par Harlem Désir.
La droite nationale-sécuritaire répondit à cette offensive en établissant la connexion entre le péril islamiste et « les jeunes immigrés maghrébins » des banlieues. Yvan Gastaut a décrit en détail, dans sa thèse, les étapes successives qui ont permis à la droite d’imposer son hégémonie dans cette lutte identitaire. Dès le mois de septembre 1983, Le Figaro commença à affirmer que l’assimilation des nouveaux immigrants ne se ferait pas comme celle des Italiens et des Polonais, parce que leur « origine culturelle » n’était pas la même. Au même moment (juillet 1983), Minute, un journal d’extrême droite, publia une caricature présentant Marianne en tchador, explicitant ainsi ce que la droite républicaine n’osait pas encore affirmer publiquement quand elle évoquait les « origines culturelles » des enfants d’immigrés.

En 1990-1991, l’intervention des forces occidentales en Irak fut l’occasion de réactiver le vieux discours suspectant la loyauté des immigrés issus des pays « ennemis ». Sauf que désormais ce n’était plus la nationalité qui était privilégiée pour mettre en cause le « sentiment d’appartenance », mais la religion musulmane. Comme la question de l’Islam fut constamment mise au centre de l’actualité, les socialistes ne cessèrent de reculer sur ce terrain. Après les débuts de « l’affaire du voile », l’attentat de juillet 1995 à la station RER de Saint-Michel, perpétré par un jeune d’origine algérienne, contraignit la gauche à abandonner la promotion des « beurs » pour poursuivre le combat identitaire en se repliant sur le terrain jugé plus consensuel de la laïcité.

Voilà ce que j’ai lu, un Indispensable

Parcourir l’histoire du XIIIème siècle jusqu’à aujourd’hui sans attribuer la marche de l’histoire aux Grands Hommes mais seulement en portant le projecteur sur les classes populaires, était un pari très Risqué.

Et c’est une réussite totale.

Je me suis donc retrouvé à parcourir ces 7 siècles d’histoire de la France, a travers les petites gens, les gens de peu, les « rien ». On en ressort, grandis, fortifié, plus intelligent, plus ouvert et plus noble.

Nous ne venons pas de nulle part et nos vies ont du sens. Nos relations se sont enrichies de milles détails, de milles faon de vivre et il existe un lien ténu entre le croquant du 18ème siècle et les ouvriers promouvant le théâtre de Jean Villars.

A la lecture de cette belle somme on comprend les gilets jaunes et les peurs, les frayeurs de la bourgeoisie et de la petite bourgeoisie. On peut également à travers cette lecture entrevoir des possibilités de rédemption, qui ne viendra d’aucun Grand Homme mais de nous, humains (femmes et hommes) vivant en notre temps et léguant un horizon à ceux qui viennent après nous.

Lecture INDISPENSABLE !

Amen