Reçu hier samedi à 16h00, et lu le soir même et cette nuit, et finis au petit matin. Encore une expérience étrange d’éveil par la douleur comme les irresponsables de J. Chapoutot. Expérimenter l’espérance chrétienne pour de vrai.
Le livre de Déborah V. Brosteaux, La guerre, cet étrange et ténébreux malsain objet du désir, n’est pas un essai. C’est un coup de poing dans le gueule. Un coup de poing dans le gueule donnée à mains nues sans gants à ceux qui, bien peignés, bien républicains, bien français, bien blancs, regardent la guerre comme une nécessité rationnelle, une « affaire d’État », un « choix difficile mais responsable ». C’est une boucherie qui excite. Une boucherie bien réglée. Un fantasme qui bande les puissants.
La guerre, nous dit-elle, ce n’est pas seulement le fruit sec d’un calcul géopolitique : c’est une érection. Une jouissance cachée, peut-être honteuse, mais réelle, sentie, vécue. Une boue qui lave les corps trop civilisés. Et moi je la crois. Moi je sais. Moi qui ai vu les dominants toujours trouver un plaisir trouble à ce qui écrase, salit, subjugue. Ce n’est pas un hasard si le pouvoir s’enivre de la guerre : c’est son orgasme.
Tiens, merde je me retrouve à parler du coprolithe Macron, l’enfant-roitelet qui veut faire peuple avec un fusil d’épaule qui n’a jamais touché sa peau. L’homme sans fils qui rêve d’en envoyer. Ce président sans pleurs qui se gorge de mots comme d’autres se gorgent de chair. « Nous sommes en guerre », il disait, le regard transpercé par sa propre phrase, troué par la jouissance de se sentir chef, de faire trembler la République en costume trois pièces. Un chef d’orchestre sans orchestre, qui bat la mesure d’un tambour crevé, mais bat quand même, comme un petit garçon blanc de cinq ans capricieux et cheminant vers la perversité. Pour qu’on l’écoute hurler et taper du pied et des petit poings. Pour qu’on obéisse. Pour qu’on sacrifie.
Et à l’autre bout, il y a ceux qu’on sacrifie. Ceux dont la mort ne compte pas, ou compte moins. Les enfants aux yeux noirs de Gaza, les cris qui n’arrivent pas jusqu’aux studios climatisés de BFMTV ou de France Info et même ARTE. Les femmes sans jambes qui hurlent encore debout. Les hommes qui ramassent à la main les chairs de leurs fils. Et ces images passent, et elles glissent, et elles glissent — mais quelque chose résiste. Quelque chose coince. Le silence n’est plus possible. Il devient criminel.
C’est ça, la guerre moderne. Une jouissance blanche. Un porno de destruction massive des conscience. Et l’Occident regarde, comme on regarde un film, un jeu, une série Netflix avec des vrais cadavres. Mais Brosteaux refuse le confort. Elle jette la lumière sur le désir, pas celui qu’on avoue, mais celui qui gonfle sous la chemise blanche des présidents. Celui qu’on murmure en rêvant de batailles et de gloire, même si la gloire sent la poudre, le carbonisé la pisse et la merde.
Elle ne nous laisse aucun refuge. Pas même la honte. Elle nous regarde dans les yeux et nous dit : vous le saviez. Vous l’avez toujours su. La guerre n’est pas une erreur. C’est une pulsion. Une jouissance organisée.
Mais elle laisse une échappée. Pas une issue, non. Une faille. Le désir révolutionnaire. Celui qui veut détruire sans exterminer. Qui veut brûler, oui, mais pour éclairer. Celui qui veut l’intensité sans le massacre. L’amour sans l’arme.
Alors, que faire ? Parler. Créer. Résister. Refuser. Déserter les alignements. Et bander enfin pour autre chose que la mort, activer l’espérance chrétienne.
Haïku
Le canon jouit seul.
Un enfant crie dans le sable.
Le ciel ne répond.
Tanka
Ils nous disent paix
la bouche pleine de cendres
et de dividendes.
Mais nous n’avons qu’une voix —
la leur mord, la leur dévore.
Sonnet des pervers
Ils jouissent, les rois fades, au fond des palais morts,
De voir la guerre tordre le ventre des misères,
Les gosses déchiquetés, les femmes sans paupières,
Le feu couler partout comme un sperme qui mord.
Ils bandent pour le sang — mais pas le leur, bien sûr.
C’est toujours dans la crasse, dans les camps, dans les rues,
Que s’érigent les rêves qu’ils n’ont jamais vécus,
Sur des corps qu’on a mis au front comme on jette un mur.
Mais voilà que la honte suinte de leurs écrans,
Que les cris traversent les cloisons, les serments,
Et que nos yeux dévorent ce que les leurs évitent.
Alors, plutôt que guerre, laissons naître l’émeute.
Plutôt que vos fusils, nos bouches qui s’allument.
Plutôt que vos drapeaux, des poings, des cris, des plumes.
😑