C’est pas une guirlande sur un cercueil. Pas un sucre au fond du catéchisme pour calmer les gosses. Pas une chaleur tiède pour ceux qui ont froid dans l’âme mais refusent de brûler.
C’est une déchirure. Une plaie. Une attente qui n’a pas de fin. Une fièvre. Un feu sous la peau. C’est l’espérance des vaincus, de ceux qui n’ont plus rien à vendre, plus rien à prouver, mais qui restent là, debout, dans la nuit.
Moi, j’y crois pas facilement. J’y crois pas comme on lit un slogan ou une homélie de curé en forme de somnifère. J’y crois avec les ongles, avec la toux, avec les mains vides.
J’y crois comme un bandit croit à sa mère — parce qu’elle est tout ce qui lui reste.
J’y crois parce que « Je Suis » est descendu jusqu’au fond, jusqu’au dernier. Parce qu’iel a pas fait semblant. Parce qu’iel a eu soif. Parce qu’iel est mort à côté des salauds. Parce que le soldat qui passe ne sait même pas que c’est Dieuxe, et que Dieuxe ne l’a pas corrigé.
J’y crois parce qu’iel a voulu être confondu avec les coupables.
Et puis y’a les femmes. Pas les onze lâches qui se sont enfermés derrière des portes verrouillées par la peur. Les femmes.
Celles qui sont restées. Celles qui ont porté le parfum et l’amour sans comprendre.
Elles n’avaient pas de théologie. Elles avaient le silence, les larmes, et la foi du geste.
Et c’est elles qui, à l’aube, ont vu le tombeau vide. Pas les intellectuels. Pas les stratèges de la résurrection.
Les femmes.
Alors mon espérance, c’est ça.
Pas un avenir rose. Mais un parfum qu’on prépare dans la nuit. Une présence qui brûle sans éclairer. Un refus d’abandonner le cadavre de l’amour.
Trois poèmes — Pour dire l’espérance sans sucre
Haïku
Le corps est encore
tiède. Une main le parfume.
La pierre se fend.
Tanka
Rien ne va s’arranger.
Et pourtant je me tiens là,
les bras pleins d’arômes.
Si l’amour est sans issue,
alors je veux m’y perdre.
Sonnet – La Foi des Femmes
Elles n’ont pas fui, elles. Elles ont regardé
la peau se déchirer, les os se disloquer.
Elles ont suivi la croix, le sang, le clou dressé,
jusqu’au bout du silence, jusqu’au corps rejeté.
Elles n’ont pas crié. Elles ont tendu les bras
pour recueillir la nuit, pour tenir dans l’odeur
des épices et des pleurs, un reste de splendeur —
Um Dieuxe mort, et pourtant plus vivant·e qu’on ne croit.
Et parce qu’elles ont cru sans rien comprendre encore,
qu’elles ont aimé ce corps même quand tout était mort,
la pierre a cédé, l’aurore a murmuré.
L’espérance ? Ce n’est pas croire que tout ira bien.
C’est aimer, sans lumière, sans preuve et sans chemin.
C’est parfumer la mort… et voir l’amour entrer.