Thank you Satan

Ce matin, après m’être rendormi à 5 heures, je suis parti dans ce songe cauchemardesque.

Une rencontre en notre temps de Satan, Lucifer et l’ange du Seigneur. Ils se retrouvaient dans une chapelle installée dans une venelle menant de la rue Réaumur à Paris à la première Avenue à Los Angeles. Cet entretien était tenu clandestin, toutefois un marchand des quatre saisons pakistanais était là, à vendre ses avocats, ses bananes et ses fruits de la passion.

Des messieurs de la CIA du MI5 et du Mossad surveillaient secrètement cette rencontre. Le néant avait progressé dans nos sociétés humaines. Nous nous étions tant éloignés de l’Amour (cela ne parle pas du sexe) et nous avons tant ouvert nos esprits à Mamon que le néant s’est accumulé en nous. IEL ne sait répondre que par plus d’Amour qui s’effondre dans notre néant.

Alors, même, Satan, celui qui crée la liberté par la tentation et la conscience de la division, même Lucifer, celui qui toujours dit la vérité et indique les directions, la courte, rapide et sans joie ou la longue plus ardue, mais toujours renouvelée et même l’Ange du Seigneur, celui qui toujours porte l’esprit d’IEL, ils savaient que le néant dévorerait TOUT et pour n’en faire RIEN ! L’heure était grave, l’humanité s’était vidée. Il n’en restait pas grand-chose. Un trop-plein d’amour qui se déversait encore était refusé par un « Non » qui était la perte de confiance en la vie.

L’Amour ne peut se répandre que dans la liberté, créée par l’égalité entre tous et naissant de la sorofraternité montrée par Jésus. Ici, ou là, tout est inversé.

Au fond de la ruelle, une porte béante s’ouvre et Satan la voit, Elle. Elle, Marie-Madeleine sort. Il sait à présent, aux présents, ce qui doit être fait…

… Et malheureusement je me réveille, il est 9 h. Je me lève, descends et j’allume la radio, c’est France Culture, l’heure de Répliques, Finkielkraut demande à ses invités, qui sont, comme bien souvent des hommes, de nous parler de la parabole du bon Samaritain (Luc 10.25-37) qu’il lit.

Un professeur de la loi se leva et dit à Jésus pour le mettre à l’épreuve : « Maître, que dois-je faire pour hériter de la vie éternelle ? »
Jésus lui dit : « Qu’est-il écrit dans la loi ? Qu’y lis-tu ? »
Il répondit : « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ta pensée, et ton prochain comme toi-même. »
« Tu as bien répondu, lui dit Jésus. Fais cela et tu vivras. »
Mais lui, voulant se justifier, dit à Jésus : « Et qui est mon prochain ? »
Jésus reprit la parole et dit : « Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho. Il tomba entre les mains de brigands qui le dépouillèrent, le rouèrent de coups et s’en allèrent en le laissant à moitié mort.
Un prêtre qui, par hasard, descendait par le même chemin vit cet homme et passa à distance.
De même aussi un Lévite arriva à cet endroit ; il le vit et passa à distance.
Mais un Samaritain qui voyageait arriva près de lui et fut rempli de compassion lorsqu’il le vit.
Il s’approcha et banda ses plaies en y versant de l’huile et du vin ; puis il le mit sur sa propre monture, le conduisit dans une auberge et prit soin de lui.
Le lendemain [à son départ,] il sortit deux pièces d’argent, les donna à l’aubergiste et dit : “Prends soin de lui, et ce que tu dépenseras en plus, je te le rendrai à mon retour.”
Lequel de ces trois te semble avoir été le prochain de celui qui était tombé au milieu des brigands ? »
« C’est celui qui a agi avec bonté envers lui », répondit le professeur de la loi. Jésus lui dit [donc] : « Va agir de la même manière, toi aussi. »

Finkielkraut a oublié le Lévite et à ce moment-là, il s’en excusera 5 minutes plus tard, mais au moment de l’oubli je pense à une chanson, une chanson de Léo Ferré :
« Thank You Satan ».

Remplacer Thatcher par Macron

Pour la flamme que tu allumes
Au creux d’un lit pauvr’ ou rupin
Pour le plaisir qui s’y consume
Dans la toile ou dans le satin
Pour les enfants que tu ranimes
Au fond des dortoirs chérubins
Pour leurs pétales anonymes
Comme la rose du matin
Thank you Satan

Pour le voleur que tu recouvres
De ton chandail tendre et rouquin
Pour les portes que tu lui ouvres
Sur la tanière des rupins
Pour le condamné que tu veilles
A l’Abbaye du monte en l’air
Pour le rhum que tu lui conseilles
Et le mégot que tu lui sers
Thank you Satan

Pour les étoiles que tu sèmes
Dans le remords des assassins
Et pour ce coeur qui bat quand même
Dans la poitrine des putains
Pour les idées que tu maquilles
Dans la tête des citoyens
Pour la prise de la Bastille
Même si ça ne sert à rien
Thank you Satan

Pour le prêtre qui s’exaspère
A retrouver le doux agneaux
Pour le pinard élémentaire
Qu’il prend pour du Châteaux Margaux
Pour l’anarchiste à qui tu donnes
Les deux couleurs de ton pays
Le roug’pour naître à Barcelone
Le noir pour mourir à Paris
Thank you Satan

Pour la sépulture anonyme
Que tu fis à Monsieur Mozart
Sans croix ni rien sauf pour la frime
Un chien, croquemort du hasard
Pour les poètes que tu glisses
Au chevet des adolescents
Quand poussent dans l’ombre complice
Des fleurs du mal de dix-sept ans
Thank you Satan

Pour le péché que tu fais naître
Au sein des plus raides vertus
Et pour l’ennui qui va paraître
Au coin des lits où tu n’es plus
Pour les ballots que tu fais paître
Dans le pré comme des moutons
Pour ton honneur à ne paraître
Jamais à la télévision
Thank you Satan

Pour tout cela et plus encor
Pour la solitude des rois
Le rire des têtes de morts
Le moyen de tourner la loi
Et qu’on ne me fasse point taire
Et que je chante pour ton bien
Dans ce monde où les muselières
Ne sont pas faites pour les chiens…
Thank you Satan

Günther Anders, « L’Obsolescence de l’homme », 1956

« Pour étouffer par avance toute révolte, il ne faut pas s’y prendre de manière violente. Les méthodes du genre de celles d’Hitler sont dépassées. Il suffit de créer un conditionnement collectif si puissant que l’idée même de révolte ne viendra même plus à l’esprit des hommes.

L’idéal serait de formater les individus dès la naissance en limitant leurs aptitudes biologiques innées. Ensuite, on poursuivrait le conditionnement en réduisant de manière drastique l’éducation, pour la ramener à une forme d’insertion professionnelle. Un individu inculte n’a qu’un horizon de pensée limité et plus sa pensée est bornée à des préoccupations médiocres, moins il peut se révolter. Il faut faire en sorte que l’accès au savoir devienne de plus en plus difficile et élitiste. Que le fossé se creuse entre le peuple et la science, que l’information destinée au grand public soit anesthésiée de tout contenu à caractère subversif.

Surtout pas de philosophie. Là encore, il faut user de persuasion et non de violence directe : on diffusera massivement, via la télévision, des divertissements flattant toujours l’émotionnel ou l’instinctif. On occupera les esprits avec ce qui est futile et ludique. Il est bon, dans un bavardage et une musique incessante, d’empêcher l’esprit de penser. On mettra la sexualité au premier rang des intérêts humains. Comme tranquillisant social, il n’y a rien de mieux.

En général, on fera en sorte de bannir le sérieux de l’existence, de tourner en dérision tout ce qui a une valeur élevée, d’entretenir une constante apologie de la légèreté ; de sorte que l’euphorie de la publicité devienne le standard du bonheur humain et le modèle de la liberté. Le conditionnement produira ainsi de lui-même une telle intégration, que la seule peur – qu’il faudra entretenir – sera celle d’être exclus du système et donc de ne plus pouvoir accéder aux conditions nécessaires au bonheur.

L’homme de masse, ainsi produit, doit être traité comme ce qu’il est : un veau, et il doit être surveillé comme doit l’être un troupeau. Tout ce qui permet d’endormir sa lucidité est bon socialement, ce qui menacerait de l’éveiller doit être ridiculisé, étouffé, combattu. Toute doctrine mettant en cause le système doit d’abord être désignée comme subversive et terroriste et ceux qui la soutiennent devront ensuite être traités comme tels. »


Günther Anders (né Günther Siegmund Stern) est un philosophe, journaliste et essayiste allemand puis autrichien, né le 12 juillet 1902 à Breslau et mort à Vienne le 17 décembre 1992. Ancien élève de Husserl et Heidegger et premier époux de Hannah Arendt, il est connu pour être un critique de la technologie important et un auteur pionnier du mouvement antinucléaire. Le principal sujet de ses écrits est la destruction de l’humanité. (Wikipédia)

Combien de formes d’écriture ?

La forêt de la poésie, cette jungle dans laquelle on découvre des arbres aussi différents que les haiku et les sonnets, les longs vers en alexandrin ou octosyllabes, les vers libres, libres de forme ou de sens, avec ou sans musique, dans le texte ou traduits.

Les océans du roman devenu la forme « banquable » par excellence, qui fait qu’un livre devient un énorme succès au détriment de tous les autres. Harry Potter contre L’homme qui plantait des arbres. Le monde du roman où les éditeurs trichent, signant de nombreux auteurs et pilonnant leurs recueils avant même de les mettre en librairie, les éditeurs qui ne s’occupent que des énormes succès. Où l’on fait croire que si c’est bon ça se vendra forcément. Tant de belles choses ne sont pas éditées par lâcheté, étroitesse des premiers lecteurs et avidité des banquiers !

Les petites rivières des essais, (Sapiens d’Harari n’étant qu’un roman « banquable » et néolibéral transhumaniste déguisé) où on se rencontre entre universitaires et entre intello afin de construire une pensée, une idée, un savoir qu’on installe un moment dans l’histoire humaine et qui disparait à son tour. Saint Thomas d’Aquin qui enjoint à la fin de sa vie d’utiliser son œuvre pour allumer les feux des foyers.

Les lettres, les SMS, tweet et autres publications, les blogs, les mails et courriels qui produisent une quantité astronomique de flux, morts dans les heures qui suivent leurs naissances.

Le jeu de rôle qui écrit pour régler et proposer une historie à écrire à plusieurs comme un jeu.

Tous ces écrits, toutes ces histoires, toutes ces questions posées puis oubliées et reposées ; par moment pépites découvertes par un chercheur d’hors, pour soi-même : Le jeu de rôle Bois Dormant, vivre avec les ronces de Melville, le roman Le cycle de Dune de Franck Herbert, l’essai Il faut s’adapter de Barbara Stiegler, certains tweets (gazouillis) parfois superbes comme des aphorismes géniaux de Cioran, Parties Communes d’Anne Vassivière, faux roman érotique et vraies questions sur les malentendus et les rédemptions entre humains, et, ce matin un petit article dans le blog de cette même Anne Vassivière : Tours et Détours, Écrire c’est Traduire.

Écrire est une porte sur l’éternel ; quand c’est écrit,
c’est,
ce fut et
ce sera,
à jamais.

Si nous les humains l’oublions l’univers et IEL s’en souvient !