Le Scandale du mal et de la souffrance chez Maurice Zundel par François Rouiller

L’impuissance de Dieu face à l’Homme (selon Zundel, théologien suisse)


Dieu est tout parce qu’il n’a rien.
Dieu n’est pas un possesseur,
Il n’est pas un dominateur.
Il n’entre pas en compétition avec nous
et l’on ne saurait imaginer de concurrence entre sa toute-puissance et notre toute-faiblesse.
Au contraire l’être-amour de Dieu garantit la certitude que ce n’est pas lui qui dispose de nous, mais qu’il nous appartient de disposer de nous-mêmes, parce que nous n’avons rien à craindre de lui.

Dieu Altruisme Subsistant ne peut pas être un regard posé sur l’homme, qui le traquerait et le transformerait en objet à manipuler :
Dieu, qui est tout entier la Liberté du Don, ne peut être que le ferment de la liberté humaine.
Si Dieu a vraiment ce visage de pauvreté – qui s’identifie avec la charité qu’il est – et s’il s’agit selon ce qu’il est, on conçoit que cette pauvreté s’exprime dans ses rapports avec la création et qu’il n’ait prise sur nous et sur toute réalité à travers nous – que par cette saisie désappropriée
qui nous meut par la liberté (ou libération) même qu’elle appelle ou suscite en nous .

On comprend qu’un tel Dieu ne puisse empiéter sur ‘notre domaine’, puisqu’il est incapable de rien posséder.
C’est pourquoi nous pouvons lui échapper sans qu’il puisse nous contraindre puisqu’il ne nous réintroduit dans l’intimité de son amour que par une nouvelle éclosion de notre liberté.
C’est pourquoi il peut éprouver à notre égard, sans aucune altération en lui même, cette compassion maternelle qui n’est que la surabondance de sa générosité, en sombrant en nous pour nous, par ce don gratuit qu’il est et qui s’offre à nous tels que nous sommes, en se conformant à nous pour nous conformer à soi.

Dieu face à l’homme, c’est un dialogue de Liberté à liberté.
Non pas en raison du bon vouloir de Dieu,
qui conserverait alors une toute-puissance dont il accepterait de ne point user, par respect pour l’homme !
Mais un dialogue de libertés en raison de l’être même de ce Dieu Intérieur et Amour :
l’amour appelle la liberté,
il ne peut s’imposer sans se détruire de facto !
C’est pourquoi Zundel écrit :
 »Dieu peut tout ce que peut l’amour, et ne peut rien de ce que ne peut l’amour ».
En d’autres termes :
 »Là où il y a un refus d’amour, l’Amour qui est Dieu ne peut qu’échouer, sans évidemment cesser, pour autant, d’être l’Amour éternellement présent, éternellement offert ».
Ainsi, sous cet aspect,  »Dieu est fragile et désarmé devant le refus que nous pouvons opposer à un dialogue qui exclut radicalement toute contrainte. »

Illustrons ces propos par une analogie que Zundel aime beaucoup.
Dieu, qui est la bonté suprême, ne saurait être moins bon que le meilleur des hommes.
Il est donc Père plus que tous les pères,
comme il est plus Mère que toutes les mères.
Imaginons alors l’amour indéfectible d’une Mère pour un fils débauché qui renierait toutes ses valeurs, jusqu’à être condamné par la justice.
La mère pourrait elle souscrire à ce jugement sans que son cour saigne? »
Comment voulez-vous qu’une mère condamne son fils ?
La mère ira en prison pour lui.
Elle mettra sa tête sur l’échafaud pour lui.
Elle s’offrira plutôt que de livrer son fils.
Est-ce que Dieu aurait moins d’amour qu’une mère ?
C’est impossible ! C’est pourquoi Dieu se livre sur la Croix, Dieu meurt pour ceux-là même qui le crucifient, pour ceux qui refusent obstinément de L’aimer.
C’est ce qu’il fera toujours.
Tel est l’Amour : il ne peut que donner, toujours davantage puisqu’il s’identifie avec le Don, puisque telle est la Vie et l’Etre même de la Trinité.
 »Un amour refusé n’a pas d’autre ressource,
s’il veut maintenir sa fidélité,
que d’aimer toujours plus généreusement dut-il en mourir – l’aimé qui n’aime plus, pour qu’il puisse découvrir, dans un don absolument gratuit,
de nouvelles raisons d’aimer. »

(…) pour Zundel, Dieu accomplit dans son être les plus hautes valeurs humaines, il est le référent, il est la Valeur qui fonde les nôtres.
Ceci n’est donc pas la projection sur Dieu d’une imagerie humaine, mais, à l’inverse, la reconnaissance de sa Présence dans notre réalité.
 »Cette générosité dont l’amour humain se montre parfois capable n’est elle pas un reflet de celle de Dieu ? »

Telle est donc la maternité de Dieu, qui nous dévoile son respect infini pour chacune de nos libertés, face au choix desquelles il ne peut rien d’autres que surabonder d’amour.
Telle est l’humilité divine, qui se soumet en qui se soumet en quelque sorte à ses créatures.
Thomas d’Aquin le pressentit déjà, :
 »Il y a là autre chose qui enflamme l’âme à aimer Dieu :
c’est l’humilité divine.
Dieu tout-puissant, en effet, se soumet à chacun des anges et à chacune des âmes saintes, comme s’il était pour chacun (ou chacune) un esclave qui s’achète et que chacun (ou chacune) fût son Dieu.
Cette humilité résulte de l’abondance de la bonté et de la noblesse divine, comme un arbre ploie sous l’abondance de ses fruits. »

N’est-ce pas exactement ce que Jésus signifie au lavement des pieds, en dévoilant un Dieu serviteur, à genoux devant l’homme comme devant un sanctuaire dont il ne peut forcer la clôture.
C’est pourquoi la Croix renverse définitivement la situation du péché originel :
Dieu  »nous épargne la tentation de nous faire dieux, car c’est lui-même qui veut nous faire dieux . »
Oui, Dieu nous fait dieux, mais ce n’est plus une promotion dans une hiérarchie de puissance, fondée finalement sur l’orgueil :
Dieu nous apprend que le chemin de notre divinisation passe par le dépouillement, l’humilité, l’oblation, parce que c’est au bout de cet itinéraire là que lui même se trouve.

Par conséquent, Dieu n’est pas  »impuissant d’une impuissance mécanique ».
Dieu est impuissant comme l’amour est impuissant devant une liberté qu’il ne peut contraindre sans se détruire lui même.
 »La plus grande puissance du monde c’est justement cela : la sympathie, l’amitié, la bonté, l’amour.
Mais c’est une puissance que n’importe qui peut réduire à l’impuissance. Il suffit de se fermer, de se boucler en soi-même. Il suffit d’opposer le non au oui. »
En d’autres termes, Dieu ne perd rien de sa capacité à transformer les racines de notre être, de tout être.
Mais puisqu’il est  »pur dedans », puisqu’il est ce Dieu Intérieur de saint Augustin, que l’on atteint en soi qu’en se libérant de soi, le changement de notre personne en moi-oblatif implique un consentement où chacun peut, à chaque instant, refuser sa propre création.
C’est là notre grandeur et notre misère d’hommes. »

Quelle que soit la grandeur avec laquelle Dieu s’adresse à nous, c’est toujours à l’intérieur que s’opère la rencontre, là où le bruit peut occulter le silence divin, là où  »notre imperfection peut tenir en échec sa perfection. »


Dieu toujours présent,
toujours offert,
ne peut s’imposer :
il ne peut être que
 »l’action silencieuse de cet amour gratuit et désapproprié qui nous aimante sans nous contraindre. »

Les dialogues avec l’ange 3ème lecture

Je reprends ce jour d’hui 8 avril 2020 une nouvelle lecture des dialogues avec l’ange. Il est temps de me confronter de nouveau à cette expérience

Citations en marchant

Le vouloir est un mur et non une marche.
Mercredi 8 avril 2020

CEUX QUI QUESTIONNENT SONT PLUS CHERS DEVANT LUI QUE CEUX QUI SAVENT.
Jeudi 9 avril 2020

A UNE VRAIE QUESTION, VIENT LA RÉPONSE.
Dimanche 12 Avril 2020, dimanche de Pâques

La science est l’enfant de l’émerveillement.
Ne la méprisez pas.
L’émerveillement et la curiosité sont deux.
Il y a beaucoup de curieux,
Mais il y a eu des émerveillés.

AUTOUR DE CELUI QUI SAIT S’ÉMERVEILLER,
ÉCLOSENT LES MERVEILLES.

Je t’enseigne :
Fais attention dans tes cours à l’harmonie.
L. A l’harmonie en moi-même.
– Non. Tu as beaucoup d’élèves ensemble.
Tous ne sont pas faits pour être ensemble,
mais tous sont faits pour être avec toi.

Le retour du parcours de ce chemin

A venir…

Qui prend tout son sens, ce n’est pas un Futur, mais bien un à venir.

Quand tu étais sous le figuier par Adrien Candiard

Citations

On raconte, dans la tradition ancienne des moines d’Égypte – les « Pères du désert: que le diable, déguisé en pauvre, était venu frapper à la porte d’un monastère pour tenter les frères. Il frappe, pas de réponse. Il frappe à nouveau, sans plus de succès. Il frappe, il appelle; derrière la porte, on lui répond enfin: « Que veux-tu ? » « Je suis un pauvre (un pauvre diable ?), dit le diable. J’ai besoin de votre aide. » On lui répond: « Laisse-nous, nous sommes en train de prier. » Alors le diable se réjouit: « Inutile d’entrer, remarque-t-il. Je suis déjà à l’intérieur.

Un de nos frères racontait dans un livre qu’il était sorti des études, dans les années 1960 je crois, bien décidé à apporter des réponses à un monde qui ne cesserait de lui crier, comme dans le Psaume: « Où est-il ton Dieu ? » Il était prêt à répondre, mais a découvert à son grand désarroi que cette question, personne ne la lui posait. Les gens n’en voulaient pas à Dieu, ne cherchaient pas Dieu, ne demandaient pas de comptes à Dieu: à des degrés divers, ils lui étaient tout simplement indifférents.
Les prédicateurs le savent bien : si on veut que les gens nous écoutent, il faut aller les chercher où ils sont, et parler des questions qui les intéressent, pas de nos marottes personnelles.

On peut aller au catéchisme, à l’aumônerie de son lycée, en aumônerie étudiante, puis fréquenter sa paroisse tous les dimanches sans jamais avoir eu le moindre indice sur la manière de s’y prendre. Moi-même, on ne m’a jamais rien expliqué avant mon entrée au noviciat, où j’ai été initié à la vieille méthode dominicaine, précise et infaillible: « Tu te mets à genoux pendant une demi-heure, et tu vois ce qui se passe. » Alors entendre dire que c’est la respiration même du croyant, c’est assez culpabilisant, et même franchement asphyxiant… Il y a de quoi se demander si on est vraiment croyant !

Elle serait si belle, la fraternité, si douce, si l’on ne se faisait jamais de mal ! Mais la fraternité, ce n’est pas cela. C’est peut-être l’amitié. La fraternité, c’est autre chose. C’est une relation qui survit au mal. mais où on ne doit pas s’habituer au mal: on apprend à le dépasser. Jacob et Ésaïe s’en veulent assez pour ne pas s’adresser la parole pendant des années. Mais Jacob va nous montrer la voie pour en sortir, le seul remède pour vaincre le mal: le pardon.
Un double pardon, du reste. Car entre les deux frères, les torts sont partagés. Il faut donc à Jacob un double courage: celui de pardonner et celui de demander pardon. C’est le cœur du véritable combat de Jacob.

Le pardon passe toujours par la vérité. Appeler un chat un chat, et un mal un mal. Il n’y a rien à attendre de la mièvrerie quand elle a lieu aux dépens de la vérité.

Si J’aime cette voix, si j’aime cette intelligence, si je sais les apprécier, si je sais m’en réjouir pleinement, alors toutes ces belles choses m’appartiennent pleinement. C’est comme si c’était ma voix, puisque je sais en profiter! Les façades n’appartiennent pas à leur propriétaire, mais à leur vis-à-vis, c’est-à-dire à ceux qui en jouissent et à ceux qui s’en réjouissent

Et peu à peu apparurent d’autres ennemis : la paresse, telle ou telle addiction, la faiblesse de la volonté, les mauvaises habitudes le découragement, choses qui en nous nous empêchent de faire ce que nous voulons. Cette difficulté à réaliser ce que nous voudrions faire. Ce qu’on appelle, en théologie chrétienne, d’un nom technique: le péché originel.

mais ce dont ils devraient se confesser, c’est de cette confession même; se confesser, non d’en demander trop au Seigneur, mais de ne pas lui demander assez. Le péché, c’est toujours une affaire de gagne-petit: un pécheur, c’est quelqu’un qui se contente de peu. Qui, se sachant fait pour l’infini, se contente d’objets finis et dérisoires pour remplir ce vide et cet appel : l’ambition, l’argent, l’égoiïsme…

Expérience de lecture

En cours et à venir…
… j’aime à le lire par petites touches pointilliste … Comme un livre d’heure et de méditation matinale.

Bien sur qu’il me fallait le lire. Et voilà un chemin qui ouvre des portes étonnantes sur ce que cela veut dire avoir la Foi. En fait on devrait dire offrir sa foi, car c’est un acte qui consiste à donner sa confiance. Donner sans arrière pensée, sans même un signe en retour. Et cet acte, en lui-même porte sa propre joie.

Je suis en joie parce que je te fais confiance, et quoi que tu fasses je ne me sentirais pas trahit. Maintenant, il ne s’agit pas de rester sous ce figuier où la joie m’a été donné, mais au contraire de se risquer à marcher sur l’eau, et débrouille toi pour que je ne sombre pas. ET je te fais confiance, parce que c’est ton problème que je ne sombre pas.

Et je découvre en fin de lecture tout l’humour libérateur, celui qui allège et pas celui qui alourdis. De la même façon qu’il n’y a qu’un seul amour, qu’il soit vécu avec le corps, la psyché et l’esprit, il n’y a qu’un seul humour qui allège.

Et voilà, je découvre le marque page que j’avais utilisé tout au long de cette lecture, un marque-page » de la Musardine, cela a quelque chose de savoureux et finalement qui est bien en accord avec cette lecture.

dav

Je crois que j’ai une affinité avec les dominicains.