La Croix

En Croix
Chairs déchirées et clouées
Le cœur pur, flamboyant et mourant
Immobilisé
Si pure
Si lumineux
Il attire
Comme égrégore
Toutes les horreurs
Les veuleries
Les mensonges
Les haines et mépris
Les crimes
Les meurtres
Les trahisons et abandons
Toute cette puanteur s’agrège
À ce cœur d’Amour infini
A cette lumière sans fin
Pour l’assombrir
Et cet amas putride alourdi ce cœur
L’alourdi
La plongée
Jusqu’au point de la damnation
Il est alors l’être le plus damnable
Le plus damné
Alors il tombe dans la mort
Il tombe dans l’enfer.
Il tombe alourdis comme le plomb alourdis le scaphandrier
Il plonge au plus profond de l’enfer
Là où est la géhenne
Le lieu où est le néant
Qui dévore, dissout, annihile tout.

Il ne reste plus que ce cœur pur
Il s’allège
Il remonte
Remonte de plus en plus vite
Par delà la vitesse des lumières
La remontée
Sa remontée traverse et inonde tous les temps
Passé, présent et futur
Et hors des temps où rayonne l’AMOUR
Tout en est purifié.

Il est alors devant Marie Madeleine
Elle a vu le néant dans le tombeau
Elle s’est retournée
Il s’est fait reconnaitre
Elle peut en témoigner
Il est ressuscité
Il est vraiment ressuscité
Et en nous tout est sauvé
A nous alors de regarder nos défaillances
Et d’alléger sa souffrance
Pour franchir la marche du hors temps
De l’Éternité
Des Univers en création permanente
Hier, aujourd’hui, demain et hors des temps
En vérité

Francisco de Zurbaran (1598–1664), Le Christ en Croix (huile sur toile, 1627), Institut d’art de Chicago, États-Unis.

Toutétous urgence

Ceux et celles
Celles et ceux
Ceuécelles
Celléceux
Comment parler de tous et toutes pour crier ensemble ?

Tous et toutes
Toutes et tous
Toussetoutes
Toutétous
Et ensuite comment accorder ?
Accorder en genre, en proximité ?
Comment s’accorder ?
Devant nous la forêt inconnue
Forêt aux arbres et arbresses inattendues
Et il faudra que toutétous s’accordent.

Le temps de lever le voile du firmament est venu. Le temps de la confiance, de la conscience est venu. Notre seul sens, la sagesse, la Foi.

Je suis désarmé

Je me sens désarmé,
Désarmé,
Désarmé.
Désarmé dans ce monde en guerre
En guerre en terre sanglante
En guerre en politique trompée
En guerre contre.
Contre mes ennemis.
Mais alors de colère à guerre arrive la haine
Et avec la haine son lot de désespoir.

Ma faute est là,
Grande,
Sans lumière,
Posé dans ma cruche de ténèbres.
Et puis un rayon de lumière,
Je me retourne.
Et je n’ai plus peur.
Athënagoras est assis, souriant.
Il me rappelle que
Je ne suis pas désarmé,
Je suis au contraire trop armé.
Armé de Colères.
Armé de haines.
Armé de désespoirs.
Armé contre l’autre,
Il me faut mener une autre guerre.

Je me retourne encore,
Athënagoras me chante :

« Il faut mener la guerre la plus dure contre soi-même.
Il faut arriver à se désarmer.

J’ai mené cette guerre pendant des années, elle a été terrible.
Mais maintenant, je suis désarmé.
Je n’ai plus peur de rien, car l’amour chasse la peur.

Je suis désarmé de la volonté d’avoir raison, de me justifier
en disqualifiant les autres.
Je ne suis plus sur mes gardes, jalousement crispé sur mes richesses.
J’accueille et je partage.
Je ne tiens pas particulièrement à mes idées, à mes projets.

Si l’on m’en présente de meilleurs, ou plutôt non pas meilleurs,
mais bons, j’accepte sans regrets.

J’ai renoncé au comparatif.
Ce qui est bon, vrai, réel, est toujours pour moi le meilleur.
C’est pourquoi je n’ai plus peur.
Quand on n’a plus rien, on n’a plus peur.

Si l’on se désarme, si l’on se dépossède, si l’on s’ouvre au Dieu-Homme, qui fait toutes choses nouvelles, alors, Lui, efface le mauvais passé et nous rend un temps neuf où tout est possible. »

En vérité.

Athënagoras (1886-1972) fut Patriarche de l’Église de Constantinople de 1948 à 1972. Grand homme de foi et de prière, il priait la nuit pour l’Unité des Chrétiens. Il rencontra le Pape Paul VI plusieurs fois entre 1964 et 1968. Cette prière nous livre le secret de son bonheur et de son rayonnement, puisé dans la rencontre intime avec le Seigneur.