Pour Marmo

Il m’était nécessaire de raconter Marmo le jeu de rôle pour nos 5 à 12 ans en chanson et qui ne soit pas un jeu de rôle où l’on poutre des orcs, des trolls ou des gobelins.

Elle avait quatre pommes d’âge,
Deux genoux pleins de chemins,
Un caillou dans son bagage,
Et du soleil dans les mains.

Elle savait parler aux flaques,
Écouter pousser les bois,
Voir qu’un rouge-gorge attaque
Le silence quelquefois.

Elle suivit sous les branches
Un ballon devenu rond,
Puis trouva, derrière une planche,
Une porte sans maison.

Refrain

Va, petite Marmo, va,
Le monde est plus grand qu’on croit.
Ce que les adultes oublient,
Tu le retrouves dans la nuit.

Va, petite Marmo, va,
N’aie pas peur de ce qui tremble.
Quand on ne sait pas pourquoi,
On peut chercher toutes ensemble.

Couplet 2

Elle avait peur des grands arbres,
Mais pas des hérissons gris,
Elle trouvait sous chaque marbre
Un secret mal endormi.

Elle courait après les ombres,
Elle écoutait les ruisseaux,
Et dans les greniers trop sombres
Elle réveillait les mots.

Un jour, près d’une chapelle,
Elle rencontra Brindille,
Une fée haute comme une aile,
Qui se méfiait des filles.

La Marmo posa sa veste
Sur un faon pris dans les ronces :
« Je ne promets pas le reste,
Mais je reste si tu renonces. »

Refrain

Va, petite Marmo, va,
Le monde est plus grand qu’on croit.
Ce que les adultes oublient,
Tu le retrouves dans la nuit.

Va, petite Marmo, va,
N’aie pas peur de ce qui tremble.
Quand on ne sait pas pourquoi,
On peut chercher toustes ensemble.

Couplet 3

Elle avait grandi d’une étoile,
D’un été, d’un vieux chagrin,
Elle savait lire une toile,
Retrouver le bon chemin.

Elle savait qu’une victoire
N’a pas toujours un vaincu,
Qu’il faut écouter l’histoire
De celui qu’on n’aime plus.

Elle avait des compétences,
Mais surtout quelques amis,
Et savait que la prudence
N’est pas l’envers de l’envie.

Quand les dés tombaient trop bas,
Elle n’en faisait pas un drame :
« Ce n’est pas fini, voilà,
C’est un détour dans la trame. »

Refrain

Va, petite Marmo, va,
Le monde est plus grand qu’on croit.
Un échec n’est pas la fin,
C’est parfois un autre chemin.

Va, petite Marmo, va,
Quand la peur ferme une porte,
Prends la main qui vient vers toi,
Et vois jusqu’où elle vous porte.

Couplet 4

Puis vint l’eau dans une tasse,
Qui chantait sans déborder,
Puis le vent, laissant sa trace
Sur un cahier refermé.

Puis le feu dans une lampe,
Puis la terre sous le lit,
Et quatre lumières qui rampent
Là où personne ne les suit.

Une créafée farouche
Lui confia son Abracadabra,
Avec sa peur dans la bouche
Et son défaut sous le bras.

La Marmo dit : « Je t’accueille,
Mais tu n’es pas mon jouet.
Tu peux dormir dans mes feuilles,
Tu peux même dire jamais. »

Refrain

Va, petite Marmo, va,
Le monde est plus grand qu’on croit.
Un pouvoir n’est jamais tien
S’il oublie le cœur du lien.

Va, petite Marmo, va,
Avec l’Eau, le Feu, la Terre,
Et l’Air qui souffle tout bas :
« Toute magie est affaire
De confiance et de choix. »

Couplet 5

À Pleincreux, derrière les brumes,
Sous les vieux murs du domaine,
On apprenait que les plumes
Peuvent devenir des chaînes.

On apprenait les passages,
Les promesses et les noms,
Les secrets qui font des cages,
Les jardins sans floraison.

Elle fit jaillir une lumière,
Mais dut ensuite la calmer,
Car le feu qui nous éclaire
Peut aussi tout consumer.

Elle comprit que la puissance
N’est pas de faire obéir,
Mais d’accueillir la présence
De ce qu’on ne peut saisir.

Refrain

Va, petite Marmo, va,
Le monde est plus grand qu’on croit.
Ce n’est pas parce que tu peux
Que tu dois toujours faire feu.

Va, petite Marmo, va,
Laisse une place au mystère.
On grandit mieux, quelquefois,
Quand on ne prend pas la Terre
Pour un royaume à soi.

Couplet 6

Sa créafée devint fée,
Un matin couleur de pluie,
Elle avait longtemps rêvé
De poursuivre une autre vie.

La Marmo serra les dents,
Car les départs font des blessures,
Même lorsqu’on sait pourtant
Qu’ils accomplissent la nature.

La fée lui laissa pour gage
Un petit don presque rien :
Comprendre dans le langage
Des souris le mot « demain ».

Puis elle partit sans chaîne,
Sans contrat et sans adieu,
Et la Marmo sut sa peine
Mais ne ferma pas les yeux.

Refrain

Va, petite Marmo, va,
Le monde est plus grand qu’on croit.
Aimer, ce n’est pas garder,
C’est parfois laisser aller.

Va, petite Marmo, va,
Garde le don, pas la cage.
Ce qui s’éloigne de toi
Peut continuer le voyage.

Couplet 7

Elle avait douze ans peut-être,
Ou cent ans dans son regard,
Elle savait voir paraître
Les blessures dans le noir.

Dans l’Opacité profonde,
Elle entendit une peur
Qui criait contre le monde
Pour ne pas montrer son cœur.

Dans le Primus, sous la pierre,
Un renard gardait un lieu,
Et la terre tout entière
Se souvenait beaucoup mieux.

Dans une lampe oubliée,
Une âme appelait Jeanne,
Par crainte d’être confiée
À des mains qu’elle condamne.

Refrain

Va, grande Marmo, va,
Le monde est plus lourd parfois.
Ce qu’on nommait monstre hier
Cache une histoire sous la pierre.

Va, grande Marmo, va,
Ne promets pas de tout rendre.
Il est des peines, quelquefois,
Qu’on ne guérit pas : on apprend
À les porter autrement.

Couplet 8

À Pleincreux, dans les archives,
Elle trouva de vieux dossiers,
Des vérités restées captives
Sous le silence des piliers.

Les adultes disaient : « Prudence,
Il faut protéger l’école. »
Mais qui protège l’enfance
Quand le secret la désole ?

Elle refusa la victoire
Qui laisse les faibles à genoux,
Elle choisit de faire histoire
Avec celles qu’on dit « pas nous ».

Elle avait appris, en somme,
Que grandir n’est pas savoir,
Mais garder au fond de l’homme
Une place pour mieux voir.

Refrain

Va, grande Marmo, va,
Le monde est plus vaste en toi.
Quand l’autorité se trompe,
Ne laisse pas ton cœur qui rompe.

Va, grande Marmo, va,
Dis la vérité sans haine.
On peut protéger parfois
Sans faire du secret une chaîne.

Dernier couplet

Un jour, près d’une rivière,
Elle vit une enfant plus jeune,
Qui suivait sous la lumière
Un papillon couleur d’automne.

L’enfant lui dit : « Je suis sûre
Qu’il veut me montrer un lieu. »
Elle reconnut l’aventure
Dans l’étincelle de ses yeux.

Alors la Marmo experte
S’écarta du vieux chemin :
« Regarde où la mousse est verte,
Et garde ton amie par la main.

Je ne sais pas où ça mène,
Je ne connais pas la fin.
Mais toute histoire devient tienne
Quand tu choisis le prochain pas. »

Refrain final

Va, petite Marmo, va,
Le monde est plus grand qu’on croit.
Du premier dé dans ta main
Jusqu’aux portes du lointain,

Va, petite Marmo, va,
Débutante ou bien experte,
Garde toujours près de toi
Une fenêtre entrouverte.

Va, petite Marmo, va,
Le merveilleux ne disparaît pas.
Il attend, dans un silence,
Qu’une enfant lui donne sa chance,

Et demande tout doucement :

« Qu’as-tu vu que je n’ai pas vu ? »

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