L’établi de noël 1967

Je suis 60 ans
Crèche sur la cheminée noire
Et j’étais 5 ans

Entrée sur la droite
Sapin dans l’angle opposé
Fenêtre entre les deux

Derrière, l’escalier
Où avec Viviane, parlions
Pour quelques mois encore

Sapin coloré
Et dessous bel établi
Mon noël 67

Petit établi
Pour faire première boite en bois
Est-ce un pré-cercueil ?

heure nuit de l’esprit
Souvenir de ma petite sœur
Je l’avais mordu

Ma première maison
Près de l’église encore longue
Viviane ma voisine

Lieu des souvenirs
Influence de l’insomnie
Au cœur de la nuit

Mes enfants aimés
Mais que vous ai-je légué ?
Ma mélancolie ?

La petite Prince danse

LA TENDRESSE – BOURVIL

On peut vivre sans richesse
Presque sans le sou
Des seigneurs et des princesses
Y’en a plus beaucoup
Mais vivre sans tendresse
On ne le pourrait pas
Non, non, non, non
On ne le pourrait pas

On peut vivre sans la gloire
Qui ne prouve rien
Etre inconnu dans l’histoire
Et s’en trouver bien
Mais vivre sans tendresse
Il n’en est pas question
Non, non, non, non
Il n’en est pas question

Quelle douce faiblesse
Quel joli sentiment
Ce besoin de tendresse
Qui nous vient en naissant
Vraiment, vraiment, vraiment

Le travail est nécessaire
Mais s’il faut rester
Des semaines sans rien faire
Eh bien, on s’y fait
Mais vivre sans tendresse
Le temps vous paraît long
Long, long, long, long
Le temps vous parait long

Dans le feu de la jeunesse
Naissent les plaisirs
Et l’amour fait des prouesses
Pour nous éblouir
Oui mais sans la tendresse
L’amour ne serait rien
Non, non, non, non
L’amour ne serait rien

Quand la vie impitoyable
Vous tombe dessus
On n’est plus qu’un pauvre diable
Broyé et déçu
Alors sans la tendresse
D’un cœurs qui nous soutient
Non, non, non, non
On n’irait pas plus loin

Un enfant nous embrasse
Parce qu’on le rend heureux
Tous nos chagrins s’effacent
On a les larmes aux yeux
Mon Dieu, mon Dieu, mon Dieu

Dans votre immense sagesse
Immense ferveur
Faites donc pleuvoir sans cesse
Au fond de nos cœurs
Des torrents de tendresse
Pour que règne l’amour
Règne l’amour
Jusqu’à la fin des jours

Paroliers : Hubert Giraud / Noel Roux

Alors parlons poésie

Les politiques,
Les décideurdeuses,
Le éditeurtrices,
Les lecteurtrices pros,
Les critiques et tic,
N’aiment pas, les poèmes.
Ils aiment, le Nom des Poèétesses,
Des Chorégraphes,
De peintétresses,
Des produits à vendre sur un marché
Libre et non faussé.

Un matin d’été
Dans le grenier de Mémé
je suis tombé sur des feuillets libres
Cousus ensembles par un fil doré.
Des poèmes.
Aucun nom d’auteur.
Aucun titre.
Voici deux extraits :


Et voici par mon ouïe tramée de crissements
et de fusées syncoper des laideurs rêches
les cent pur-sang hennissant du soleil
parmi la stagnation.

Ah ! je sens l’enfer des délices
et par les brumes nidoreuses imitant de floches
chevelures – respirations touffues de vieillards
imberbes – la tiédeur mille fois féroce
de la folie hurlante et de la mort.
Mais comment, comment ne pas bénir,
telle que ne l’ont point rêvée mes logiques,
dure, à contre-fil lézardant leur pouacre ramas
et leur saburre, et plus pathétique
que la fleur fructifiante,
la gerce lucide des déraisons.

Le deuxième :

Moi si j’avais commis tous les crimes possibles
Je garderais toujours la même confiance
Car je sais bien que cette multitude d’offenses
N’est qu’une goutte d’eau dans un brasier ardent

Oui, j’ai besoin d’un cœur, tout brûlant de tendresse
Qui reste mon appui, et sans aucun retour
Qui aime tout en moi, et même ma faiblesse
Et ne me quitte pas, ni la nuit ni le jour.

Je fus bouleversé par ce recueil improvisé
Les mots inconnus se télescopaient
J’aimais ces poèmes.
Ils m’évoquaient Vivianne.

Plus tard je sus
Ma grand-mère avait fait mélange de ses poèmes
Et d’autres Poèétesses.
Aymé Césaire,
Thérèse de Lisieux,
Et d’autres encore.

Ma grand-mère aimait les poèmes.
Ma mère aimait à écrire sur cahier de brouillon des mystères.
A toutes deux cela ouvrait des portes,
Que des paysannes ne pensaient ouvrir.
Oui c’était naïf,
Mais pas que.
Quand elle priait, chaque jour
Ma grand mère récitait un poème,
Pour Marie, dont elle portait le prénom.

Et que dire des peintures
De ces croutes touchantes et étranges
Celle qui nous font aimer
Les herbes folles qui poussent
Entre les pierres de nos balcons parisiens.
La vie, la vie sort toujours partout !
Un kilo de vivant porte plus de lumière
Qu’un kilo de soleil !
Alors de nos goudrons noir
Des routes dont nous sommes si fiers ?

Que dire d’un air entendu,
Avec un ukulélé
Dans une chapelle auvergnate improbable.

Je lis
Je regarde
Je goute
Et j’entends une odeur
Une odeur qui me ramène Viviane.

4 femmes cette année là, détruites !
Elles avaient toutes quatre, 28 ans.
Deux leucémies,
Une dépression nerveuse
Et un suicide.
La mère de Viviane.
Méchanceté des dames patronnesses ?
Regards salaces des mâles en rut ?
Mari berger par trop absent ?
Un jeudi matin d’avril 1968
Elle est partie à la rivière
Elle a noyé ses deux petites filles avant elle.
6 ans, comme moi
2 ans, comme ma sœur.
Viviane était mon amie, nous étions 6 ans.

Alors quelque chose en moi était brisé.
Cœur de pierre fracassé.
Ma mère était la 28 ans de la dépression.
Celle-ci ne l’a jamais quitté.
Mai 1968.
Pendant ce temps des jeunes,
Ces Futurs vieux macroniste
Faisaient leur révolutionette pacotillante à Paris.

J’aime les poèmes maladroits de hasard.
Les rencontres inattendues de quelque secondes.
Je pleure facilement !
Je me fous d’avoir couilles et phallus.
Je me fous du nom des Poèétesses,
Quoi que, des femmes humbles,
Et généreuses, et attentives,
et inquiètes pour les autres aussi
soient souvent très sincères.

Les éditeurs d’aujourd’hui vendent des produits
De la franco-marocaine
De la franco-camerounaise
Du Franco-truc
De la jeune provinciale,
youtubeuses ou bloggeuses.
Des savoir-faire de rédactions digne de la troisième.

J’ai détesté Edouard louis quand il fut reçu pour sa belle gueule et que les bobos parisiens lui faisaient dire à satiété des horreurs sur les prolos picards.
Moquerie,
Rigolards,
Haine !

Voilà c’est ce que ce sont devenus les éditeurs.
Vendeurs de produits !
Alors, je cherche, des poèmes,
Des romans,
Des essais,
Des galeries,
Peut publicités

Je me fous des noms
Mais je me détourne des Picasso,
des Bertrand Cantat,
Et autres pervers Narcissique
Qui se vendent si bien !

Que les politiques cessent donc,
De citer citations et noms de produit.
Qu’ils lisent le cycle de Dune complet.
Ils seront interrogés dessus.
« Lorsque la religion et la politique voyagent dans le même chariot, les voyageurs pensent que rien ne peut les arrêter. Ils vont de plus en plus vite. Ils oublient alors qu’un précipice se révèle toujours trop tard. »
Et Macron se prend pour un nouveau dieu, Jupiter !
Tout relève du pouvoir
Ces gens là doivent tomber dans le précipice !

Je pense aux quatre femmes de 68,
Je pense à Viviane
Je pleure. Et pleure encore.
Je pense à ma mère et à ma grand-mère,
Je pleure leurs malentendues.
Alors je me tourne vers Marie,
Cette femme qui fut, enfant, jeune fille, jeune femme, jeune mère, mère et femme. Elle a aimé son Joseph, Elle a aimé Jésus.
Et toutes ces femmes qui m’ont appris à devenir un humain !
Poésie maladroite comme des feuillets perdus et cousus de fil doré !

« Quand je me réveille,
Je regarde mon époux.
Il est là.
Je me lève.
Je te prie, ma sœur.
Je descends préparer le feu et le café.
J’ai les vaches à traire,
Firmin m’aidera,
Et le repas de midi des saisonniers.
Et la journée avancera.
Je te verrais à la Messe, Marie. »
Marie juillet 1948