Kendo et Silence

M. Zundel laisse
« La valeur d’une œuvre est proportionnelle au silence qu’elle fait naitre en vous. »

Alors éclot le Kendo via le Silence.

Le silence, est lumière, et, rythme.
Acquérir le rythme juste.
Le rythme juste n’est jamais supposée facile.
Prendre Kamae,
Garder l’équilibre serein,
Tendre et relaxer les muscles,
Respirer. Inspirer,
Expirer, en lent silence.

Regagner sans cesse la source,
Kihon geiko.
Kata geiko.
Et vivre alors la connexion du Ji geiko.

Kendo exige Shugyo* durant toute la vie.
Il n’y a pas de chemin facile
Juste un silence lent
Un silence où la lumière s’installe.

* Shugyo, polissage du corps, de l’âme, et, de l’esprit

Mon corps ?

Où mon corps,
Qui est mon corps,
N’est plus mon corps ?
Dans le geiko du kendo,
Dans la partie du jeu de rôle,
Dans la prière d’oraison,
Où ?

Dans le geiko
Cet univers de rencontre de nous deux
Un univers à moi
Je suis là avec toi
Et je vois sans regarder
Ton envie de te lancer à l’assaut
Et je ne suis plus moi
Je suis toi et me retrouves
En ce lieu avant que tu n’y arrives
kendo debana waza.
Quand mon corps commence-t-il ?
Quand finis-t-il ?
Profond et doux mystère.
Corps !

En jeu de rôle,
Je propose.
Vous incarnez par vos mots.
L’histoire se construit,
Un univers complet,
Lumineux venant de nos mots
Virevoltant autour de la table.
Et puis, création !
D’où vient-elle ?
De moi ?
De vous ?
De nous ?
De nos mots ?
Quand mon corps commence-t-il ?
Quand finis-t-il ?
Profond et doux mystère.
Âme !

Au cœur de la prière
Le torse, Les bras, les mains fourmillent
Jusqu’au bout des doigts
Et puis ici ou là,
Au frontières de ma peau,
Ce n’est déjà plus moi,
C’est une lumière d’ailleurs,
D’un arbre à la falaise en dehors de l’univers.
Quand mon corps commence-t-il ?
Quand finis-t-il ?
Profond et doux mystère.
Esprit !

Corps, Âme Esprit,
Quand débutent-t-il ?
Quand terminent-ils ?
Hors du temps.

La tragédie de Léto par Franck Herbert

La tragédie de Léto, re-voir, re-lire, le re-tour du « re »

Pour la 13ème fois je termine la tragédie de Léto II de Franck Herbert à travers « Les enfants de Dune » et l’Empereur Dieu de Dune ».
J’entends la question : 13ème fois ? Pourquoi ?

Comme la tragédie de Paul dans « Dune » et le « Messie de Dune », c’est une tragédie. Qui ne va pas revoir « Phèdre » ou « Roméo et Juliette » au théâtre sous prétexte qu’il l’aurait vu précédemment ? La réponse est dans la mise-en-scène, lale metteureuse en scène.
Un·e lecteuriste est également un·e metteureuse en scène de ses propres lectures. Iel n’est spectateuriste réellement que dans le souvenir de sa lecture.

(Aller, j’arrête avec l’inclusif qui pourtant est nécessaire et je vais plutôt utiliser le féminin qui représente la majorité des lectrices.)

Relire c’est faire l’expérience de sa propre évolution en tant que metteuse en scène, de faire l’expérience de ses propres transformations. Relire est un acte de foi. C’est faire confiance à ses propres métamorphoses et d’être capable d’accepter le constat de ses propres changements intérieurs par la nouvelle mise-en-scène qui va surgir à la re-lecture. C’est accepter de s’aventurer sur une nouvelle création ayant pour base la même chorégraphie des mots.

Je suis un grand digresseur et mes re-lectures bien souvent entraine cette qualité (?) de la digression. L’oraison carmélite est un acte de Foi. Elle demande de faire le silence de l’âme pour vivre l’expérience de la relation amicale avec Dieu. Cette rencontre est intérieure et digressive. La digression est un chemin doré qui permet de ne jamais rester sur une idée fixe, un problème à résoudre par des mots ancrés. Non l’oraison est comme la danse, le Keiko du Kendo ou une partie de jeu de rôle autour de la table avec des joueuses.

La Danse, plus particulièrement la Danse contemporaine qui ne se fixe pas comme la danse classique ou se veut spectaculaire comme les Streets Danses, explore en utilisant et créant un langage non verbal, un langage sacré qui s’aborde par la relation, par la notion de sujet et pas celle d’objet, par la relation subjective et pas l’observation objective, un langage sacré qui provoque une ouverture mystérieuse et profonde chez les danseuses en même temps que les spectatrices.

Léto II. Léto est l’Empereur Dieu. Il est Empereur tenant par ses décisions et son armée si particulière le pouvoir temporel, il est Dieu tenant la puissance éternelle qui exige de son armée d’apprendre à Danser, la danse de la vie, celle toujours inattendue. Il existe et en même temps « était-sera » pour construire le chemin doré, le sentier d’or, la voie de la digression permanente qui ouvre sur l’immortalité de la vie et l’éternité de nos vies, il nous y invite aussi à danser sur cette route en participant à sa création.

Voilà mon RE-DUNE pour la 13ème fois (j’attends avec impatience la sortie des deux derniers tomes, la tragédie du Bene Gesserit dans la collection ailleurs et demain). Je vous invite à vivre l’expérience du « re » comme revoir « sur la route de Madison » revoir les chorégraphies de Pina Bausch ou Dominique Bagouet et Anne Teresa De Keersmaeker et à voir de la danse contemporaine à vous inscrire à du kendo ou tout art martial et à pratiquer le jeu de rôle.

Relisez, empruntez ce sentier d’or. Et si vous le pouvez, poser un acte de foi, priez…
Bonne vie à vous tous.