Pauvre Victor

« Dans les terres, de nuit baignées,
Je contemple, ému, les haillons
D’un vieillard qui jette à poignées
La moisson future aux sillons. »

Oh mon pauvre Victor, sais-tu ce qu’il advenu de ton semeur du soir ? Sais-tu qu’il est devenu un assis en tracteur, remplissant les caisses de financiers. La bourgeoisie s’est faite sportive, et cynique, et avide et sans foi et sans loi sauf pour les petits. Le semeur est mort sans mémoire. Sais-tu mon vieux Victor la perte qu’est la notre ? Nos moissons ne bénissent plus nos pains. Nos pains proviennent de semence perdus dont tes vaches ne feraient pas repas. Les seuls sacs et ressacs qu’ils nous ont légués c’est celui des flux de monnaies qui nous passe au-dessus de nos têtes vidées de tant de bontés. Des nuages sans pluie, sans ruissellement. Nous avons perdu tes semeurs et paysans, nous en avons fait des chefs d’entreprise en faillite permanente qui ne savent plus ce qu’est la montée du blé, l’odeur sous-jacente de la luzerne, les barbes de l’orge et la générosité aérienne de l’avoine. La beauté des milles variétés de pomme de terre et celles des pommes de l’arbre. Nous avons oublié nos morts, nous nous sommes oubliés nous même encore vivant. Pourtant, juste un instant et une inconnue devient une amie qui sort de ma vie mais pas de ma mémoire. Elle était devant moi, debout dans le métro. Il freina, elle glissait doucement dans sa chute, ma main vint a sa rencontre la freinait avec délicatesse, sans insistance sans autre intention que de ne pas la voir tombé. Elle s’est reprise et m’a remercié d’un sourire. Nos sourires amicaux ont duré quelque minutes et elle est sortie, partie dans le boyaux d’une correspondance. Elle a laissé son souvenir, et à jamais, en moi, comme une amie passante mais éternel, hors du temps. Ainsi était le paysan avec sa terre, une caresse d’ami pour qu’elle ne tombe. Ce que ne sera jamais le comptable agricole usant de pesticide, Fongecif et autres engrais tuant à petit feu fétide nos lacs bleus de montagne. Où es le geste du semeur du soir, mon cher Victor ? Le bourgeois l’a dévoré comme un loup mécanique affamé et cruel. Il nous faudra sortir de ce carnage cannibale par un chute tel que celle d’Icare sera appelé la douce tombée. Existe t’il la main d’un ami de l’humanité qui sera nous éviter d’être aplatit au sol par ce métro qui dévale le précipice ?
Bien sur, Il me reste Marie, cette femme, cette fille, cette sœur, cette mère, cette humaine qui a enfanté Jésus et pris sous son aile Jean. Dans son geste d’amour je retrouve :

« Pendant que, déployant ses voiles,
L’ombre, où se mêle une rumeur,
Semble élargir jusqu’aux étoiles
Le geste auguste du semeur. »

Marie matin

A ceux qui croient,
A ceux qui gardent espoir,
Ceux qui possèdent une once de Foi
Et qui encore lui demandent en secret.

Nous croyons si bien la connaitre
Mais Marie reste un mystère matinal.

Il n’y a pas si longtemps encore
Comme elle, nous voyagions à pied
Accompagnés de nos ânes et bœufs.
Mais nous avons accéléré nos vies.

Nous croyons si bien la connaitre
Mais Marie reste un mystère matinal.

L’église ne nous à pas aidé
Promulguant sa morale frigide
En s’en dispensant, elle nous a perdu
Des idoles d’or partout se dressées.

Nous croyons si bien la connaitre,
Mais Marie reste un mystère matinal.

Mystère cantonné de questions :
Quelle petite fille a-t-elle été ?
Joueuse, heureuse, amoureuse ?
Portait-elle l’eau sur sa tête ?
Bénissait-elle ses parents ?
Pétrissait-elle le pain ?
Chantait-elle a la veillée ?
S’isolait-elle pour rêver ?
Jouait-elle aux jeux de quilles ?
S’émerveillait-elle des étoiles ?
Souriait-elle à son amie amoureuse ?
Parlant avec elle, sentait-on l’infini ?

Nous croyons si bien la connaitre,
Mais Marie reste un mystère matinal.

Pourquoi nous est-il plus facile
De « poèmer » la beauté, des montagnes,
De la mer, des campagnes, des étoiles
Que nous avons tant abimé et abandonné ?

Nous croyons si bien la connaitre,
Mais Marie reste un mystère matinal.

En son temps aussi la mort de l’innocence
Était le fruit de vengeances sans fin.
Qui nous parlera de son amour pour Joseph ?
Qui nous parlera de son amour de la vie ?
Nous croyons si bien la connaitre,
Mais Marie reste un mystère matinal.

Elle était petite fille
Elle était jeune fille
Elle était femme
Elle fut mère de Jésus
Elle fut mère de Jean
Elle fut guerrière d’amour
Elle est une femme
Elle est une humaine
Nous qui avons encore la foi
La confiance en la vie se mystère

Je croyais si bien la connaitre,
Et Marie reste ma première prière matinale.

voile de Marie

Saint-Quintien de Picherande

Je…
Je ?
Je est tu ?
Je est nous ?
Je est il ?
Je est elle ?
Je est iel ?

J’entre.
Iels sont là.
Je suis choisi pour entrer dans la grande maison
Pour 8 deniers.
Je pense à Dogville.
La première demeure est vaste
Tous sont là.
Toutes leurs questions commune planent.
IEL, existe-iel ?
Suis-je un élu ?
Vais-je trouver l’amour ?
Est-ce que je compte pour les autres ?
Quand vais-je mourir ?
Quand viendra la parole qui me retournera ?
J’entends.

Pour 4 deniers, je passe à la demeure suivante.
Iels sont là, mes ancêtres, mes parents, mes descendants.
Tous là.
Des lignés disparaissent dans l’avenir.
D’autres surgissent du passé et sont fécondes.
Je vois cette demeure.
J’entends ses questions.
Que vont devenir mes enfants ?
Ai-je été aimant de mes parents ?
D’où vient-on ?
Vais-je me lier à cette lignée ?
Ferons-nous peuple ?

Alors pour 2 deniers
J’entre dans la demeure plus petite encore.
Iel est là.
Nous nous choisissons.
Nous allons faire chemin ensemble.
Vivre.
Enfanter.
Éduquer ?
Et 1000 et une questions.
Sommes-nous le bon couple ?
Est-ce que je l’aime ?
Est-ce qu’iel m’aime ?
Veut-iel des enfants ?
Et si je m’étais trompé ?

Alors pour 1 denier
J’entre dans la petite demeure ?
J’y suis seul.
Avec mes questions ?
Je ?
Je est-il un tu ?
Je est-il un nous ?
Je est-il un il ?
Je est-elle un elle ?
Je est-iel un.une iel ?
J’entends, j’entends sa parole.
Une parole qui chaque jour se renouvelle.
Les questions sont les marches de son chemin,
Les réponses des peaux de bananes sur celui-ci.
Je suis en joie.

Pour 4 deniers je retourne dans la précédente demeure
Je te fais confiance.

Pour 8 deniers, je remonte à la demeure plus haut
Ma famille je suis votre fruit et votre graine
Nous irons comme la terre nous porte.
Nos mémoires nous préservent.
J’ai foi en vous

Pour 10 deniers je retourne à la grande demeure
Voilà notre peuple
Il sera la sommes de nos questions
Nous sommes son écho.

Et pour 32 deniers je sors de l’église
Je regarde le monde
Oui, nous avons un long chemin à faire.
Et je vous aime.
J’ai compris la grande Thérèse,
Son château intérieur est jalonné de questions
Silencieuses.

C’est pas Picherande, c’est Brioude. Mais c’est à Picherande que ces mots sont nés.