Danse avec l’aube

M’offrant à l’aube à l’oraison, je pose un acte de foi. Un acte qui s’ajoute à tous les autres, les éclairés et les pauvres en lumière. Acte posé pour recevoir la grâce d’être enflammé par la Foi.
Je suis assis face à la neuvaine et je t’imagine assis de même à coté de moi. Je ne te vois pas, si je te voyais je m’embraserais, car en toi il y a plus que tous les soleil ardent de l’univers, des univers réels, possibles et inattendue, improbable. Tu es Vous, Père Fils et Esprit-Saint ou Mère, Père, Grand-Père, Grand-Mère, Fille et Souffle de Vent.

Acte de foi à l’aube qui n’est qu’entrainement, comme on s’entraine en Asa – Geiko* en Kendo au MEN, pour espérer en confiance qu’un jour se réalise le MEN PARFAIT qui occupe tout notre esprit lorsqu’il se réalise malgré soi. Il est sans aucune certitudes, il vient comme une grâce.

Je m’offre à l’oraison de l’aube avec mes imperfections, mes digressions multiples, mes colères parfois, souvent contre les politiques en place et leur idéologie néolibéraliste mortifère. Alors je pose l’acte : « Je crois en Dieu… » aucune certitudes, aucun savoir, juste une co-naissance, juste un entrainement, encore et encore.

Je pose et dépose à l’aube cet acte de foi et qu’au moment de ma Mort, la FOI, la confiance en TOI soit présente en moi. …Et, dans la lueur de la bougie de mon offrande j’aperçoive le visage de ciel doux et les ailes en rayon de lumière de mon ange-gardien. Mon ange qui est en moi, ce Moi élargi a tout ce que je fus, je suis, je serais et tout ce que j’aurais pu être, pu emprunter comme chemin, me regarde.

Douce apparition, grâce de dernière minute en cette oraison de l’aube.


* Asa Geiko, le Geiko du matin à l’aube et à jeun.

Celle qui offre l’espoir

Je suis Ashaisha. Je suis la fille de Tanka Wanka, le grand Esprit. Tanka Wanka est ma Mère, mon Père, mon Grand-Père, ma Grand-Mère. Je l’aime et il m’aime. Vent du cosmos s’élève entre nous, portant notre amour. Tous, nous formons un. Il m’aime tant que Vent souffle sur le néant et advient le temps, advient la matière. J’ai vu naitre tout. J’ai vu naitre les humains, pauvres animaux gouvernés par Peur et Convoitise. Convoitise de la chefferie, convoitise des femelles de la horde, Peur de l’autre et Peur de perdre. Mon nom devint alors Tristesse.

Grand-Mère, par amour, fit souffler Vent sur les humains. Le cadeau était la conscience, la sorofraternité, l’égalité entre toutes et tous. Et la liberté de choisir. Peur et Convoitise devinrent inutiles.

Mais Angoisse se présenta.

Angoisse, questions sans réponses, qui, par-delà Néant, donne à voir l’infinitude de la création permanente de Grand-Père. Alors, Mère put ! Elle appela Vent et offrit le Verbe, le langage à tous les humains. Des langages, aussi variés que les fleurs de la prairie, des montagnes ou du désert qui enchantent notre amour.

Conscience et Verbe fortifiaient la liberté des humains à s’émerveiller de leurs questions. Liberté d’en faire usage en sorofraternité, en égalité entre toutes et tous. Les fleurs des champs sont-elles plus belles que les fleurs du désert ? L’aube est-il plus mystérieux que le crépuscule ? La naissance est-elle plus riche que la mort ? Vivre ensemble en paix est-il préférable à se choisir un chef de guerre ?

En favorisant la liberté sans la sorofraternité, les humains (surtout les hommes) privilégièrent la puissance du feu, la puissance du métal et imposèrent leur domination. Ma peine réapparue, Grand-Père l’utilisa pour agrandir le Cosmos.
Mais Père vit en moi. Il vit mon désir de les sauver toutes et tous pour qu’ils retrouvent le chemin de l’angoisse infinie et de la beauté de leurs questions. Les certitudes figent leur monde et les éloignent de leur nature offerte. Alors il s’assit avec moi au bord de la création, derrière nous, Néant toujours à l’affut.

— Tu veux les sauver, ma fille ?
— Oui, Père Mère Grand-Mère Grand-Père.
— Es-tu prête à tout pour cela ?
— Oui !
— Alors il va te falloir faire le grand sacrifice. Le sacrifice de devenir l’un d’entre eux et de faire le grand voyage de leur vie. De leur naissance à leur mort et de parcourir leurs peurs, leurs craintes et prendre sur toi partout où ils ont fait fausse route. Ce sera souffrance, déception et quelques joies. Mais à la fin tu devras affronter le Néant, le Rien.

Père scruta les temps et les lieux de la terre. Mère découvrit la jeune fille, à peine sortie de l’enfance. Une jeune fille au cœur pur de l’amour qu’elle portait au charpentier veuf, de plusieurs années son aîné. Mère m’assura que c’est en cette jeune fille que je prendrai chair. Une fois cela fait, je ne pourrai plus revenir en arrière. J’oublierai et je devrai me souvenir.
Quand cela commença, j’étais à côté de ce petit œuf non fécondé, et celui-ci se divisa, comme s’il avait connu l’homme. Alors je devais me glisser en esprit par le souffle de Vent en lui. Ma dernière pensée, comme une illumination, fut que je devrais être un homme, un mâle.

Et tout s’arrêta. . .

Tout commença. . .

Mais vous connaissez la suite. . .
Je suis Ashaisha. Je suis la fille de Tanka Wanka. Et je suis Jésus le fils de Marie.
Et je danse pour vous depuis toujours et à jamais. . .


Les Mitochondries de Mémé

J’ai les mitochondries de ma mère et mes enfants celles de leur mère. Mon épouse. Mémé par mon père n’a pas eu de petites filles par ses filles. Patronyme ! Encore hérité de mon père, mes enfants celui de mon père. 1888 né « Pépé » Etienne. 1894 née « Mémé » Marie. « Je » est Marie. « Je » est né Auzat, nom de mon père. Mais mes mitochondries sont ceux de ma mère, Marguerite. « Je » a épousé Etienne en 1910, « Je » suis 16 ans. 2 ans de plus avant de partir à l’armée pour mon amour. 1912, il part. Service jusqu’en Avril 1914. Enfin on se retrouve. 1914, la guerre, la grande. Mon époux, mon amour est dans la cavalerie, son amitié avec les chevaux. Paysan, il travaillait avec eux en amitié. Cavalerie durant la grande guerre quelle plaisanterie. Comme tous, il a finis dans les tranchées. Et « Je » souffrais d’Angoisses de ne pas le voir revenir. 1916, une permission, notre petite Jeanne vole sa vie de nos amours d’une permission. Jeanne, ma première née. Et oui l’amour des corps, des âmes et des portes de l’esprit peuvent donner naissance à une petite présence. 1918, enfin, fin de cette guerre gravissime. Combien ne sont pas revenus ? Combien sont revenus abimés, brisés ? Mon Etienne est revenu, triste, épuisé, Jeanne avait deux ans. Elle avait mes Mitochondries, comme mes autres enfants. Mon « Petit Paul » est venu en janvier 1921. Ma Germaine en 1925. Monde de paysan d’Auvergne. Qu’est que « Je » connait des mitochondries. Rien en fait. Mais « Je » sait écouter la Messe et « Je » sait le mot vérité en hébreux. EMETH et ses deux racines, Maternité et Mort. Mitochondrie est maternelle et elle décide de la mort cellulaire. EMETH. L’impensable est arrivé en 1940. Et en 1941, il fallait prendre de lourdes décisions. Etienne avait le souvenir de ses amitiés improbables, de ces paysans du Gabon, de ce lointain continent africain. Il avait combattu au coté de frères juifs ! Il prenait la décision pour toute la famille. « Je » rentrait dans de nouvelles années d’angoisses. Mais il était là a coté, et si nous étions tué ce serait en même temps. Les années d’après, rancœur et accidents de chasses. Enfin nous vieillissions ensemble. Mon Etienne est mort en 1966, et « Je » est partie en 1975. « Je » a été Marie. Et mes mitochondries se sont éteintes avec mes filles. Marie et Etienne étaient Mémé et Pépé. Je vous demande pardon de vous avoir un peu oublié.