Alors parlons poésie

Les politiques,
Les décideurdeuses,
Le éditeurtrices,
Les lecteurtrices pros,
Les critiques et tic,
N’aiment pas, les poèmes.
Ils aiment, le Nom des Poèétesses,
Des Chorégraphes,
De peintétresses,
Des produits à vendre sur un marché
Libre et non faussé.

Un matin d’été
Dans le grenier de Mémé
je suis tombé sur des feuillets libres
Cousus ensembles par un fil doré.
Des poèmes.
Aucun nom d’auteur.
Aucun titre.
Voici deux extraits :


Et voici par mon ouïe tramée de crissements
et de fusées syncoper des laideurs rêches
les cent pur-sang hennissant du soleil
parmi la stagnation.

Ah ! je sens l’enfer des délices
et par les brumes nidoreuses imitant de floches
chevelures – respirations touffues de vieillards
imberbes – la tiédeur mille fois féroce
de la folie hurlante et de la mort.
Mais comment, comment ne pas bénir,
telle que ne l’ont point rêvée mes logiques,
dure, à contre-fil lézardant leur pouacre ramas
et leur saburre, et plus pathétique
que la fleur fructifiante,
la gerce lucide des déraisons.

Le deuxième :

Moi si j’avais commis tous les crimes possibles
Je garderais toujours la même confiance
Car je sais bien que cette multitude d’offenses
N’est qu’une goutte d’eau dans un brasier ardent

Oui, j’ai besoin d’un cœur, tout brûlant de tendresse
Qui reste mon appui, et sans aucun retour
Qui aime tout en moi, et même ma faiblesse
Et ne me quitte pas, ni la nuit ni le jour.

Je fus bouleversé par ce recueil improvisé
Les mots inconnus se télescopaient
J’aimais ces poèmes.
Ils m’évoquaient Vivianne.

Plus tard je sus
Ma grand-mère avait fait mélange de ses poèmes
Et d’autres Poèétesses.
Aymé Césaire,
Thérèse de Lisieux,
Et d’autres encore.

Ma grand-mère aimait les poèmes.
Ma mère aimait à écrire sur cahier de brouillon des mystères.
A toutes deux cela ouvrait des portes,
Que des paysannes ne pensaient ouvrir.
Oui c’était naïf,
Mais pas que.
Quand elle priait, chaque jour
Ma grand mère récitait un poème,
Pour Marie, dont elle portait le prénom.

Et que dire des peintures
De ces croutes touchantes et étranges
Celle qui nous font aimer
Les herbes folles qui poussent
Entre les pierres de nos balcons parisiens.
La vie, la vie sort toujours partout !
Un kilo de vivant porte plus de lumière
Qu’un kilo de soleil !
Alors de nos goudrons noir
Des routes dont nous sommes si fiers ?

Que dire d’un air entendu,
Avec un ukulélé
Dans une chapelle auvergnate improbable.

Je lis
Je regarde
Je goute
Et j’entends une odeur
Une odeur qui me ramène Viviane.

4 femmes cette année là, détruites !
Elles avaient toutes quatre, 28 ans.
Deux leucémies,
Une dépression nerveuse
Et un suicide.
La mère de Viviane.
Méchanceté des dames patronnesses ?
Regards salaces des mâles en rut ?
Mari berger par trop absent ?
Un jeudi matin d’avril 1968
Elle est partie à la rivière
Elle a noyé ses deux petites filles avant elle.
6 ans, comme moi
2 ans, comme ma sœur.
Viviane était mon amie, nous étions 6 ans.

Alors quelque chose en moi était brisé.
Cœur de pierre fracassé.
Ma mère était la 28 ans de la dépression.
Celle-ci ne l’a jamais quitté.
Mai 1968.
Pendant ce temps des jeunes,
Ces Futurs vieux macroniste
Faisaient leur révolutionette pacotillante à Paris.

J’aime les poèmes maladroits de hasard.
Les rencontres inattendues de quelque secondes.
Je pleure facilement !
Je me fous d’avoir couilles et phallus.
Je me fous du nom des Poèétesses,
Quoi que, des femmes humbles,
Et généreuses, et attentives,
et inquiètes pour les autres aussi
soient souvent très sincères.

Les éditeurs d’aujourd’hui vendent des produits
De la franco-marocaine
De la franco-camerounaise
Du Franco-truc
De la jeune provinciale,
youtubeuses ou bloggeuses.
Des savoir-faire de rédactions digne de la troisième.

J’ai détesté Edouard louis quand il fut reçu pour sa belle gueule et que les bobos parisiens lui faisaient dire à satiété des horreurs sur les prolos picards.
Moquerie,
Rigolards,
Haine !

Voilà c’est ce que ce sont devenus les éditeurs.
Vendeurs de produits !
Alors, je cherche, des poèmes,
Des romans,
Des essais,
Des galeries,
Peut publicités

Je me fous des noms
Mais je me détourne des Picasso,
des Bertrand Cantat,
Et autres pervers Narcissique
Qui se vendent si bien !

Que les politiques cessent donc,
De citer citations et noms de produit.
Qu’ils lisent le cycle de Dune complet.
Ils seront interrogés dessus.
« Lorsque la religion et la politique voyagent dans le même chariot, les voyageurs pensent que rien ne peut les arrêter. Ils vont de plus en plus vite. Ils oublient alors qu’un précipice se révèle toujours trop tard. »
Et Macron se prend pour un nouveau dieu, Jupiter !
Tout relève du pouvoir
Ces gens là doivent tomber dans le précipice !

Je pense aux quatre femmes de 68,
Je pense à Viviane
Je pleure. Et pleure encore.
Je pense à ma mère et à ma grand-mère,
Je pleure leurs malentendues.
Alors je me tourne vers Marie,
Cette femme qui fut, enfant, jeune fille, jeune femme, jeune mère, mère et femme. Elle a aimé son Joseph, Elle a aimé Jésus.
Et toutes ces femmes qui m’ont appris à devenir un humain !
Poésie maladroite comme des feuillets perdus et cousus de fil doré !

« Quand je me réveille,
Je regarde mon époux.
Il est là.
Je me lève.
Je te prie, ma sœur.
Je descends préparer le feu et le café.
J’ai les vaches à traire,
Firmin m’aidera,
Et le repas de midi des saisonniers.
Et la journée avancera.
Je te verrais à la Messe, Marie. »
Marie juillet 1948

Pauvre Victor

« Dans les terres, de nuit baignées,
Je contemple, ému, les haillons
D’un vieillard qui jette à poignées
La moisson future aux sillons. »

Oh mon pauvre Victor, sais-tu ce qu’il advenu de ton semeur du soir ? Sais-tu qu’il est devenu un assis en tracteur, remplissant les caisses de financiers. La bourgeoisie s’est faite sportive, et cynique, et avide et sans foi et sans loi sauf pour les petits. Le semeur est mort sans mémoire. Sais-tu mon vieux Victor la perte qu’est la notre ? Nos moissons ne bénissent plus nos pains. Nos pains proviennent de semence perdus dont tes vaches ne feraient pas repas. Les seuls sacs et ressacs qu’ils nous ont légués c’est celui des flux de monnaies qui nous passe au-dessus de nos têtes vidées de tant de bontés. Des nuages sans pluie, sans ruissellement. Nous avons perdu tes semeurs et paysans, nous en avons fait des chefs d’entreprise en faillite permanente qui ne savent plus ce qu’est la montée du blé, l’odeur sous-jacente de la luzerne, les barbes de l’orge et la générosité aérienne de l’avoine. La beauté des milles variétés de pomme de terre et celles des pommes de l’arbre. Nous avons oublié nos morts, nous nous sommes oubliés nous même encore vivant. Pourtant, juste un instant et une inconnue devient une amie qui sort de ma vie mais pas de ma mémoire. Elle était devant moi, debout dans le métro. Il freina, elle glissait doucement dans sa chute, ma main vint a sa rencontre la freinait avec délicatesse, sans insistance sans autre intention que de ne pas la voir tombé. Elle s’est reprise et m’a remercié d’un sourire. Nos sourires amicaux ont duré quelque minutes et elle est sortie, partie dans le boyaux d’une correspondance. Elle a laissé son souvenir, et à jamais, en moi, comme une amie passante mais éternel, hors du temps. Ainsi était le paysan avec sa terre, une caresse d’ami pour qu’elle ne tombe. Ce que ne sera jamais le comptable agricole usant de pesticide, Fongecif et autres engrais tuant à petit feu fétide nos lacs bleus de montagne. Où es le geste du semeur du soir, mon cher Victor ? Le bourgeois l’a dévoré comme un loup mécanique affamé et cruel. Il nous faudra sortir de ce carnage cannibale par un chute tel que celle d’Icare sera appelé la douce tombée. Existe t’il la main d’un ami de l’humanité qui sera nous éviter d’être aplatit au sol par ce métro qui dévale le précipice ?
Bien sur, Il me reste Marie, cette femme, cette fille, cette sœur, cette mère, cette humaine qui a enfanté Jésus et pris sous son aile Jean. Dans son geste d’amour je retrouve :

« Pendant que, déployant ses voiles,
L’ombre, où se mêle une rumeur,
Semble élargir jusqu’aux étoiles
Le geste auguste du semeur. »

Solitude

Je marche
Je marche dans la forêt
Guidé par une étoile blanche
Elle apparait à travers la canopée.
« Je » marche dans la nuit forestière,
Mais, Suis-je encore un « je » ?
Suis-je un « nous » ?
Suis-je une « elle » ?
Un « il » ?
« Iel » ?
Une mémoire d’un peuple amnésique ?

Je marche
Guidé par cette étoile
Un éclat dans mon œil ?
Dans cette forêt sans fin ?
Sans fleur digne de poésie,
Sans oiseau digne de rêverie,
Sans vie digne d’espoir
Le silence
Si ce n’est le bruit des questions.
Enfin sortie
L’océan sans sac ni ressac
Vide
Derrière ce « je-nous-iels »
Se retourner
Au loin dans les montagnes
Par delà la forêt
Le soleil rouge se lève.
Retourner encore.
Sur un radeau approche
Une personne.
Il ?
Elle ?
Iel ?
Me tends les bras
Je monte…