De Marc à Herbert

Avant Marc,
Avant son évangile,
Écrire consistait à aligner les mots
Alignés pour être lus à pleine voix
Lu en proclamation
En déclamation
En déclaration
En confession
En réquisitoire
En éloquence.

Par des acteurs
Des avocats
Des politiques
Des poètes
Des prêtres
Pour un public
Une assemblée
Des badauds de passage
Des citoyens
Des étudiants.

Le livre était un rouleau
A la lecture séquentielle
Suivi au doigt du début à la fin.
Le livre était écouté.

Il y eu Marc
Il y eu son évangile.
Et pour la première fois
Il y a un lecteur silencieux
Un lecteur a qui s’adresse Marc dans le silence des mots.

Commencement de l’évangile de Jésus, Christ, fils de Dieu
Voici que j’envoie mon messager en avant de toi
Pour ouvrir ton chemin.

Et puis son baptême

Or, en ce temps-là, Jésus vint de Nazareth, un village de Galilée. Il fut baptisé par Jean dans le Jourdain
Au moment où il sortait de l’eau, il vit le ciel se déchirer et l’Esprit descendre sur lui comme une colombe. Une voix retentit alors du ciel : — Tu es mon Fils bien-aimé, tu fais toute ma joie.

Et voilà seul le narrateur, le lecteur et Dieu Fils savent que Jésus est le fils de Dieu Masque Père. Persona est un masque.
Il meurt de la mort lamentable de la croix
Il ressuscite le dimanche, premier et troisième jour
Il parle aux trois femmes qui prise de peur s’enfuit
Et voilà fin réel de l’évangile de Marc.
Maintenant, le lecteur à finis
Que lui reste-t-il ?
Juste une question non écrite :
« Et toi qu’aurais-tu fais ? »
« Et toi qu’est-ce que tu fais maintenant ? »

Marc et près de 1900 ans plus tard Franck Herbert écrit Dune et le Messie de Dune.
Les romans sont nés.
Le roman est un codex, ce livre si libre !
Ce livre ou je peux plonger en n’importe quelle page.
Ce livre ou je sais y trouver des personnages
Des masques réels qui m’éclaire sur le mystère de vivre.
La vie et ces mots qui lorsque lu à voix basse nous pénètre
Les masques prennent formes
Les masques prennent vie.
Je lis Dune comme je lis Marc
Je connais toute l’histoire
Mais j’y retourne pour retrouver ces masques
Ces personnages
Léto
Paul
Jessica
Duncan
Chani
Gurney
Le baron aussi
Je sais la tragédie de tous
Et je reviens pour une treizième lecture
Je relis Dune comme je relis Marc
Pour y retrouver personnellement Jésus
Je pourrais me dire quoi de nouveau
Et je découvre que tout est nouveau
Tout est là, mystérieusement nouveau
J’aimerais sortir de la tragédie
Et pourtant c’est cela qui fait leur grandeur.

Dune a pénétré mon âme, jusqu’à la porte de l’esprit
Car Herbert me livre les pensées profondes des masques.
Et ces pensées profondes me remplissent de montagne de question
Et dans ces montagnes, j’entends un écho.
L’écho de la vie.

Un autre roman me révèle ces intérieurs
C’est « Parties Communes » de l’autrice
Anne Vassivière.

Et voilà
Voilà pour Dune
Voilà pour le Messie de Dune
Voilà pour L’évangile de Marc
Et « Parties Communes »

Günther Anders et Gaël Giraud

C’est en 1956 que le philosophe Allemand Günther Anders écrivit cette réflexion prémonitoire :

« Pour étouffer par avance toute révolte, il ne faut surtout pas s’y prendre de manière violente. Les méthodes archaïques comme celles d’Hitler sont nettement dépassées. Il suffit de créer un conditionnement collectif en réduisant de manière drastique le niveau & la qualité de l’éducation, pour la ramener à une forme d’insertion professionnelle.

« Un individu inculte n’a qu’un horizon de pensée limité et plus sa pensée est bornée à des préoccupations matérielles, médiocres, moins il peut se révolter. Il faut faire en sorte que l’accès au savoir devienne de plus en plus difficile et élitiste… que le fossé se creuse entre le peuple et la science, que l’information destinée au grand public soit anesthésiée de tout contenu à caractère subversif.

Là encore, il faut user de persuasion et non de violence directe : on diffusera massivement, via la télévision, des divertissements abrutissant, flattant toujours l’émotionnel, l’instinctif. »
« On occupera les esprits avec ce qui est futile et ludique. Il est bon avec un bavardage et une musique incessante, d’empêcher l’esprit de s’interroger, penser, réfléchir. »

« On mettra la sexualité au premier rang des intérêts humains. Comme anesthésiant social, il n’y a rien de mieux. En général, on fera en sorte de bannir le sérieux de l’existence, de tourner en dérision tout ce qui a une valeur élevée, d’entretenir une constante apologie de la légèreté ; de sorte que l’euphorie de la publicité, de la consommation deviennent le standard du bonheur humain et le modèle de la liberté »

Günther Anders
«l’obsolescence de l’homme» 1956.


Et puis on entends Gaël Giraud dans l’Obs qui nous ouvre d’autres voies possible

Pour la sortie de son livre

Composer un monde en commun
Une théologie politique de l’anthropocène