Noces et festins par Victor Hugo

Recueil : Les chants du crépuscule (1836)

La salle est magnifique et la table est immense.
Toujours par quelque bout le banquet recommence,
Un magique banquet, sans cesse amoncelé
Dans l’or et le cristal et l’argent ciselé.
A cette table auguste, où siègent peu de sages,
Tous les sexes ont place ainsi que tous les âges.
Guerrier de quarante ans au profil sérieux,
Jeune homme au blond duvet, jeune fille aux doux yeux,
Enfant qui balbutie et vieillard qui bégaye,
Tous mangent, tous ont faim, et leur faim les égaye,
Et les plus acharnés sont, autour des plats d’or,
Ceux qui n’ont plus de dents ou n’en ont pas encor !
Casques, cimiers, fleurons, bannières triomphales
Les lions couronnés, les vautours bicéphales,
Les étoiles d’argent sur le sinople obscur,
L’abeille dans la pourpre et le lys dans l’azur,
Les chaînes, les chevrons, les lambels, les losanges,
Tout ce que le blason a de formes étranges,
De léopards ailés, d’aigles et de griffons,
Tourbillonne autour d’eux, se cramponne aux plafonds,
Se tord dans l’arabesque entre leurs pieds jetée,
Plonge un bec familier dans leur coupe sculptée,
Et suspend aux lambris main drapeau rayonnant,
Qui, des poutres du toit jusqu’à leurs fronts traînant,
Les effleure du bout de sa frange superbe,
Comme un oiseau dont l’aile en passant touche l’herbe.

Et comme à ce banquet tout résonne ou reluit,
On y croit voir jouter la lumière et le bruit.

La salle envoie au ciel une rumeur de fête.
Les convives ont tous une couronne en tête,
Tous un trône sous eux où leur orgueil s’assied,
Tous un sceptre à la main, tous une chaîne au pied ;
Car il en est plus d’un qui voudrait fuir peut-être,
Et l’esclave le mieux attaché c’est le maître.

Le pouvoir enivrant qui change l’homme en dieu ;
L’amour, miel et poison, l’amour, philtre de feu
Fait du souffle mêlé de l’homme et de la femme,
Des frissons de la chair et des rêves de l’âme ;
Le plaisir, fils des nuits, dont l’œil brûlant d’espoir
Languit vers le matin et sa rallume au soir ;
Les meutes, les piqueurs, les chasses effrénées
Tout le jour par les champs au son du cor menées ;
La soie et l’or ; les lits de cèdre et de vermeil,
Faits pour la volupté plus que pour le sommeil,
Où, quand votre maîtresse en vos bras est venue,
Sur une peau de tigre on peut la coucher nue ;
Les palais effrontés, les palais imprudents
Qui, du pauvre enviées, lui font grincer des dents ;
Les parcs majestueux, pleins d’horizons bleuâtres,
Où l’œil sous le feuillage entrevoit des albâtres,
Où le grand peuplier tremble auprès du bouleau,
Où l’on entend la nuit des musiques sur l’eau ;
La pudeur des beautés facilement vaincue ;
La justice du juge à prix d’or convaincue ;
La terreur des petits, le respect des passants,
Cet assaisonnement du bonheur des puissants ;
La guerre ; le canon tout gorgé de mitrailles
Qui passe son long cou par-dessus les murailles ;
Le régiment marcheur, polype aux mille pieds ;
La grande capitale aux bruits multipliés ;
Tout ce qui jette au ciel, soit ville, soit armée,
Des vagues de poussière et des flots de fumée ;
Le budget, monstre énorme, admirable poisson
A qui de toutes parts on jette l’hameçon,
Et qui, laissant à flots l’or couler de ses plaies,
Traîne un ventre splendide, écaillé de monnaies ;
Tels sont les mets divins que sur des plats dorés
Leur servent à la fois cent valets affairés,
Et que dans son fourneau, laboratoire sombre,
Souterrain qui flamboie au-dessous d’eux dans l’ombre,
Prépare nuit et jour pour le royal festin
Ce morose alchimiste, appelé le Destin !

Le sombre amphitryon ne veut pas de plats vides,
Et la profusion lasse les plus avides ;
Et, pour choisir parmi tant de mets savoureux,
Pour les bien conseiller, sans cesse, derrière eux,
Ils ont leur conscience ou ce qu’ainsi l’on nomme,
Compagnon clairvoyant, guide sûr de tout homme,
A qui, par imprudence et dès les premiers jeux,
Les nourrices des rois crèvent toujours les yeux.

Oh ! ce sont là les grands et les heureux du monde !
Ô vie intarissable où le bonheur abonde !
Ô magnifique orgie ! ô superbe appareil !
Comme on s’enivre bien dans un festin pareil !
Comme il doit, à travers ces splendeurs éclatantes,
Vous passer dans l’esprit mille images flottantes !
Que les rires, les voix, les lampes et le vin
Vous doivent faire en l’âme un tourbillon divin !
Et que l’œil ébloui doit errer avec joie
De tout ce qui ruisselle à tout ce qui flamboie !

Mais tout à coup, tandis que l’échanson rieur
Leur verse à tous l’oubli du monde extérieur ;
A l’heure où table, et salle, et valets, et convives,
Et flambeaux couronnés d’auréoles plus vives,
Et l’orchestre caché qui chante jour et nuit,
Epanchent plus de joie, et de flamme, et de bruit,
Hélas ! à cet instant d’ivresse et de délire,
Où le banquet hautain semble éclater de rire,
Narguant le peuple assis à la porte en haillons,
Quelqu’un frappe soudain l’escalier des talons,
Quelqu’un survient, quelqu’un en bas se fait entendre,
Quelqu’un d’inattendu qu’on devrait bien attendre.

Ne fermez pas la porte. Il faut ouvrir d’abord.
Il faut qu’on laisse entrer. – Et tantôt c’est la mort,
Tantôt l’exil qui vient, la bouche haletante,
L’une avec un tombeau, l’autre avec une tente,
La mort au pied pesant, l’exil au pas léger,
Spectre toujours vêtu d’un habit étranger.

Le spectre est effrayant. Il entre dans la salle,
Jette sur tous les fronts son ombre colossale,
Courbe chaque convive ainsi qu’un arbre au vent,
Puis il en choisit un, le plus ivre souvent,
L’arrache du milieu de la table effrayée,
Et l’emporte, la bouche encor mal essuyée !

Le 20 août 1832.

Un 5 avril 2020 de Confinement

Prodiceus – Suivi du Choix d'Héraclès par Damien Hauswirth

Quelques vers glanés

(Sans souci de prévenir à temps
Laissant
Une assiette vide
Une place vide.
Ne devenant
Un peu plus Jour après jour
Qu’un absent.)

Pas de rêves brisés
Comme la ballerine blessée
Comme le sportif blessé

Et une expérience de lecture en ces temps

Un recueil de poésie sous forme d’incantation
Comme des confessions d’aujourd’hui.
Véritablement beau et claire
Aux mots humbles, sans orgueil.
Touchant en vérité.
Nécessaire en vérité.
En ces temps confinés de COVID-19.
Chaque personne humaine pourrait se regarder en face
Se poser les questions
Et incanter ses propres confessions.
Bravo de prendre cette voie Saint Augustinienne
Merci

J’aurais aimé peut-être une septième incantation, mais ce jour est fait pour le repos.

QUAND JE PENSE À MA MÈRE DE Marceline Desbordes-Valmore

Ma mère est dans les cieux, les pauvres l’ont bénie :
Ma mère était partout la grâce et l’harmonie.

Jusque sur ses pieds blancs, sa chevelure d’or
Ruisselait comme l’eau, Dieu ! J’en tressaille encor !

Et quand on dişait d’elle : « Allons voir la Madone »,
Un orgueil m’enlevait, que le ciel me pardonne !

Ce tendre orgueil d’enfant, ciel ! pardonnez-le nous :
L’enfant était si bien dans ses chastes genoux !

C’est là que j’ai puisé la foi passionnée
Dont sa famille errante est toute sillonnée.

Mais jamais ma jeune âme en regardant ses yeux,
Ses doux yeux même en pleurs, n’a pu croire qu’aux cieux.

Et quand je rêve d’elle avec sa voix sonore,
C’est au-dessus de nous que je l’entends encore.

Oui, vainement ma mère avait peur de l’enfer,
Ses doux yeux, ses yeux bleus n’étaient qu’un ciel ouvert.

Oui, Rubens eût choisi sa beauté savoureuse
Pour montrer aux mortels la Vierge bienheureuse.

Sa belle ombre qui passe à travers tous mes jours,
Lorsque je vais tomber me relève toujours.

Toujours entre le monde et ma tristesse amère,
Pour m’aider à monter je vois monter ma mère !

Ah ! l’on ne revient pas de quelque horrible lieu,
Et si tendre, et si mère, et si semblable à Dieu !

On ne vient que d’en haut si prompte et si charmante
Apaiser son enfant dont l’âme se lamente.

Et je voudrais lui rendre aussi l’enfant vermeil
La suivant au jardin sous l’ombre et le soleil ;

Ou, couchée à ses pieds, sage petite fille,
La regardant filer pour l’heureuse famille.

Je voudrais, tout un jour oubliant nos malheurs,
La contempler vivante au milieu de ses fleurs !

Je voudrais, dans sa main qui travaille et qui donne,
Pour ce pauvre qui passe aller puiser l’aumône.

Non, Seigneur! Sa beauté, si touchante ici-bas,
De votre paradis vous ne l’exilez pas.

Ce soutien des petits, cette grâce fervente
Pour guider ses enfants si forte, si savante,

Vous l’avez rappelée où vos meilleurs enfants
Respirent à jamais de nos jours étouffants.

Mais moi, je la voulais pour une longue vie
Avec nous et par nous honorée et suivie,

Comme un astre éternel qui luit sans s’égarer,
Que des astres naissants suivent pour s’éclairer,

Je voulais jour par jour, adorante et naïve,
Vous contempler, Seigneur ! dans cette clarté vive…

Elle a passé ! Depuis, mon sort tremble toujours
Et je n’ai plus de mère où s’attachent mes jours.

Les Piliers de la terre par Ken Follett

Lu il y a 17 ans !
Revue dans ma bibliothèques dans laquelle j’avais besoin de faire de la place et hop au rebut ! J’ai feuilleté quelque pages !
« Best-seller de base » et j’ai fini par l’oublier avec le temps. Un produit de consommation qui s’est consumé dans mon esprits !
Je ne me souviens plus s’il m’avait diverti. Avais-je besoin de divertissement en ce temps là ?
Je ne crois pas donner des avis qui ne soient pas intimement personnels. Ce ne sont pas des critiques à proprement parlé, je ne suis pas un professionnel de la critique, ce sont juste des instantanés d’expérience de lecture. Certaines de ces expériences sont inoubliables (Le cycle de Dune) d’autres ne me laissent aucunes traces, aucun dépôt rien.
C’est ainsi ! En aucune façon je ne souhaite blesser des personne qui ont aimé ce qui m’a laissé indifférent, ceux-là même se serait peut-être ennuyé à la lecture du cycle de Dune ou de parties Communes d’Anne Vassivière !

Civilizations par Laurent Binet

Pas de citations

Je n’ai trouvé aucune phrase qui me donne envie de les prendre comme citation.

Mon expérience de lecture

C’est ainsi…

Je me suis ennuyé comme trois points de suspensions en attente …

Et pourtant c’est une forme que je trouve toujours riche
L’Uchronie.
Mais là rien…

Je me suis ennuyé comme trois points de suspensions en attente …

Où sont les maitre du haut château, complot contre l’Amérique, la part de l’autre, la séparation, rêves de gloire, rêves de fer, à perte de temps … etc…
Mais là Rien …
Juste l’ennui …

Ce n’était pas pour moi, finalement.

A 4158

Avec Fragonard, dans des draps d’aube fine par Sophie Chauveau

Les belles phrases

L’insomnie est un des plus grands moments de solitude entre soi et le lit, où se pose, cruciale, la question de la fiabilité du lit et de l’absence de Dieu, Chargé symboliquement du pouvoir de Léthé, du grand besoin d’oubli, il prend l’importance vitale « d’un répit dans l’inquiétude ». Cioran qui s’y connaissait à déclaré l’insomnie seule forme d’héroïsme au lit !

Naguère, elle le gardait dans sa couche le temps des relevailles… Là aussi, finies les riches relevailles de jadis qui s’achevaient en cérémonie d’action de grâces, le jour où la neuve accouchée retournait à l’église pour la première fois.

Sa jeunesse libertine, italienne et partageuse, ne lui a rien celé des mille et un plaisirs que glorifie le siècle, auxquels il sacrifie. Avec allégresse. C’est exactement cette joie radieuse qui caractérise l’amour et le libertinage au XVIII® siècle. Et Frago est le représentant le plus emblématique de cet éros solaire qui culmine avant l’échafaud.

les draps du gigantesque lit d’hôtel est resté dans mon souvenir. Le fougueux amoureux qui immaculé m’y avait attendu toute la nuit ? Pfuitt ! Évaporé. Son prénom, son visage, son sourire, le grain de sa peau, le goût de sa bouche ? Envolés. La somptuosité du lieu a tout remplacé. C’était une étreinte trop onéreuse pour moi, trop prétentieuse. Elle n’a pas su laisser d’autre trace que son adresse. Ostentatoirement dépensière, trop chic pour être honnête.

Alors, à la lire ?

… c’est à venir, je suis encore en cours.. Et cela en valait la peine

« C’est exactement cette joie radieuse qui caractérise l’amour et le libertinage au XVIIIème siècle. Et Frago est le représentant le plus emblématique de cet éros solaire qui culmine avant l’échafaud. »

Cette phrase, en fin de page 39 et début de page 40, a provoqué ma relecture immédiate depuis le début. Et cette fois avec, en tête, l’époque ! Le moment ou la société basculera du libertinage aristocratique vers l’austérité bourgeoise et bien-pensante, monnayable, bankable dirait-on aujourd’hui. Entrevoir et penser Fragonard évoque d’autres époques en synchronie à la sienne. Et Sophie Chauveau a su me restituer les merveilles de cela par son regard sur un seul tableau, un dessin de cette homme de ce siècle.

D’un coté Éros et de l’autre Thanatos, quand on oublie les autres dieux le monde devient manichéen et violent. Éros ne peut que perdre. Le lit, à la fin, c’est la mort qui gagne, mais « Bordel ! » qu’est-ce que ce fut bon et que de joie au-delà de la jouissance, une joie qui transcende le bonheur. Ce lit finalement devient une des portes de l’esprit (pas le bon esprit mental, l’esprit qui relève de la spiritualité) et j’en remercie cet autrice, qui avec pudeur ce dévoile, nous offrant aussi un part intime d’elle-même.

Devant le Christ de Velasquez par Miguel de Unamuno

Extraits

D’un bras à l’autre s’ouvre sans traîtrise
ta poitrine entière, pâture d’amour ;
au creuset de ton agonie, terrible,
tu embrasses l’infini dans les bornes
du chemin du soleil qui ne se couche
ni jamais ne se lève…

Chevelure…

Libres à l’air libre ils recueillaient les perles
de la rosée de l’aube sur lesquelles
le soleil a fait briller des éclats
de l’arc céleste de promission.
Ils te furent oreiller sur les chemins
quand sur la terre dure tu posais
ta tête ; les renards ont des tanières,
les oiseaux ont des nids, mais nul abri
tu n’as eu pour Toi, divin mendiant.

Expérience de lecture

à venir…
… et à venu

Une personne humaine, il y a 2000 ans réenchante la spiritualité d’un temps devenant calculateur. Il meurt et provoque l’apparition d’un lumière que l’on n’a pas finis d’explorer.

Une personne humaine, au 17ème siècle peint l’instant ou la première personne humaine délivre sa lumière. Cette représentation invente une nouvelle lumière un nouveau regard sur le premier.

Une personne humaine en Espagne, au 20ème siècle, un homme regarde ce tableau et plonge dans les mots pour nous l’offrir en poème. Et nous avons toutes les dimensions et reviennent toutes les questions.

Nous, personnes humaines qui recevons, nous faisons nos choix et là question nous est posée : Qu’avez-vous fait de toute cette lumière ?

Nous sommes alors bien loin de la fade littérature proposé en 2019 sur le Christ. Quelque chose nous est offert, libre a nous de l’accepter !

Notre Dame de Midi par Paul Claudel

Il est midi. Je vois l’église ouverte. Il faut entrer.
Mère de Jésus-Christ, je ne viens pas prier.

Je n’ai rien à offrir et rien à demander.
Je viens seulement, Mère, pour vous regarder.

Vous regarder, pleurer de bonheur, savoir cela
Que je suis votre fils et que vous êtes là.

Rien que pour un moment pendant que tout s’arrête.
Midi !
Être avec vous, Marie, en ce lieu où vous êtes.

Ne rien dire, mais seulement chanter
Parce qu’on a le cœur trop plein,
Comme le merle qui suit son idée
En ces espèces de couplets soudains.

Parce que vous êtes belle, parce que vous êtes immaculée,
La femme dans la Grâce enfin restituée,

La créature dans son honneur premier
Et dans son épanouissement final,
Telle qu’elle est sortie de Dieu au matin
De sa splendeur originale.

Intacte ineffablement parce que vous êtes
La Mère de Jésus-Christ,
Qui est la vérité entre vos bras, et la seule espérance
Et le seul fruit.

Parce que vous êtes la femme,
L’Éden de l’ancienne tendresse oubliée,
Dont le regard trouve le cœur tout à coup et fait jaillir
Les larmes accumulées,

Parce qu’il est midi,
Parce que nous sommes en ce jour d’aujourd’hui,
Parce que vous êtes là pour toujours,
Simplement parce que vous êtes Marie,
Simplement parce que vous existez,

Mère de Jésus-Christ, soyez remerciée !

Rimbaud le fils par Pierre Michon

Citations

Ce refus d’un maître visible, on l’appelle chez Rimbaud révolte, juvénile révolte, mais c’est très vieux, comme le vieux serpent dans le vieux pommier, comme la langue qu’on parle. C’est dans la langue qui dit je, quand elle passe par- dessus la tête des créatures visibles et ne daigne s’adresser qu’à Dieu.

Comme l’eau dans la roue, on voit bien que ça exulte; on ne peut décider si cela met fin à l’Occident ou une fois de plus le relance; mais à tort ou à raison on s’accorde à penser que c’est miracle d’écrire, à dix-neuf ans, dans un grenier des Ardennes, cette poignée de feuillets hermétiques comme Jean, abrupts comme Matthieu, métèques comme Marc, policé comme Luc; et, comme Paul de Tarse, agressivement modernes, c’est-à-dire dressés contre le Livre, rivaux du Livre.

Expérience de lecture

Pierre Michon a relu une saison en Enfer d’Arthur Rimbaud. Alors il se décide d’en écrire sa critique Babelio. Elle est trop longue, elle déborde, et va au-delà du nombre de mots autorisés. Il se laisse emporter, il est transporté, il nous parle de Rimbaud de son Rimbaud, comme un Proust pourrait nous en parler, comme une Régine Deforges pourrait nous l’offrir. Il nous donne sa propre littérature, une littérature de peintre, de photographe, de poète. Oh, le gros mot est lâché, de Poète.

Le rôle de la poésie est d’entrouvrir une porte, une porte immatérielle, et, qui, suivant son inclinaison donne sur l’enfer du néant ou la création permanente du jardin d’Eden.
Nous avons le choix, nous sommes libres, libre à chaque instant comme un Arthur Rimbaud , comme un Pierre Michon, libre de choisir sur quel vision ouvre cette porte personnelle.
Rimbaud est le dernier des pères de la poésie, père qui n’a pas de fils, Père sans Fils. Père parce qu’abstrait, (suivant son étymologie latine « séparé de »), une mère c’est trop concret pour Arthur Rimbaud, trop charnel, trop présent, trop aimant de manière concrète et possessive.

Pierre Michon nous offre la genèse d’un père qui n’aura pas de fils, il ne peut s’offrir que lui-même et disparaitre, nous laissant à notre tour libre. Libre de suivre Proust, Deforges, Michon ou de retourner explorer Céline.

C’était ma première entrée en lecture de Pierre Michon.
Et je dis, oui, je vous suis.

L’apocalypse selon Dürer par Alberto Manguel

Citations

On raconte que Robespierre, avant de décréter chaque nouvelle atrocité, demandait « Au nom de quoi ? » Mais tout être humain sait, de conviction intime, que nul acte de terreur ne peut être justifié. Devant la constante cruauté du monde (et aussi, malgré tout, ses miracles quotidiens de beauté, de bienveillance et de compassion) nous chagrin et se rassurer un peu sur sommes stupéfaits car elle et ils surgissent sans justification, de même que le miracle de la pluie, ainsi que Dieu l’explique à Job, tombe là « où il ». Le caractère primordial n’y a point d’hommes de l’univers semble être la gratuité.

Dans ces domaines-ci, ainsi que le savait Dürer, l’échec réside, implicite, dans les plus grandes réussites, puisqu’il désigne l’état d’incomplétude de toute grande œuvre d’art et de toute découverte scientifique importante. L’artiste crée une œuvre qui doit être complétée par son public et est, par conséquence, nécessairement imparfaite : c’est par les vides de l’œuvre que le lecteur y insuffle la vie. Le scientifique procède par questionnements, puisque toute réponse définitive fermerait la voie et empêcherait d’avancer. Mallarmé parlait de « la Muse de l’impuissance qui inspire à chaque entreprise artistique un certain degré d’échec lui permettant de survivre.

Mon expérience de lecture

Ce fut un réel plaisir de lire ce petit essai sur une œuvre pictural qui m’interroge au plus haut point, comme m’interroge ce livre du nouveau testament qu’est l’apocalypse de Saint Jean.
J’en viens à penser que tout artiste, chorégraphe, peintresse et peintre, poétesse et poète, romancière et romancier, essayiste, musicienne et musicien doit se confronter à un moment de son parcourt à deux œuvre :
L’odyssée d’Homère
L’apocalypse de saint Jean.