Et maintenant, qu’est-ce que tu fais ?

Le Geiko
La rencontre a deux
L’univers se réduit à ces deux
Iels se saluent
Iels croisent le fer
Le ballet commence
Pas de sexe
Pas d’âge
Juste deux personnes humaines.
Je n’existe presque plus
Il n’existe plus que toi.
Avancé, question
« Et maintenant qu’est-ce que tu fais ? »
Le gaie commun.
Le kendo

Et puis un samedi à 17 heures, le CDCN
Les ateliers de Caroline Carlson.
Trois personnes, trois âges de la vie, 23, 54 et 78 ans.
Un chorégraphe, Rama, il sera 54
Deux danseurs, Hugues il est 23 ans, comme ma fille, et Jean, il est 78 ans. Ma fille, est 23 ans, avant PARTS, elle était à COLINE Istres avec Hugues.
La danse, l’accueil de Rama en danse. S’asseoir. Et tout commence. Deux danseur 23 et 78 sont ensemble.

Et maintenant, qu’est-ce que tu fais ?

J’éclate en sanglot sourd, venu du plus profond de mon être qui n’est déjà plus moi, mais quelque chose d’autre, quelqu’un d’autre, l’Amour. 23 ans sourit, de ce sourire si généreux à Jean qui l’invite à la danse. Ma fille, quand elle danse, possède ce même sourire adressé à ses partenaires. Ce sourire dit à l’autre, « tu comptes à mes yeux parce que tu es important », « . . . et maintenant qu’est-ce que tu fais ? »
1 heure de danse, une heure au bord de l’évanouissement épanoui de joie. La joie explose et se remplis des autres.

Nos temps
Nos temps politiques
5000 personnes mettent en commun, toutes leurs questions, et leurs questions dessinent un avenir en commun. Et bientôt moi aussi je serais invitée dans l’isoloir ou j’engagerais tous les autres, tous, et mon avenir aussi, et leurs avenirs. Et là les danseurs, les kendoka, ces 5000 personnes me demanderont :

« Et maintenant qu’est ce que tu fais ? »


Et cet après midi là, il y avait l’autrice Anne Vassivière
https://annevassiviere.blog/2022/03/13/23-57-78-mesures-dune-vie/

Bêtise de la guerre / Victor Hugo

Ouvrière sans yeux, Pénélope imbécile,
Berceuse du chaos où le néant oscille,
Guerre, ô guerre occupée au choc des escadrons,
Toute pleine du bruit furieux des clairons,
Ô buveuse de sang, qui, farouche, flétrie,
Hideuse, entraîne l’homme en cette ivrognerie,
Nuée où le destin se déforme, où Dieu fuit,
Où flotte une clarté plus noire que la nuit,
Folle immense, de vent et de foudres armée,
A quoi sers-tu, géante, à quoi sers-tu, fumée,
Si tes écroulements reconstruisent le mal,
Si pour le bestial tu chasses l’animal,
Si tu ne sais, dans l’ombre où ton hasard se vautre,
Défaire un empereur que pour en faire un autre ?

Victor Hugo

L’homme qui dormait sous mon lit, Pierre Notte

Au Rond Point, un samedi soir. . .
Je ne vous raconterais pas
Allez-y et vous serez, comme le dormeur, réveillé
Après vous renterez et y repenserez
Le fièvre
L‘angoisse
L‘insomnie et le plongeon
Mais au matin levant, vous serez grandi


Celle qui en parle merveilleusement bien est une autrice dont je suis le Blog : Allez voir . . .

Anne Vassivière : Ce que je dois au théâtre

Et Pierre Notte lui même :

ENTRETIEN

Quel rapport y a-t-il entre Je te pardonne (Harvey Weinstein) en juin dernier, et L’Homme qui dormait sous mon lit aujourd’hui ?

La honte. C’est le moteur. Une honte objective et partagée, mais il y a pire. Cette honte de soi, de moi. Quand je mesure la puissance de mon incapacité à agir, à intervenir. De mon impuissance. Rester immobile, encore, face aux petites barbaries qui s’exercent partout, qui pullulent et prolifèrent. Ne rien faire. Cette honte de l’inertie. Le mal fait aux femmes et la honte d’être un homme, cela fermente, cela bout. Cela donne L’Histoire d’une femme ; Sur les cendres en avant ou Je te pardonne (Harvey Weinstein). C’est encore écrire contre, jamais pour. Contre l’impuissance et l’inaction. Ou en réponse, en écho. Faute de mieux, faute d’agir. Ici, faute d’une parole politique, d’un geste engagé, il reste l’invention possible d’un dialogue entre les parties… On ne fait rien, on fait semblant, mais c’est déjà ça. Et on en rit, aussi. C’est la moindre des choses, par souci de décence…

Et là, vous imaginez le pire : un monde où on pousserait les réfugiés au suicide?

C’est « inimaginable » ? Ce n’est pas déjà ce que l’on vit ? Le pire, c’est le mépris dont on s’arrange. Toutes hontes bues. Recueillir l’autre, l’accueillir et le sauver, bien sûr. Mais qu’il s’adapte, qu’il prie ses dieux avec discrétion, qu’il ne regarde pas nos filles de travers, qu’il baisse un peu sa musique s’il vous plaît. Et qu’on ait droit à quelque compensation, tout de même. Et quand le bien est accompli, elles ressurgissent toujours, les bestioles immondes de l’égoïsme, de l’autosuffisance, du confort personnel, de la peur qui exclut. Dans le couple, pareil. Dans le travail, pareil. Dans le monde, pareil. Fouiller le pire, c’est toujours aller chercher ce à quoi pourrait ressembler le monde s’il faisait un petit pas en avant vers le pire où on se laisse aller. La poussière sous le tapis, les secrets de famille dans les caves à vin, et le réfugié par la fenêtre.

Et ici, tout finit bien… Vous vous foutez du monde?

Ça doit être sanglant, saignant, rapide et hargneux. Mais ça finira bien, oui, la musique arrivera, enfin, et la réconciliation possible. La danse, et la vie, souriante, simple, une illusion. Écrire, c’est partager une honte. On fouille, on creuse, on fonce droit dans le fond du pire pour chercher aussi un peu de lumière.

PIERRE NOTTE,PROPOS RECUEILLIS PAR L’AVANT-SCENE THÉÂTRE
POUR L’AVANT-PROPOS AU TEXTE PUBLIÉ