Je reprends Tsuvadra dK en DD5 / 3

Et voilà je viens de terminer la ré-écriture de la campagne des « mangeurs de pierres » avec les règles de D&D version 5. C’est la campagne Steampunk qui parcourt de nouvelle possibilité dramatique et de nouvelle forme de narration en jeux de rôle.

La ré-écriture m’a conduit a reposer un certain nombre de base en jeu de rôle comme la romance librement accepté et souhaité par les joueurs pour leur personnage.

Le livre de base pour le monde spécifique est bien sur également en ligne mis à jour pour cette deuxième campagne « Tsuvadra D&D5 » il sera enrichi de nouveau pour la campagne suivante.

A partir d’aujourd’hui je commence la troisième campagne, Retour de Pendule et cela va prendre également plusieurs mois, d’autant qu’il y a un travail pour emmener D&D 5 vers le cyber-punk avec une coloration légère space-opéra et un peu de post-apocalyptique !

Poétesse : Anna de Noailles (1876-1933)

Recueil : Poèmes de l’amour (1924).

Aimer, c’est de ne mentir plus.
Nulle ruse, n’est nécessaire
Quand le bras chaleureux enserre
Le corps fuyant qui nous a plu.

— Crois à ma voix qui rêve et chante
Et qui construit ton paradis.
Saurais-tu que je suis méchante
Si je ne te l’avais pas dit ?

— Faiblement méchante, en pensée,
Et pour retrouver par moment
Cette solitude sensée
Que j’ai reniée en t’aimant !

L’éternité n’est pas de trop par François Cheng

de l’Académie Française

Je suis surpris moi-même. Est-ce l’effet du confinement ? Est-ce parce qu’en ce moment je n’ai pas le cœur à lire ? Est-ce parce que je me pose beaucoup de question sur l’instant dans l’univers qu’est notre vie ? Est-ce parce que j’ai 58 ans en 2020 ? Qu’on est au mois de Mai ?

Je ne sais pas ?

Mais ce roman m’a laisser de marbre, froid, aucune empathie avec les personnages ? Est-ce parce que cela me semble être l’élite de ceux qui ont tout compris ?

C’est superbement écrit. C’est d’une belle fluidité, c’est très évocateur comme un dépliant touristique de Venise écrit par Thomas Mann ? Virtuose par moment.

Mais je n’en retire aucune citation, aucune profondeur qui me corresponde. Je suis resté sur le pas de la porte. J’ai peur qu’avec les mois j’oublie même l’histoire, et peut-être même que je l’ai lu. Peut-être qu’un jour j’y reviendrais, mais ce n’est pas le moment pour moi. Je retourne aux dialogues avec l’ange et je commence L’effort d’être spectateur de Pierre Notte.

Je suis surpris moi-même.

L’appel du néant par Maxime Chattam

Longtemps après l’avoir lu.

Je découvre que je n’ai pas écrit mon expérience de lecture immédiatement. Et je m’aperçois que cela pose une question, en fait 1000 questions. Je ne me souviens plus du roman et je suis obligé de relire la 4ème de couverture pour faire remonter le souvenir et travailler ma mémoire.

Depuis un ou deux ans j’avais arrêté de lire des Thrillers (des romans à sensation comme on en parlé autrefois dans les années 70), car ceux-ci m’ennuyaient par leur construction algorithmique et leur intrigue en suspension. Pour le retour j’ai choisi un roman de Chattam et ce roman, ne m’encourage pas à revenir vers ce genre.

Je me sens plus impliqué dans un roman noir que dans un roman à suspens. Finalement je préfère l’expérience d’un film comme « Jeanne » de Bruno Dumont qui demande un effort, qu’aux spectaculaire Avenger de Walt Disney du pure divertissement (recherche désespérée d’une consolation face à la difficulté d’être soi. Le divertissement renvoie aux activités humaines futiles (recherche de la gloire ou des biens matériels) pour échapper à notre condition. Le divertissement révèle le fait que l’homme éprouve des difficultés à vivre avec lui-même, à être en paix avec ce qu’il est. Cette condition fuie, c’est précisément la mortalité et la contingence de l’existence. Face à cette crainte (Pascal n’utilise pas encore le concept d’angoisse), l’ego cherche à faire diversion).

Maxime Chattam écrit bien, c’est indéniable, mais malheureusement je ne me suis sentis que divertit, et pas transporté et aucune porte de l’esprit ne s’est ouverte. Mais c’est certainement de mon fait.

Ce roman est comme si le monde était a tout jamais définitivement expliqué et compris, sans mystère juste de sombres secrets et qu’il était un enfer de désespoir dont seul le sexe, l’alcool et les drogues pouvais nous en divertir.

Et puis quand j’y pense aujourd’hui ce 5 mai 2020, je me dis que le divertissement, c’est ce dont j’ai le moins besoin. L’univers dans lequel nous vivons, visons et devisons me semble un tel profond mystère que j’ai plus comme un désir, de m’en émerveiller. L’émerveillement à ceci de plus par rapport à le jouissance du divertissement c’est qu’au-delà du bonheur des instant, il me fait éprouver la joie, la joie d’être vivant, une joie hors du temps !

Le texte du lézard

Voici un texte publier sur Tweeter par Le_Lézard. Ce texte m’a retourné. J’ai pensé à François Cheng et « A notre dame ». J’aime dans son écriture fil par fil de tweeter cet numérotation qui me rappelle l’écriture biblique ! Ligne par ligne, phrase par phrase, pas à pas vers la paix.

On retrouve son texte soit sur Tweeter soit en intégralité à cette adresse internet avec ses choix de photo : https://threader.app/thread/1252151585964163072

Le Lézard https://twitter.com/Un_Lezard
@Un_Lezard
On l’attrape à la main mais il hante les palais de rois.
Micro-chroniques. Ontologie du secret.
A rejoint Twitter en juin 2019

Le Texte du lézard

Il se trouve que ces 2 dernières années, mon boulot a consisté à me tenir dans une cabine d’1 mètre carré juste à l’entrée d’une cathédrale du matin au soir. Le boulot était détestable, mais le cadre fut une expérience sociale et humaine tout à fait particulière. 1/

Le chiant d’abord : à l’ère du tourisme de masse, la fonction muséale des cathédrales prend le pas sur le reste. On alterne entre l’été un brouhaha insupportable et irrespectueux, et l’hiver des journées de solitude où l’on n’adressera pas une fois la parole à un être humain. 2/

Le consumérisme est si ancré que spontanément, vous voyant bosser dans une cathédrale, la plupart des visiteurs concluent que vous êtes marchand de souvenirs. Vous vous faîtes même régulièrement gronder par un touriste furieux que vous n’ayez pas de carte postale à lui proposer. 3/

Et quand ce n’est pas le touriste, c’est le pieux fidèle qui se croit mieux que lui mais procède aux mêmes raccourcis qui vient vous traiter de marchand du temple et vous balancer sa condescendance à la figure. Les cathos comme on les aiment. 4/

Pourtant, ces flots d’âmes habituées font ressortir par contraste les rencontres personnelles qu’une cathédrale offre comme aucun autre lieu, des rencontres tantôt superficielles, troublantes, profondes, terribles ou édifiantes. 5/

Il y a le touriste qui ne vous regarde pas comme un fournisseur de bibelots mais un connaisseur des lieux, et vous demande de lui conseiller quoi regarder ou de lui raconter l’histoire du monument. 6/

Il y a le fidèle irrégulier qui connaît mal les lieux mais recherche un prêtre, la chapelle de tel saint, le tronc pour les offrandes ou le diocèse, et qui est soulagé de pouvoir vous poser la question. En repartant il offre une bénédiction, parfois un chapelet ou une médaille. 7/

Et vous n’imaginez pas, dans la France sécularisée du XXI° siècle, combien les laissés-pour-compte sont toujours attirés par les cathédrales. Il y a bien sûr le mendiant attitré qui tient le parvis de l’église et le gère un peu en boutiquier… 8/

Mais il y a toute une ribambelle de marginaux et de détraqués, qui n’ont rien à envier à Quasimodo et aux personnages de la cour des miracles, et qui entrent dans le lieu saint en quête d’un bon samaritain et de choses plus mystérieuses. 9/

Ceux-là arrivent vers vous et vous balancent sans crier gare des détresses insupportables. Cette SDF vagabonde qui a l’âge de ma mère et qui traverse la France d’un bout à l’autre pour ne pas manquer l’anniversaire de sa fille, dont elle n’a pas la garde. 10/

Cet Africain torturé en Libye qui me montre une cage thoracique aux os retournés vers l’intérieur du torse, et que la police soumettra sous mes yeux à un interrogatoire avant de laisser le médecin que j’ai appelé regarder ses plaies. 11/

Ce SDF de 25 ans ravagé par l’alcoolisme, puant et tremblant, à qui je ne pouvais qu’offrir de temps en temps une bouteille d’eau en m’inquiétant pour sa vie, que je retrouve un matin écroulé à la porte de la cathédrale, ayant passé la nuit sur le parvis avec une jambe brisée. 12/

Pendant que j’appelais les pompiers, le visage dévasté par la honte et la souffrance physique de s’être contenu si longtemps, il a devant moi baissé son caleçon et uriné sur le lieu saint. C’était terrible comme le Livre de Job. 13/

Et puis il y a les détraqués psychiques : ceux qui reviennent à intervalles plus ou moins réguliers déclamer leur charabia dans la nef, parfois en montant en chaire (tant qu’à faire)… Et ceux qui se dirigent droit vers le gus dans sa boîte à l’entrée. 14/

Ils énoncent des phrases sans queue ni tête où l’on ne perçoit qu’une abominable souffrance. J’essaye d’établir juste assez de communication pour vérifier qu’ils ont un toit où dormir, et je me maudis de mon matérialisme pendant qu’ils évoquent Jésus et Marie dans leur charabia. 15/

Je me trouve minable de ne pas savoir répondre à une détresse foncièrement spirituelle. Blessés dans le corps ou dans l’esprit, ils me demandent régulièrement la permission de prier dans la nef. « Bah oui pas besoin de permission ». 16/

Mais parfois ils reprennent : « Vous me promettez que personne ne va venir me mettre dehors ? », habitués à être jetés de partout, et ils m’arrachent des serments solennels pour une banalité. Ensuite ils se mettent dans la nef parfois pour plusieurs heures. 17 /

Ils y trouvent un repos physique, et un apaisement je crois à cause de la quiétude (l’hiver, pas l’été…) et de la douce majesté de l’architecture gothique. Je le dis sans orgueil : j’ai peut-être été le type de France le plus confronté à la cour des miracles des cathédrales. 18/

Les prêtres ne sont là que peu d’heures par semaine, et les sacristines courent dans tous les sens pour faire plein de choses. Moi, j’étais enchaîné à la porte d’entrée, un lézard en guise de cerbère, sans l’attirail marchand qui éloigne ceux qui sont sans le sous. 19/

Et même en circulant dans les milieux cathos, j’ai l’impression qu’on n’y connaît pas le carnaval qui continue de défiler dans nos lieux saints. Ou alors je me trompe et les autres lézards portiers savent mieux que moi garder le silence. 20/

Mais allégeons l’ambiance : quand on est toute la journée toute l’année dans une cathédrale, on croise aussi les agents des Monuments Historiques, de la DRAC et de quelques autres institutions bien de chez nous. 21/

Ils parlent de murs, d’entretien, de sécurité, de politique patrimoniale, de politique tout court. Interagissant avec le clergé sans en être, avec la politique sans en être, avec le monde de l’entreprise sans en être, ils deviennent des Janus à 3 ou 4 visages. 22/

Ces drôles de sphinx sont les jointures des dispositions si particulières de la loi de 1905 sur le patrimoine religieux. Ils maintiennent la cathédrale debout, malgré la gabegie qu’est la conservation du patrimoine religieux français, mais passent à côté de son essentiel. 23/

Ils ne regardent pas l’Africain torturé ou la SDF vagabonde, mais c’est grâce à eux et notre drôle de législation que les cathédrales sont toujours des asiles pour les Quasimodo et les Esmeralda de notre époque. 24/

(C’est du fait de cette législation aussi que je suis enchaîné à mon poste, où je peux jouer les bons samaritains de pacotille, jusqu’à ce que mon boulot détestable me fasse péter un câble et remettre ma démission). 25/

Bien sûr, la cathédrale est aussi un espace liturgique ; une liturgie qui ne s’accomplit que quelques heures par semaine, et être enfermé dans une cathédrale n’a finalement pas grand chose de monastique. 26/

Mais évidemment, cette finalité liturgique coordonne toute la conception du monument, et toutes les attitudes qu’on y rencontre, celle du fidèle, du touriste, du réfugié, du lunatique ou du blasphémateur sont comme des échos plus ou moins harmonieux du service divin. 27/

La liturgie en soi rythme les journées (un peu), les semaines (surtout), l’année, avec les affluences de bons cathos à telle heure, tel jour, telle fête. Et il y a les cérémonies individuelles : les baptêmes, les mariages, les enterrements. 28 /

Là aussi, ce sont des occasions tantôt superficielles, profondes ou édifiantes. Il y a les chansons d’un horrible mauvais goût que les mariés ont insisté pour faire résonner sous les voûtes gothiques, ou les funérailles moins triste de deuil que de banalité… 29/

…et l’endurcissement du cœur qu’on surprend à l’intérieur de soi quand on en est au vingtième mariage depuis le début du mois de juin ou le quinzième enterrement de l’hiver. Mais il y a aussi les moments où l’endurcissement se brise. 30/

Il y a 2 ans, un ami très cher s’est donné la mort et j’ai dû surmonter ce deuil de façon bien solitaire (pardon pour l’impudeur, m’enfin à ce stade du thread on est plus à ça près). Il y a quelques mois je me suis senti mystérieusement foudroyé. 31/

Je suis en-dehors de la nef, soulevant la barre de fer d’une porte de cloître que je dois ouvrir chaque matin ; je sens mes bras et mes jambes se paralyser, et je me retrouve à terre, la barre sur mes genoux, l’image de mon ami en tête, pleurant sans comprendre ce qui me possède. 32 /

Je me reprends et continue mon travail : j’ouvre la lourde porte et dans la nef, me voilà face à une famille sur le point de célébrer les funérailles d’un suicidé de 19 ans. Je ne sais par quelles phéromones, chakras ou énergies telluriques leur douleur est allé saisir la mienne. 33/

Mais ça aussi ça fait partie de ce qu’est une cathédrale, et de ce qu’y trouvent des gens parfois très éloignés des enseignements de l’Église. Il est fréquent que les visiteurs viennent me voir dans ma boîte pour avoir le plaisir de partager avec moi leurs hérésies. 34/

Il y a ceux qui se sont éloignés de la foi, les athées qui tiennent absolument à me dire en rentrant qu’ils ne croient pas en Dieu (grand bien leur fasse), et les « spirituels mais pas religieux » qui ont le défaut de se croire original alors qu’ils sont assez courants. 35/

D’autres ont des dogmes plus précis, et sont convaincus que les bâtisseurs de cathédrale les partageaient. Les plus pénibles sont ceux qui mêlent ésotérisme et conspirationnisme dans leurs histoires de templiers atlantes bâtisseurs de pyramides… 36/

Ceux-là vivent dans une dissonance cognitive permanente qui les rend très égocentriques et les remplit de haine envers quiconque n’adhère pas spontanément à leurs billevesées. Mais d’autres ont la sagesse de séparer leur foi de toute démonstration pseudo-scientifique… 37/

…ainsi ce pèlerin qui m’a demandé si je savais où il pouvait le mieux se connecter aux énergies telluriques de la cathédrale, et qui devant mon abasourdissement s’est éloigné sans chercher à me convertir. 38/

J’ai bien vu sur son visage qu’il craignait, comme il devait en avoir l’habitude, que je me moque d’une croyance pourtant guère plus farfelue que celle de la Résurrection. Or, n’en déplaise aux gardiens de la vraie foi, ces gens là sont aussi des fidèles de nos cathédrales. 39/

Parfois, les différences religieuses sont mâtinées de haine, et s’approchent terriblement des gouffres du Mal. Au niveau le plus superficiel, il y a l’anticlérical militant, qui en me voyant enfermé dans ma boîte me suppose immédiatement au service de l’Ennemi. 40/

Ce laïcard connaît donc fort mal les dispositions de la loi de 1905 et diffère peu du pharisien catho qui me traite de marchand du temple. Lui me crache que je suis le laquais des fanatiques et des pédophiles, puis va contempler l’élégance de la nef gothique. 41/

Si sa rancœur découle de crimes ou de peccadilles que l’Église à commises contre lui, je suis bien mécontent d’en être le bouc émissaire. Mais c’est bien moins grave que la découverte que me signale un fidèle après le passage d’un groupe scolaire. 42/

Quelques adolescents se sont attardés près du cahier destiné aux intentions de prières et l’on recouvert de « Allahu akbar » et « L’Islam vaincra » puis sont ressortis, minables et goguenards, tout fiers d’avoir accompli le djihad à la portée des caniches. 43/

L’anticlérical a sa vie intérieure que lui seul connaît, l’adolescent musulman a toute la vie pour ne pas devenir terroriste, et il y a même quelques cathos qui ont une chance d’échapper à l’Enfer. Mais une cathédrale est aussi aujourd’hui un lieu de violence larvée. 44/

Et enfermé dans ma boîte d’allumette, je sais qu’il n’est pas strictement impossible qu’un taré à mitraillette débarque un jour et me sorte de mon emmerdement en m’expédiant dans l’outre-tombe. En attendant, la cathédrale est le terrain de criminels moins ambitieux. 45/

Les voleurs à l’arrachée savent qu’il n’y a rien de plus vulnérable qu’une personne en prière, et régulièrement, un fidèle (souvent une femme) se précipite à moi pour me dire que son sac a disparu pendant ses dévotions. 46/

Elle est effondrée par le regard impuissant et surtout tristement habitué que je lui tends. Moi-même je me dégoûte de m’habituer à ce que le lieu saint soit le théâtre de ces turpitudes, et je lui assure ma sympathie sans cacher que le voleur n’a aucune chance d’être retrouvé. 47/

Donc, voilà ce qu’est une cathédrale aujourd’hui : un attrape-touriste, une maison de prière, un asile de marginaux, un lieu de rencontre, un enjeu de pouvoir, un repaire d’hérétiques et une caverne de brigands. Peu de choses on changé depuis Suger et depuis Salomon. 48/

Mais ceux qui veulent réduire la cathédrale à sa fonction muséale ne sont pas des esprits cultivés, mais des âmes en jachère, ou pour le dire plus directement, des énormes beaufs. 49/

Ceux qui voudraient la réserver aux vrais croyants n’ont de toute évidence rien compris à la parabole du bon grain et de l’ivraie, ni à la théologie de l’asile. 50/

Et les gauchistes qui ne s’attristeraient pas de la voir détruite ont moins de souci des plus faibles que d’égocentrisme culturel. 51/

Au-delà des polémiques où je prends le risque de m’enfoncer, sans doute avec injustice, je voudrais surtout partager le point de vue panoramique, et je crois peut-être unique, auquel je me suis trouvé enchaîné deux années durant. 52/

Il est normal que ceux qui ne voient la cathédrale que sous un angle particulier aient la tentation de la réduire à cet aspect, et j’espère que mon partage leur sera utile. 53/

Je me souviens avec douleur de toutes les fois où j’ai manqué d’attention, de patience, de gentillesse ou de subtilité avec la personne qui se rapprochait de ma prison, et où j’ai vu repartir un prochain dont je ne saurai jamais s’il avait besoin de moi. 54/

Je crains plus que tout les aveuglements dont je dois encore être prisonnier, ce qui a échappé à ma vue durant deux ans, et ce qui lui échappe encore dans la cathédrale du monde. 55/

Quand Isaïe et le Jean de l’Apocalypse rentrent dans le cœur du Temple, ils n’y découvrent pas une leçon d’architecture, mais « ce qui remplit le Ciel et la Terre ». Cela y est toujours, et il n’est pas besoin d’être prophète pour le contempler. Paix à tous ! 56/

Paix sur vous de ma part aussi !

Noces et festins par Victor Hugo

Recueil : Les chants du crépuscule (1836)

La salle est magnifique et la table est immense.
Toujours par quelque bout le banquet recommence,
Un magique banquet, sans cesse amoncelé
Dans l’or et le cristal et l’argent ciselé.
A cette table auguste, où siègent peu de sages,
Tous les sexes ont place ainsi que tous les âges.
Guerrier de quarante ans au profil sérieux,
Jeune homme au blond duvet, jeune fille aux doux yeux,
Enfant qui balbutie et vieillard qui bégaye,
Tous mangent, tous ont faim, et leur faim les égaye,
Et les plus acharnés sont, autour des plats d’or,
Ceux qui n’ont plus de dents ou n’en ont pas encor !
Casques, cimiers, fleurons, bannières triomphales
Les lions couronnés, les vautours bicéphales,
Les étoiles d’argent sur le sinople obscur,
L’abeille dans la pourpre et le lys dans l’azur,
Les chaînes, les chevrons, les lambels, les losanges,
Tout ce que le blason a de formes étranges,
De léopards ailés, d’aigles et de griffons,
Tourbillonne autour d’eux, se cramponne aux plafonds,
Se tord dans l’arabesque entre leurs pieds jetée,
Plonge un bec familier dans leur coupe sculptée,
Et suspend aux lambris main drapeau rayonnant,
Qui, des poutres du toit jusqu’à leurs fronts traînant,
Les effleure du bout de sa frange superbe,
Comme un oiseau dont l’aile en passant touche l’herbe.

Et comme à ce banquet tout résonne ou reluit,
On y croit voir jouter la lumière et le bruit.

La salle envoie au ciel une rumeur de fête.
Les convives ont tous une couronne en tête,
Tous un trône sous eux où leur orgueil s’assied,
Tous un sceptre à la main, tous une chaîne au pied ;
Car il en est plus d’un qui voudrait fuir peut-être,
Et l’esclave le mieux attaché c’est le maître.

Le pouvoir enivrant qui change l’homme en dieu ;
L’amour, miel et poison, l’amour, philtre de feu
Fait du souffle mêlé de l’homme et de la femme,
Des frissons de la chair et des rêves de l’âme ;
Le plaisir, fils des nuits, dont l’œil brûlant d’espoir
Languit vers le matin et sa rallume au soir ;
Les meutes, les piqueurs, les chasses effrénées
Tout le jour par les champs au son du cor menées ;
La soie et l’or ; les lits de cèdre et de vermeil,
Faits pour la volupté plus que pour le sommeil,
Où, quand votre maîtresse en vos bras est venue,
Sur une peau de tigre on peut la coucher nue ;
Les palais effrontés, les palais imprudents
Qui, du pauvre enviées, lui font grincer des dents ;
Les parcs majestueux, pleins d’horizons bleuâtres,
Où l’œil sous le feuillage entrevoit des albâtres,
Où le grand peuplier tremble auprès du bouleau,
Où l’on entend la nuit des musiques sur l’eau ;
La pudeur des beautés facilement vaincue ;
La justice du juge à prix d’or convaincue ;
La terreur des petits, le respect des passants,
Cet assaisonnement du bonheur des puissants ;
La guerre ; le canon tout gorgé de mitrailles
Qui passe son long cou par-dessus les murailles ;
Le régiment marcheur, polype aux mille pieds ;
La grande capitale aux bruits multipliés ;
Tout ce qui jette au ciel, soit ville, soit armée,
Des vagues de poussière et des flots de fumée ;
Le budget, monstre énorme, admirable poisson
A qui de toutes parts on jette l’hameçon,
Et qui, laissant à flots l’or couler de ses plaies,
Traîne un ventre splendide, écaillé de monnaies ;
Tels sont les mets divins que sur des plats dorés
Leur servent à la fois cent valets affairés,
Et que dans son fourneau, laboratoire sombre,
Souterrain qui flamboie au-dessous d’eux dans l’ombre,
Prépare nuit et jour pour le royal festin
Ce morose alchimiste, appelé le Destin !

Le sombre amphitryon ne veut pas de plats vides,
Et la profusion lasse les plus avides ;
Et, pour choisir parmi tant de mets savoureux,
Pour les bien conseiller, sans cesse, derrière eux,
Ils ont leur conscience ou ce qu’ainsi l’on nomme,
Compagnon clairvoyant, guide sûr de tout homme,
A qui, par imprudence et dès les premiers jeux,
Les nourrices des rois crèvent toujours les yeux.

Oh ! ce sont là les grands et les heureux du monde !
Ô vie intarissable où le bonheur abonde !
Ô magnifique orgie ! ô superbe appareil !
Comme on s’enivre bien dans un festin pareil !
Comme il doit, à travers ces splendeurs éclatantes,
Vous passer dans l’esprit mille images flottantes !
Que les rires, les voix, les lampes et le vin
Vous doivent faire en l’âme un tourbillon divin !
Et que l’œil ébloui doit errer avec joie
De tout ce qui ruisselle à tout ce qui flamboie !

Mais tout à coup, tandis que l’échanson rieur
Leur verse à tous l’oubli du monde extérieur ;
A l’heure où table, et salle, et valets, et convives,
Et flambeaux couronnés d’auréoles plus vives,
Et l’orchestre caché qui chante jour et nuit,
Epanchent plus de joie, et de flamme, et de bruit,
Hélas ! à cet instant d’ivresse et de délire,
Où le banquet hautain semble éclater de rire,
Narguant le peuple assis à la porte en haillons,
Quelqu’un frappe soudain l’escalier des talons,
Quelqu’un survient, quelqu’un en bas se fait entendre,
Quelqu’un d’inattendu qu’on devrait bien attendre.

Ne fermez pas la porte. Il faut ouvrir d’abord.
Il faut qu’on laisse entrer. – Et tantôt c’est la mort,
Tantôt l’exil qui vient, la bouche haletante,
L’une avec un tombeau, l’autre avec une tente,
La mort au pied pesant, l’exil au pas léger,
Spectre toujours vêtu d’un habit étranger.

Le spectre est effrayant. Il entre dans la salle,
Jette sur tous les fronts son ombre colossale,
Courbe chaque convive ainsi qu’un arbre au vent,
Puis il en choisit un, le plus ivre souvent,
L’arrache du milieu de la table effrayée,
Et l’emporte, la bouche encor mal essuyée !

Le 20 août 1832.

Un 5 avril 2020 de Confinement

Prodiceus – Suivi du Choix d'Héraclès par Damien Hauswirth

Quelques vers glanés

(Sans souci de prévenir à temps
Laissant
Une assiette vide
Une place vide.
Ne devenant
Un peu plus Jour après jour
Qu’un absent.)

Pas de rêves brisés
Comme la ballerine blessée
Comme le sportif blessé

Et une expérience de lecture en ces temps

Un recueil de poésie sous forme d’incantation
Comme des confessions d’aujourd’hui.
Véritablement beau et claire
Aux mots humbles, sans orgueil.
Touchant en vérité.
Nécessaire en vérité.
En ces temps confinés de COVID-19.
Chaque personne humaine pourrait se regarder en face
Se poser les questions
Et incanter ses propres confessions.
Bravo de prendre cette voie Saint Augustinienne
Merci

J’aurais aimé peut-être une septième incantation, mais ce jour est fait pour le repos.

QUAND JE PENSE À MA MÈRE DE Marceline Desbordes-Valmore

Ma mère est dans les cieux, les pauvres l’ont bénie :
Ma mère était partout la grâce et l’harmonie.

Jusque sur ses pieds blancs, sa chevelure d’or
Ruisselait comme l’eau, Dieu ! J’en tressaille encor !

Et quand on dişait d’elle : « Allons voir la Madone »,
Un orgueil m’enlevait, que le ciel me pardonne !

Ce tendre orgueil d’enfant, ciel ! pardonnez-le nous :
L’enfant était si bien dans ses chastes genoux !

C’est là que j’ai puisé la foi passionnée
Dont sa famille errante est toute sillonnée.

Mais jamais ma jeune âme en regardant ses yeux,
Ses doux yeux même en pleurs, n’a pu croire qu’aux cieux.

Et quand je rêve d’elle avec sa voix sonore,
C’est au-dessus de nous que je l’entends encore.

Oui, vainement ma mère avait peur de l’enfer,
Ses doux yeux, ses yeux bleus n’étaient qu’un ciel ouvert.

Oui, Rubens eût choisi sa beauté savoureuse
Pour montrer aux mortels la Vierge bienheureuse.

Sa belle ombre qui passe à travers tous mes jours,
Lorsque je vais tomber me relève toujours.

Toujours entre le monde et ma tristesse amère,
Pour m’aider à monter je vois monter ma mère !

Ah ! l’on ne revient pas de quelque horrible lieu,
Et si tendre, et si mère, et si semblable à Dieu !

On ne vient que d’en haut si prompte et si charmante
Apaiser son enfant dont l’âme se lamente.

Et je voudrais lui rendre aussi l’enfant vermeil
La suivant au jardin sous l’ombre et le soleil ;

Ou, couchée à ses pieds, sage petite fille,
La regardant filer pour l’heureuse famille.

Je voudrais, tout un jour oubliant nos malheurs,
La contempler vivante au milieu de ses fleurs !

Je voudrais, dans sa main qui travaille et qui donne,
Pour ce pauvre qui passe aller puiser l’aumône.

Non, Seigneur! Sa beauté, si touchante ici-bas,
De votre paradis vous ne l’exilez pas.

Ce soutien des petits, cette grâce fervente
Pour guider ses enfants si forte, si savante,

Vous l’avez rappelée où vos meilleurs enfants
Respirent à jamais de nos jours étouffants.

Mais moi, je la voulais pour une longue vie
Avec nous et par nous honorée et suivie,

Comme un astre éternel qui luit sans s’égarer,
Que des astres naissants suivent pour s’éclairer,

Je voulais jour par jour, adorante et naïve,
Vous contempler, Seigneur ! dans cette clarté vive…

Elle a passé ! Depuis, mon sort tremble toujours
Et je n’ai plus de mère où s’attachent mes jours.

Les Piliers de la terre par Ken Follett

Lu il y a 17 ans !
Revue dans ma bibliothèques dans laquelle j’avais besoin de faire de la place et hop au rebut ! J’ai feuilleté quelque pages !
« Best-seller de base » et j’ai fini par l’oublier avec le temps. Un produit de consommation qui s’est consumé dans mon esprits !
Je ne me souviens plus s’il m’avait diverti. Avais-je besoin de divertissement en ce temps là ?
Je ne crois pas donner des avis qui ne soient pas intimement personnels. Ce ne sont pas des critiques à proprement parlé, je ne suis pas un professionnel de la critique, ce sont juste des instantanés d’expérience de lecture. Certaines de ces expériences sont inoubliables (Le cycle de Dune) d’autres ne me laissent aucunes traces, aucun dépôt rien.
C’est ainsi ! En aucune façon je ne souhaite blesser des personne qui ont aimé ce qui m’a laissé indifférent, ceux-là même se serait peut-être ennuyé à la lecture du cycle de Dune ou de parties Communes d’Anne Vassivière !

Civilizations par Laurent Binet

Pas de citations

Je n’ai trouvé aucune phrase qui me donne envie de les prendre comme citation.

Mon expérience de lecture

C’est ainsi…

Je me suis ennuyé comme trois points de suspensions en attente …

Et pourtant c’est une forme que je trouve toujours riche
L’Uchronie.
Mais là rien…

Je me suis ennuyé comme trois points de suspensions en attente …

Où sont les maitre du haut château, complot contre l’Amérique, la part de l’autre, la séparation, rêves de gloire, rêves de fer, à perte de temps … etc…
Mais là Rien …
Juste l’ennui …

Ce n’était pas pour moi, finalement.

A 4158