La tragédie de Léto par Franck Herbert

La tragédie de Léto, re-voir, re-lire, le re-tour du « re »

Pour la 13ème fois je termine la tragédie de Léto II de Franck Herbert à travers « Les enfants de Dune » et l’Empereur Dieu de Dune ».
J’entends la question : 13ème fois ? Pourquoi ?

Comme la tragédie de Paul dans « Dune » et le « Messie de Dune », c’est une tragédie. Qui ne va pas revoir « Phèdre » ou « Roméo et Juliette » au théâtre sous prétexte qu’il l’aurait vu précédemment ? La réponse est dans la mise-en-scène, lale metteureuse en scène.
Un·e lecteuriste est également un·e metteureuse en scène de ses propres lectures. Iel n’est spectateuriste réellement que dans le souvenir de sa lecture.

(Aller, j’arrête avec l’inclusif qui pourtant est nécessaire et je vais plutôt utiliser le féminin qui représente la majorité des lectrices.)

Relire c’est faire l’expérience de sa propre évolution en tant que metteuse en scène, de faire l’expérience de ses propres transformations. Relire est un acte de foi. C’est faire confiance à ses propres métamorphoses et d’être capable d’accepter le constat de ses propres changements intérieurs par la nouvelle mise-en-scène qui va surgir à la re-lecture. C’est accepter de s’aventurer sur une nouvelle création ayant pour base la même chorégraphie des mots.

Je suis un grand digresseur et mes re-lectures bien souvent entraine cette qualité (?) de la digression. L’oraison carmélite est un acte de Foi. Elle demande de faire le silence de l’âme pour vivre l’expérience de la relation amicale avec Dieu. Cette rencontre est intérieure et digressive. La digression est un chemin doré qui permet de ne jamais rester sur une idée fixe, un problème à résoudre par des mots ancrés. Non l’oraison est comme la danse, le Keiko du Kendo ou une partie de jeu de rôle autour de la table avec des joueuses.

La Danse, plus particulièrement la Danse contemporaine qui ne se fixe pas comme la danse classique ou se veut spectaculaire comme les Streets Danses, explore en utilisant et créant un langage non verbal, un langage sacré qui s’aborde par la relation, par la notion de sujet et pas celle d’objet, par la relation subjective et pas l’observation objective, un langage sacré qui provoque une ouverture mystérieuse et profonde chez les danseuses en même temps que les spectatrices.

Léto II. Léto est l’Empereur Dieu. Il est Empereur tenant par ses décisions et son armée si particulière le pouvoir temporel, il est Dieu tenant la puissance éternelle qui exige de son armée d’apprendre à Danser, la danse de la vie, celle toujours inattendue. Il existe et en même temps « était-sera » pour construire le chemin doré, le sentier d’or, la voie de la digression permanente qui ouvre sur l’immortalité de la vie et l’éternité de nos vies, il nous y invite aussi à danser sur cette route en participant à sa création.

Voilà mon RE-DUNE pour la 13ème fois (j’attends avec impatience la sortie des deux derniers tomes, la tragédie du Bene Gesserit dans la collection ailleurs et demain). Je vous invite à vivre l’expérience du « re » comme revoir « sur la route de Madison » revoir les chorégraphies de Pina Bausch ou Dominique Bagouet et Anne Teresa De Keersmaeker et à voir de la danse contemporaine à vous inscrire à du kendo ou tout art martial et à pratiquer le jeu de rôle.

Relisez, empruntez ce sentier d’or. Et si vous le pouvez, poser un acte de foi, priez…
Bonne vie à vous tous.

De Marc à Herbert

Avant Marc,
Avant son évangile,
Écrire consistait à aligner les mots
Alignés pour être lus à pleine voix
Lu en proclamation
En déclamation
En déclaration
En confession
En réquisitoire
En éloquence.

Par des acteurs
Des avocats
Des politiques
Des poètes
Des prêtres
Pour un public
Une assemblée
Des badauds de passage
Des citoyens
Des étudiants.

Le livre était un rouleau
A la lecture séquentielle
Suivi au doigt du début à la fin.
Le livre était écouté.

Il y eu Marc
Il y eu son évangile.
Et pour la première fois
Il y a un lecteur silencieux
Un lecteur a qui s’adresse Marc dans le silence des mots.

Commencement de l’évangile de Jésus, Christ, fils de Dieu
Voici que j’envoie mon messager en avant de toi
Pour ouvrir ton chemin.

Et puis son baptême

Or, en ce temps-là, Jésus vint de Nazareth, un village de Galilée. Il fut baptisé par Jean dans le Jourdain
Au moment où il sortait de l’eau, il vit le ciel se déchirer et l’Esprit descendre sur lui comme une colombe. Une voix retentit alors du ciel : — Tu es mon Fils bien-aimé, tu fais toute ma joie.

Et voilà seul le narrateur, le lecteur et Dieu Fils savent que Jésus est le fils de Dieu Masque Père. Persona est un masque.
Il meurt de la mort lamentable de la croix
Il ressuscite le dimanche, premier et troisième jour
Il parle aux trois femmes qui prise de peur s’enfuit
Et voilà fin réel de l’évangile de Marc.
Maintenant, le lecteur à finis
Que lui reste-t-il ?
Juste une question non écrite :
« Et toi qu’aurais-tu fais ? »
« Et toi qu’est-ce que tu fais maintenant ? »

Marc et près de 1900 ans plus tard Franck Herbert écrit Dune et le Messie de Dune.
Les romans sont nés.
Le roman est un codex, ce livre si libre !
Ce livre ou je peux plonger en n’importe quelle page.
Ce livre ou je sais y trouver des personnages
Des masques réels qui m’éclaire sur le mystère de vivre.
La vie et ces mots qui lorsque lu à voix basse nous pénètre
Les masques prennent formes
Les masques prennent vie.
Je lis Dune comme je lis Marc
Je connais toute l’histoire
Mais j’y retourne pour retrouver ces masques
Ces personnages
Léto
Paul
Jessica
Duncan
Chani
Gurney
Le baron aussi
Je sais la tragédie de tous
Et je reviens pour une treizième lecture
Je relis Dune comme je relis Marc
Pour y retrouver personnellement Jésus
Je pourrais me dire quoi de nouveau
Et je découvre que tout est nouveau
Tout est là, mystérieusement nouveau
J’aimerais sortir de la tragédie
Et pourtant c’est cela qui fait leur grandeur.

Dune a pénétré mon âme, jusqu’à la porte de l’esprit
Car Herbert me livre les pensées profondes des masques.
Et ces pensées profondes me remplissent de montagne de question
Et dans ces montagnes, j’entends un écho.
L’écho de la vie.

Un autre roman me révèle ces intérieurs
C’est « Parties Communes » de l’autrice
Anne Vassivière.

Et voilà
Voilà pour Dune
Voilà pour le Messie de Dune
Voilà pour L’évangile de Marc
Et « Parties Communes »

2020, en 1985 j’avais 23 ans

J’ai eu 23 ans
En 1985
Un café
Et déjà ma cafetière italienne
Je sortais du mauvais chemin
Je peignais
J’explorais le « Non ! »
Et une peinture Chamanique
Je lisais Carlos Castaneda

Je lisais le cycle de Dune
Pour la deuxième fois
Et je découvrais Donjon et Dragon
La boite Rouge
J’avais 23 ans
C’était en 1985
J’avais déjà connu la mort !