Hey Sensei

Oui, maitre !
De cet enseignant, Pourquoi, j’accepte ?

Comme nous, il entre dans le Dojo.
Comme nous, il salut le lieu.
Comme nous, il nous salut.

Demande ?
Nous demandons,
Nous nous demandons.
Comment ?
Comment bien faire ?
Comment mieux faire ?

Il enseigne.
Il nous montre le chemin qu’il a pris
Il nous montre au loin la lumière,
Il nous montre comment il avance,
Comment, il aimerait l’atteindre.
Il nous invite à trouver notre chemin,
Il nous montre nos propres obstacles.
Parfois, Il nous aide,
Parfois il nous sauve.
Parfois il nous invite a prendre un autre sentier.
Parfois il nous attend.

Il demande.
As-tu compris ?
Hey sensei !

De mon enseignant, Pourquoi, j’accepte ?
Parce qu’il est comme nous, Confiant,
Sur un chemin à créer en le parcourant,
Pour aller vers cette lumière, le Kendo.

Le texte du lézard

Voici un texte publier sur Tweeter par Le_Lézard. Ce texte m’a retourné. J’ai pensé à François Cheng et « A notre dame ». J’aime dans son écriture fil par fil de tweeter cet numérotation qui me rappelle l’écriture biblique ! Ligne par ligne, phrase par phrase, pas à pas vers la paix.

On retrouve son texte soit sur Tweeter soit en intégralité à cette adresse internet avec ses choix de photo : https://threader.app/thread/1252151585964163072

Le Lézard https://twitter.com/Un_Lezard
@Un_Lezard
On l’attrape à la main mais il hante les palais de rois.
Micro-chroniques. Ontologie du secret.
A rejoint Twitter en juin 2019

Le Texte du lézard

Il se trouve que ces 2 dernières années, mon boulot a consisté à me tenir dans une cabine d’1 mètre carré juste à l’entrée d’une cathédrale du matin au soir. Le boulot était détestable, mais le cadre fut une expérience sociale et humaine tout à fait particulière. 1/

Le chiant d’abord : à l’ère du tourisme de masse, la fonction muséale des cathédrales prend le pas sur le reste. On alterne entre l’été un brouhaha insupportable et irrespectueux, et l’hiver des journées de solitude où l’on n’adressera pas une fois la parole à un être humain. 2/

Le consumérisme est si ancré que spontanément, vous voyant bosser dans une cathédrale, la plupart des visiteurs concluent que vous êtes marchand de souvenirs. Vous vous faîtes même régulièrement gronder par un touriste furieux que vous n’ayez pas de carte postale à lui proposer. 3/

Et quand ce n’est pas le touriste, c’est le pieux fidèle qui se croit mieux que lui mais procède aux mêmes raccourcis qui vient vous traiter de marchand du temple et vous balancer sa condescendance à la figure. Les cathos comme on les aiment. 4/

Pourtant, ces flots d’âmes habituées font ressortir par contraste les rencontres personnelles qu’une cathédrale offre comme aucun autre lieu, des rencontres tantôt superficielles, troublantes, profondes, terribles ou édifiantes. 5/

Il y a le touriste qui ne vous regarde pas comme un fournisseur de bibelots mais un connaisseur des lieux, et vous demande de lui conseiller quoi regarder ou de lui raconter l’histoire du monument. 6/

Il y a le fidèle irrégulier qui connaît mal les lieux mais recherche un prêtre, la chapelle de tel saint, le tronc pour les offrandes ou le diocèse, et qui est soulagé de pouvoir vous poser la question. En repartant il offre une bénédiction, parfois un chapelet ou une médaille. 7/

Et vous n’imaginez pas, dans la France sécularisée du XXI° siècle, combien les laissés-pour-compte sont toujours attirés par les cathédrales. Il y a bien sûr le mendiant attitré qui tient le parvis de l’église et le gère un peu en boutiquier… 8/

Mais il y a toute une ribambelle de marginaux et de détraqués, qui n’ont rien à envier à Quasimodo et aux personnages de la cour des miracles, et qui entrent dans le lieu saint en quête d’un bon samaritain et de choses plus mystérieuses. 9/

Ceux-là arrivent vers vous et vous balancent sans crier gare des détresses insupportables. Cette SDF vagabonde qui a l’âge de ma mère et qui traverse la France d’un bout à l’autre pour ne pas manquer l’anniversaire de sa fille, dont elle n’a pas la garde. 10/

Cet Africain torturé en Libye qui me montre une cage thoracique aux os retournés vers l’intérieur du torse, et que la police soumettra sous mes yeux à un interrogatoire avant de laisser le médecin que j’ai appelé regarder ses plaies. 11/

Ce SDF de 25 ans ravagé par l’alcoolisme, puant et tremblant, à qui je ne pouvais qu’offrir de temps en temps une bouteille d’eau en m’inquiétant pour sa vie, que je retrouve un matin écroulé à la porte de la cathédrale, ayant passé la nuit sur le parvis avec une jambe brisée. 12/

Pendant que j’appelais les pompiers, le visage dévasté par la honte et la souffrance physique de s’être contenu si longtemps, il a devant moi baissé son caleçon et uriné sur le lieu saint. C’était terrible comme le Livre de Job. 13/

Et puis il y a les détraqués psychiques : ceux qui reviennent à intervalles plus ou moins réguliers déclamer leur charabia dans la nef, parfois en montant en chaire (tant qu’à faire)… Et ceux qui se dirigent droit vers le gus dans sa boîte à l’entrée. 14/

Ils énoncent des phrases sans queue ni tête où l’on ne perçoit qu’une abominable souffrance. J’essaye d’établir juste assez de communication pour vérifier qu’ils ont un toit où dormir, et je me maudis de mon matérialisme pendant qu’ils évoquent Jésus et Marie dans leur charabia. 15/

Je me trouve minable de ne pas savoir répondre à une détresse foncièrement spirituelle. Blessés dans le corps ou dans l’esprit, ils me demandent régulièrement la permission de prier dans la nef. « Bah oui pas besoin de permission ». 16/

Mais parfois ils reprennent : « Vous me promettez que personne ne va venir me mettre dehors ? », habitués à être jetés de partout, et ils m’arrachent des serments solennels pour une banalité. Ensuite ils se mettent dans la nef parfois pour plusieurs heures. 17 /

Ils y trouvent un repos physique, et un apaisement je crois à cause de la quiétude (l’hiver, pas l’été…) et de la douce majesté de l’architecture gothique. Je le dis sans orgueil : j’ai peut-être été le type de France le plus confronté à la cour des miracles des cathédrales. 18/

Les prêtres ne sont là que peu d’heures par semaine, et les sacristines courent dans tous les sens pour faire plein de choses. Moi, j’étais enchaîné à la porte d’entrée, un lézard en guise de cerbère, sans l’attirail marchand qui éloigne ceux qui sont sans le sous. 19/

Et même en circulant dans les milieux cathos, j’ai l’impression qu’on n’y connaît pas le carnaval qui continue de défiler dans nos lieux saints. Ou alors je me trompe et les autres lézards portiers savent mieux que moi garder le silence. 20/

Mais allégeons l’ambiance : quand on est toute la journée toute l’année dans une cathédrale, on croise aussi les agents des Monuments Historiques, de la DRAC et de quelques autres institutions bien de chez nous. 21/

Ils parlent de murs, d’entretien, de sécurité, de politique patrimoniale, de politique tout court. Interagissant avec le clergé sans en être, avec la politique sans en être, avec le monde de l’entreprise sans en être, ils deviennent des Janus à 3 ou 4 visages. 22/

Ces drôles de sphinx sont les jointures des dispositions si particulières de la loi de 1905 sur le patrimoine religieux. Ils maintiennent la cathédrale debout, malgré la gabegie qu’est la conservation du patrimoine religieux français, mais passent à côté de son essentiel. 23/

Ils ne regardent pas l’Africain torturé ou la SDF vagabonde, mais c’est grâce à eux et notre drôle de législation que les cathédrales sont toujours des asiles pour les Quasimodo et les Esmeralda de notre époque. 24/

(C’est du fait de cette législation aussi que je suis enchaîné à mon poste, où je peux jouer les bons samaritains de pacotille, jusqu’à ce que mon boulot détestable me fasse péter un câble et remettre ma démission). 25/

Bien sûr, la cathédrale est aussi un espace liturgique ; une liturgie qui ne s’accomplit que quelques heures par semaine, et être enfermé dans une cathédrale n’a finalement pas grand chose de monastique. 26/

Mais évidemment, cette finalité liturgique coordonne toute la conception du monument, et toutes les attitudes qu’on y rencontre, celle du fidèle, du touriste, du réfugié, du lunatique ou du blasphémateur sont comme des échos plus ou moins harmonieux du service divin. 27/

La liturgie en soi rythme les journées (un peu), les semaines (surtout), l’année, avec les affluences de bons cathos à telle heure, tel jour, telle fête. Et il y a les cérémonies individuelles : les baptêmes, les mariages, les enterrements. 28 /

Là aussi, ce sont des occasions tantôt superficielles, profondes ou édifiantes. Il y a les chansons d’un horrible mauvais goût que les mariés ont insisté pour faire résonner sous les voûtes gothiques, ou les funérailles moins triste de deuil que de banalité… 29/

…et l’endurcissement du cœur qu’on surprend à l’intérieur de soi quand on en est au vingtième mariage depuis le début du mois de juin ou le quinzième enterrement de l’hiver. Mais il y a aussi les moments où l’endurcissement se brise. 30/

Il y a 2 ans, un ami très cher s’est donné la mort et j’ai dû surmonter ce deuil de façon bien solitaire (pardon pour l’impudeur, m’enfin à ce stade du thread on est plus à ça près). Il y a quelques mois je me suis senti mystérieusement foudroyé. 31/

Je suis en-dehors de la nef, soulevant la barre de fer d’une porte de cloître que je dois ouvrir chaque matin ; je sens mes bras et mes jambes se paralyser, et je me retrouve à terre, la barre sur mes genoux, l’image de mon ami en tête, pleurant sans comprendre ce qui me possède. 32 /

Je me reprends et continue mon travail : j’ouvre la lourde porte et dans la nef, me voilà face à une famille sur le point de célébrer les funérailles d’un suicidé de 19 ans. Je ne sais par quelles phéromones, chakras ou énergies telluriques leur douleur est allé saisir la mienne. 33/

Mais ça aussi ça fait partie de ce qu’est une cathédrale, et de ce qu’y trouvent des gens parfois très éloignés des enseignements de l’Église. Il est fréquent que les visiteurs viennent me voir dans ma boîte pour avoir le plaisir de partager avec moi leurs hérésies. 34/

Il y a ceux qui se sont éloignés de la foi, les athées qui tiennent absolument à me dire en rentrant qu’ils ne croient pas en Dieu (grand bien leur fasse), et les « spirituels mais pas religieux » qui ont le défaut de se croire original alors qu’ils sont assez courants. 35/

D’autres ont des dogmes plus précis, et sont convaincus que les bâtisseurs de cathédrale les partageaient. Les plus pénibles sont ceux qui mêlent ésotérisme et conspirationnisme dans leurs histoires de templiers atlantes bâtisseurs de pyramides… 36/

Ceux-là vivent dans une dissonance cognitive permanente qui les rend très égocentriques et les remplit de haine envers quiconque n’adhère pas spontanément à leurs billevesées. Mais d’autres ont la sagesse de séparer leur foi de toute démonstration pseudo-scientifique… 37/

…ainsi ce pèlerin qui m’a demandé si je savais où il pouvait le mieux se connecter aux énergies telluriques de la cathédrale, et qui devant mon abasourdissement s’est éloigné sans chercher à me convertir. 38/

J’ai bien vu sur son visage qu’il craignait, comme il devait en avoir l’habitude, que je me moque d’une croyance pourtant guère plus farfelue que celle de la Résurrection. Or, n’en déplaise aux gardiens de la vraie foi, ces gens là sont aussi des fidèles de nos cathédrales. 39/

Parfois, les différences religieuses sont mâtinées de haine, et s’approchent terriblement des gouffres du Mal. Au niveau le plus superficiel, il y a l’anticlérical militant, qui en me voyant enfermé dans ma boîte me suppose immédiatement au service de l’Ennemi. 40/

Ce laïcard connaît donc fort mal les dispositions de la loi de 1905 et diffère peu du pharisien catho qui me traite de marchand du temple. Lui me crache que je suis le laquais des fanatiques et des pédophiles, puis va contempler l’élégance de la nef gothique. 41/

Si sa rancœur découle de crimes ou de peccadilles que l’Église à commises contre lui, je suis bien mécontent d’en être le bouc émissaire. Mais c’est bien moins grave que la découverte que me signale un fidèle après le passage d’un groupe scolaire. 42/

Quelques adolescents se sont attardés près du cahier destiné aux intentions de prières et l’on recouvert de « Allahu akbar » et « L’Islam vaincra » puis sont ressortis, minables et goguenards, tout fiers d’avoir accompli le djihad à la portée des caniches. 43/

L’anticlérical a sa vie intérieure que lui seul connaît, l’adolescent musulman a toute la vie pour ne pas devenir terroriste, et il y a même quelques cathos qui ont une chance d’échapper à l’Enfer. Mais une cathédrale est aussi aujourd’hui un lieu de violence larvée. 44/

Et enfermé dans ma boîte d’allumette, je sais qu’il n’est pas strictement impossible qu’un taré à mitraillette débarque un jour et me sorte de mon emmerdement en m’expédiant dans l’outre-tombe. En attendant, la cathédrale est le terrain de criminels moins ambitieux. 45/

Les voleurs à l’arrachée savent qu’il n’y a rien de plus vulnérable qu’une personne en prière, et régulièrement, un fidèle (souvent une femme) se précipite à moi pour me dire que son sac a disparu pendant ses dévotions. 46/

Elle est effondrée par le regard impuissant et surtout tristement habitué que je lui tends. Moi-même je me dégoûte de m’habituer à ce que le lieu saint soit le théâtre de ces turpitudes, et je lui assure ma sympathie sans cacher que le voleur n’a aucune chance d’être retrouvé. 47/

Donc, voilà ce qu’est une cathédrale aujourd’hui : un attrape-touriste, une maison de prière, un asile de marginaux, un lieu de rencontre, un enjeu de pouvoir, un repaire d’hérétiques et une caverne de brigands. Peu de choses on changé depuis Suger et depuis Salomon. 48/

Mais ceux qui veulent réduire la cathédrale à sa fonction muséale ne sont pas des esprits cultivés, mais des âmes en jachère, ou pour le dire plus directement, des énormes beaufs. 49/

Ceux qui voudraient la réserver aux vrais croyants n’ont de toute évidence rien compris à la parabole du bon grain et de l’ivraie, ni à la théologie de l’asile. 50/

Et les gauchistes qui ne s’attristeraient pas de la voir détruite ont moins de souci des plus faibles que d’égocentrisme culturel. 51/

Au-delà des polémiques où je prends le risque de m’enfoncer, sans doute avec injustice, je voudrais surtout partager le point de vue panoramique, et je crois peut-être unique, auquel je me suis trouvé enchaîné deux années durant. 52/

Il est normal que ceux qui ne voient la cathédrale que sous un angle particulier aient la tentation de la réduire à cet aspect, et j’espère que mon partage leur sera utile. 53/

Je me souviens avec douleur de toutes les fois où j’ai manqué d’attention, de patience, de gentillesse ou de subtilité avec la personne qui se rapprochait de ma prison, et où j’ai vu repartir un prochain dont je ne saurai jamais s’il avait besoin de moi. 54/

Je crains plus que tout les aveuglements dont je dois encore être prisonnier, ce qui a échappé à ma vue durant deux ans, et ce qui lui échappe encore dans la cathédrale du monde. 55/

Quand Isaïe et le Jean de l’Apocalypse rentrent dans le cœur du Temple, ils n’y découvrent pas une leçon d’architecture, mais « ce qui remplit le Ciel et la Terre ». Cela y est toujours, et il n’est pas besoin d’être prophète pour le contempler. Paix à tous ! 56/

Paix sur vous de ma part aussi !

Avec Fragonard, dans des draps d’aube fine par Sophie Chauveau

Les belles phrases

L’insomnie est un des plus grands moments de solitude entre soi et le lit, où se pose, cruciale, la question de la fiabilité du lit et de l’absence de Dieu, Chargé symboliquement du pouvoir de Léthé, du grand besoin d’oubli, il prend l’importance vitale « d’un répit dans l’inquiétude ». Cioran qui s’y connaissait à déclaré l’insomnie seule forme d’héroïsme au lit !

Naguère, elle le gardait dans sa couche le temps des relevailles… Là aussi, finies les riches relevailles de jadis qui s’achevaient en cérémonie d’action de grâces, le jour où la neuve accouchée retournait à l’église pour la première fois.

Sa jeunesse libertine, italienne et partageuse, ne lui a rien celé des mille et un plaisirs que glorifie le siècle, auxquels il sacrifie. Avec allégresse. C’est exactement cette joie radieuse qui caractérise l’amour et le libertinage au XVIII® siècle. Et Frago est le représentant le plus emblématique de cet éros solaire qui culmine avant l’échafaud.

les draps du gigantesque lit d’hôtel est resté dans mon souvenir. Le fougueux amoureux qui immaculé m’y avait attendu toute la nuit ? Pfuitt ! Évaporé. Son prénom, son visage, son sourire, le grain de sa peau, le goût de sa bouche ? Envolés. La somptuosité du lieu a tout remplacé. C’était une étreinte trop onéreuse pour moi, trop prétentieuse. Elle n’a pas su laisser d’autre trace que son adresse. Ostentatoirement dépensière, trop chic pour être honnête.

Alors, à la lire ?

… c’est à venir, je suis encore en cours.. Et cela en valait la peine

« C’est exactement cette joie radieuse qui caractérise l’amour et le libertinage au XVIIIème siècle. Et Frago est le représentant le plus emblématique de cet éros solaire qui culmine avant l’échafaud. »

Cette phrase, en fin de page 39 et début de page 40, a provoqué ma relecture immédiate depuis le début. Et cette fois avec, en tête, l’époque ! Le moment ou la société basculera du libertinage aristocratique vers l’austérité bourgeoise et bien-pensante, monnayable, bankable dirait-on aujourd’hui. Entrevoir et penser Fragonard évoque d’autres époques en synchronie à la sienne. Et Sophie Chauveau a su me restituer les merveilles de cela par son regard sur un seul tableau, un dessin de cette homme de ce siècle.

D’un coté Éros et de l’autre Thanatos, quand on oublie les autres dieux le monde devient manichéen et violent. Éros ne peut que perdre. Le lit, à la fin, c’est la mort qui gagne, mais « Bordel ! » qu’est-ce que ce fut bon et que de joie au-delà de la jouissance, une joie qui transcende le bonheur. Ce lit finalement devient une des portes de l’esprit (pas le bon esprit mental, l’esprit qui relève de la spiritualité) et j’en remercie cet autrice, qui avec pudeur ce dévoile, nous offrant aussi un part intime d’elle-même.

L’apocalypse selon Dürer par Alberto Manguel

Citations

On raconte que Robespierre, avant de décréter chaque nouvelle atrocité, demandait « Au nom de quoi ? » Mais tout être humain sait, de conviction intime, que nul acte de terreur ne peut être justifié. Devant la constante cruauté du monde (et aussi, malgré tout, ses miracles quotidiens de beauté, de bienveillance et de compassion) nous chagrin et se rassurer un peu sur sommes stupéfaits car elle et ils surgissent sans justification, de même que le miracle de la pluie, ainsi que Dieu l’explique à Job, tombe là « où il ». Le caractère primordial n’y a point d’hommes de l’univers semble être la gratuité.

Dans ces domaines-ci, ainsi que le savait Dürer, l’échec réside, implicite, dans les plus grandes réussites, puisqu’il désigne l’état d’incomplétude de toute grande œuvre d’art et de toute découverte scientifique importante. L’artiste crée une œuvre qui doit être complétée par son public et est, par conséquence, nécessairement imparfaite : c’est par les vides de l’œuvre que le lecteur y insuffle la vie. Le scientifique procède par questionnements, puisque toute réponse définitive fermerait la voie et empêcherait d’avancer. Mallarmé parlait de « la Muse de l’impuissance qui inspire à chaque entreprise artistique un certain degré d’échec lui permettant de survivre.

Mon expérience de lecture

Ce fut un réel plaisir de lire ce petit essai sur une œuvre pictural qui m’interroge au plus haut point, comme m’interroge ce livre du nouveau testament qu’est l’apocalypse de Saint Jean.
J’en viens à penser que tout artiste, chorégraphe, peintresse et peintre, poétesse et poète, romancière et romancier, essayiste, musicienne et musicien doit se confronter à un moment de son parcourt à deux œuvre :
L’odyssée d’Homère
L’apocalypse de saint Jean.

L’héritage Spirituel Amérindien par Languirand et Proulx

Quelques citation qui éclaire

Quoi qu’il en soit de toutes ces appellations, il s’agit toujours d’une profonde alliance, et même d’une véritable inséparabilité, entre le Divin et le cosmique. L’univers émane constamment du Dieu créateur et c’est Dieu créateur qui agit en lui et par lui. S’il n’y a pas de monde sans Dieu, il n’y a pas de Dieu sans monde. Cette partie invisible, par laquelle tout être réside en Dieu, est en même temps le lieu intérieur et mystérieux en lequel Dieu réside. Dieu est la spiritualité qui traverse toute la matière de ce monde et qui la rend translucide. C’est le Grand Être universel ou encore le Grand Mystère cosmique.

Le cosmos, comme chacun des êtres qui l’habite, porte en lui-même le Grand Mystère de son origine, de son fondement et de sa destinée. Il permet donc, à celui qui le contemple du plus profond de son esprit, l’entrée dans la zone invisible, le passage vers l’Autre Monde mystérieusement caché en celui-ci. Il arrive que, dans un silence mystique au sommet d’une montagne, on communie avec l’esprit de la montagne; que, dans l’observation attentive d’une nuit étoilée, on se perde infiniment en l’esprit du ciel nocturne ; que, dans un sublime acte de compassion, on se transforme en l’esprit même de la consolation liée à la souffrance. À la venue d’un enfant, ne réapprend-on pas aussi à respirer en l’esprit de tout ce qui naît en ce monde ?
Ces esprits avec lesquels on communie à travers les expériences significatives de sa propre vie, nous l’avons rappelé, sont des puissances spirituelles, des formes pures et, en définitive, des voix (et des voies) du Grand Mystère.

La danse compte autant que la parole pour s’adresser aux esprits. Elle est l’une des formes favorites d’expression religieuse. La musique amplifie la prière.
PHILIPPE JACQUIN
La Terre des Peaux-Rouges

On pense ici à la célèbre formule de saint Augustin:« du monde extérieur vers le monde intérieur et du monde intérieur vers le monde supérieur» (Ab extra, ad intra; ab intra, ad supra). N’est-ce point là la démarche spirituelle de toute vraie quête de vision ?
Chaque humain possède en lui une vision sacrée, c’est-à-dire un pouvoir unique qu’il doit découvrir au cours de sa vie, dans le but d’actualiser la vision du Grand Esprit dont il est une expression.
GEORGES E. SIOUL

« Les Amérindiens essaient de suivre le Chemin rouge qui court dans la nature. Nous sommes liés de la même façon à toutes les choses de la Création. Toutefois, nous sommes conscients qu’à côté du Chemin rouge il y a le noir, qui va à contresens. Le Chemin rouge est positif, le Chemin noir négatif… Les sociétés technologiques s’égarent souvent dans les Chemins noirs, mais nous n’aurons plus le choix de retourner dans le Chemin rouge quand l’équilibre fragile du monde sera rompu.
DON RUTLEDGE et RITA ROBINSON,
Le Chant de la terre
La spiritualité des Amérindiens

Les gardiens de la Terre
La voie spirituelle amérindienne inclut une médecine pour la guérison de Terre-Mère. A l’heure d’un désastre écologique appréhendé, elle nous convie à assumer cette responsabilité spirituelle et éthique, qui a toujours été l’une des dimensions essentielles de son héritage: être les gardiens de la Terre. Cette tâche est aussi urgente qu’exigeante. Mais on peut s’y attaquer si l’on réussit à harmoniser les moyens dont dispose aujourd’hui la modernité avec des principes d’action semblables à ceux dont témoigne la spiritualité amérindienne. Quels sont donc ces sentiers dans lesquels les gardiens de la Terre nous suggèrent de cheminer, afin d’éviter le désastre écologique ?
La crise écologique
L’alliance entre l’homme et la nature est brisée. Au lieu de se situer en lien organique avec elle, l’homme se place en face d’elle et comme à son opposé. Dans ce contexte l’air, l’eau et le sol se sont dégradés. Des animales et végétales disparaissent. Les climats changent et des ressources non renouvelables s’épuisent. Triste est l’état de la planète et sombre son avenir. Terre-Mère est blessée et la blessure est grave. Tous les tissus de l’organisme terrestre sont meurtris. La nature résiste et crie souffrance, victime des fruits de la démesure humaine. L’homme la dépouillée de son mystère et de sa dimension spirituelle. L’ayant alors conçue comme un simple objet manipulable et comme une machine fonctionnelle, il a entrepris de la dominer, coûte que coûte.
Cette crise de la domination de l’homme sur la nature porte avec elle une crise des valeurs. Cette crise du monde moderne est donc foncièrement éthique et spirituelle. Elle appelle une médecine du même ordre, qui puisse l’éloigner de « la route sombre » dont parlent sages amérindiens, ce chemin de destruction et de mort qui atteint ici la planète. Cette crise a besoin d’un vent qui nettoiera la terre entière autant que l’esprit de l’homme. En définitive, elle requiert une spiritualité de la création. C’est à ce point qu’apparaît la pertinence d’un regard sur la voie spirituelle amérindienne et son éthique écologique.
Nous sommes sortis de la Terre-Mère et nous y retournons. Nous ne pouvons pas posséder la Terre. Nous sommes seulement de passage ici-bas. Nous Sommes les hôtes du Créateur. Il nous a accueillis chez lui pour un temps, et regardez ce que nous avons fait de sa maison! Nous l’avons empoisonnée, nous l’avons saccagée de fond en comble… Je travaille pour la Création. Je refuse de prendre part à sa destruction. >
Propos de LEON SHENANDOAH (Confédération iroquoise des Six Nations) dans HARVEY ARDEN et STEVE WALL, Les Gardiens de la sagesse Rencontres avec des sages Indiens d’Amérique du Nord

Ce que j’ai lu

A quelques jours de la folie des humains qui organise cette mascarade monstrueuse qu’est le black-Friday, le vendredi noir, noir de ténèbres, de nihilismes et de néant, je termine l‘héritage spirituel amérindien.

Ce livre a eu pour vertu de me remémorer, les livres de mes 20 ans. Pieds nues sur la terre sacrée, les livres de Carlos Castaneda (pas celui footballeur), l’herbe du diable et la petite fumée, voire, …etc… Je me suis longtemps imprégnée de cette culture spirituelle amérindienne, lorsque celle dans laquelle je suis né me décevais. Je n’avais pas encore sur aller au-delà de ma déception, pour connaitre la déception de la déception et rouvrir les portes.

Je redécouvre à travers ce petit livre de présentation en quoi finalement toutes nos spiritualité, nos assemblée, ce qui nous relie est merveilleux. Finalement, nous les humains, nous les personne humaines avons autour de cette terre des approches similaires qui ne devrait pas nous opposée mais nous rassembler afin de se réinscrire dans le cycle de la vie. Bruler la terre, consumer par la consommation sans fin est ce qu’il y a de plus morbide, et tout cela pour accumuler une objet appelé argent pour générer un profit qui ne porte aucune dignité juste de la « valeur » en termes de chiffre, de nombre qui ne sont que de piètre création.

Bien sur ce livre est écrit par des personnes humaines « blanches », issues du consumérisme de notre époque et tout emprunt de nos croyances très « new-âge » d’une spiritualité individuelle (sans religion) qui ne doivent rien aux autres, au collectif, et à toutes nos relations, mais on perçoit quand même le chemin qu’ils doivent faire.

Alors je vous en prie, Vendredi, ignorée les ténèbres et gouter le plaisir de la conversation avec vos frères et sœur, de la nature, humains, pierre, eau et cosmos et ayez une pensée sous forme de question sur le « Grand Esprit »

La peste par Albert Camus

Et voici un roman, une œuvre littéraire et philosophique qui me fut donné de lire jeune, (en 1980). J’ai en souvenir la question de notre professeur de français sur ce roman : Qu’elle est la question posée ? Et cette question posé par Camus raisonne encore et reste toujours d’actualité. La réponse est-elle à la hauteur : Collaborer ? Résister ? Choisir de faire, aimer, sauver, libérer ? Ou ne rien faire ? Dans notre monde ou Nietzche à voulu tuer « Dieu, le grand Esprit, Allah, Yahvé, Agapé » avec pour seul autre Dieu en substitution : Mammon, l’Argent et comme retour de bâton comme un don l’absurdité la plus crasse de notre monde, l’humanisme n’y suffira pas !

Alors la réponse de Camus à ce monde d’alors et d’aujourd’hui, c’est la Question posée. C’est agir en donnant et en demandant !

Les questions posées à ce monde cynique sont la Réponse, elles nous permettent de choisir malgré son absurdité d’agir pour ne pas sombrer dans ce rire diabolique qui laisse à penser que le cynisme est une forme d’intelligence.

La Peste me hante encore aujourd’hui !

Ce roman me hante !

Hanté mais confiant, non pas en l’Ego hyper-narcissique et consumériste mais en un Soi qui aime, qui aime soi et l’autre, les autres !

Si c’est un homme par Primo Levi

Primo Levi, ce nom sonne comme le premier levain passé, ce levain primordial qui permet la levée du premier pain de nos fournées présentes et futures.
Nous sommes dans l’enfance de l’humanité, et peut-être sa période la plus trouble, celle de ses 5 ans, capricieuse, coléreuse et elle reste petite, apeurée, jalouse, en quête de sécurité et de jouets qui flattent.

La frustration nous met dans les mêmes états de colère que l’injustice, et, si la colère ne trouve pas vite une cible, elle conduit au mépris, à la dépression ou à la haine.

Nous sommes enfant car pétrit de cette peur sur laquelle le pouvoir pourra toujours jouer, lancer ses maux et les voir rebondir les uns contre les autres dans ceux qui sont à sa merci.

Admirable Primo Levi qui personne humaine mature observa du cœur de l’enfer tout ces évènements, leurs conséquence et leurs enchevêtrements. Et puis, humblement comme un humus bienfaisant, il nous restitua, à nous, ses héritiers, tout cela dans son livre « Si c’est un homme ».

L’humanité est dans son enfance. 6000 ans d’enfance, alors qu’il en faudra 15000 pour arriver à la maturité, c’est terrible pour des personnes humaines qui ont déjà atteint cette maturité, ils n’ont plus alors que le loisir de témoigner, afin que nous apprenions et que nous soit révéler ce que désir notre cœur profond.

Le purgatoire (en comparaison de l’enfer des camps de concentration) avec ses organisations de multinationales s’achemine vers cette enfermement des gens, des personnes humaines dans un modèle où des managers deviennent des kapos contre lesquelles nous ne nous allierons pas. Ces managers nous supprimerons nos espaces au point de les réduire à une petite boite de 80 x 80 x 60 cm et c’est à nous de trouver une place de travail dans un espace construit pour suivre un progrès (non humains) dans un temps moderne (sans respect de la dignité des anciens) et une sorte d’idéal digital qui favorisera l’Idéisme (la fabrication d’idée « innovante », mot qui ne veut en fait rien dire).
Et là, chaque personne pris dans sa peur du pouvoir en place s’affronte contre ceux qui pourrait être ses alliés.

Et j’ai repensé à Primo Levi.

Je pensais que si ceux qui prétendent avoir un pouvoir légitime, l’avaient lu, au moins avoir lu « si c’est un homme », et je ne parle pas de lire Hannah Arendt, il serait alors attentif au mal collatéral qu’ils provoquent et qui fait naitre un égrégore dans leurs prises de certaines décisions sans conscience, nourrissant ainsi la tour de Sauron.

Tout se mêle alors. Nous sommes dans l’enfance de l’humanité, dans ses 5 ans. Atteindra-t-elle sa maturité ?

Merci Primo, de nous aider quand même.

Finalement je suis revenu à l’église

C’est un article de 2014 dans la revue Aleteia, que j’ai lu récemment qui m’a fait comprendre pourquoi j’ai éprouvé cette nécessité de revenir à l’Église.
Je le reproduit ici pour en garder une trace.

« Je ne suis pas vraiment intéressé par la religion. Je crois que l’énergie spirituelle transcende la religion. C’est en tout cas ce que j’ai essayé d’intégrer dans ma musique. » Alors que lisais cette confession du chanteur folk Noah Gundersen, quelque chose m’est revenue : j’avais déjà entendu cette phrase auparavant. Presque au mot près. Mais où ?

C’est alors que j’ai compris : j’entendais ce témoignage de spiritualité et d’ouverture d’esprit partout autour de moi.  Le mouvement « spirituel mais pas religieux » était devenu à la mode en insistant sur l’amour, l’émotion et la croyance en une puissance supranaturelle. Cette dernière dépasserait les églises, les dogmes et mêmes les conceptions religieuses traditionnelles de Dieu.

Pour vous en rendre compte, lisez ces citations des grands noms de la musique américaine actuelle :

Lady Gaga :

« Je suis une personne spirituelle… Il n’y a vraiment aucune religion qui ne condamne ni ne rejette personne, et je crois vraiment en l’amour et au pardon pour tous ».

Justin Timberlake :

« Je pense que pour me définir, le terme serait plus spirituel que religieux”.

Beyonce :

« Je suis plus en faveur de la foi et de la spiritualité que de la religion en elle-même. Je pense qu’il faut faire le bien autour de soi et ne pas juger les autres ».

Jay Z :

« Si je devais définir mes convictions religieuses, je dirais que je crois en un seul Dieu. Mais que je ne crois pas en la religion ».

Katy Perry :

« J’ai été éduquée de façon si stricte et rigide que maintenant ma vie est beaucoup plus relâchée… J’adhère à beaucoup de spiritualités, notamment tout ce qui tourne autour du New Age que j’ai intégré à mon quotidien. »

Pink :

« Je suis très axé sur la spiritualité. C’est ce qui me protège dans la vie. Mais je ne crois pas en une religion organisée. Comment un groupe d’individus pourrait avoir raison et tous les autres avoir tort ? »

Cela vous lasse déjà ?

Il faut aller prendre un peu l’air avant de réécouter les défenseurs de l’existentialisme athée.  On vous épargnera les phrases du style « je ne suis pas vraiment une personne religieuse, mais je pense que Dieu et le libre arbitre sont des leurres. Nous avons été jetés dans cet univers où règnent l’horreur et la mort ».

Les artistes « spirituels mais pas religieux » semblent de plus en plus devoir tenir ce genre de discours. Ils évitent ainsi le dogmatisme actuellement prédominant, tout en se dissociant du matérialisme ambiant. Ils ne peuvent pas dire ce qui est vrai exactement, mais, pour autant, ils ne vont pas entièrement adhérer à la question de la transcendance (qu’un être supranaturel soit à l’origine de notre présence ici-bas). En bref, ce discours à la mode serait la « voie médiane » entre le nouvel athéisme et la religion d’antan.

Apparemment, les jeunes de la Génération Y sont plutôt d’accord avec leurs stars préférées. L’art ne ferait alors que refléter la société. 72% de la Génération Y s’identifiait comme « plus spirituelle que religieuse », et la proportion de personnes ne s’identifiant à aucune religion particulière (mais ne se disant ni athées, ni agnostiques) montait en flèche aux Etats-Unis.

Dans son livre, Bad Religion, le chroniqueur Ross Douthat fait valoir de façon tout à fait convaincante que la spiritualité qu’il nomme « Oprah-Chopra », celle du « Dieu auto-construit », n’est rien de plus qu’une hérésie quasi-gnostique. Il continue en affirmant « La religion du « Dieu auto-construit » apparaît comme parasitaire pour les formes de croyances plus dogmatiques (…). », « Elle peut d’ailleurs montrer une certaine superficialité puisque les vraies conversions spirituelles vont généralement de paire avec un recentrage vers une spiritualité commune ».

D’autres auteurs du monde de la culture, et ayant des profils différents, ont fait des observations similaires. Lillian Daniel, du Huffington Post, qualifie par exemple de barbants les « spirituels mais pas religieux ». Il soutient en effet que pour mûrir, la spiritualité a besoin d’une communauté.

Alan Miller, un laïc, va plus loin. Pour lui, la mode du « spirituel mais pas religieux » est la pire des choses car elle offre la possibilité de se « défiler ». Il ajoute que « cette nouvelle tendance pour la spiritualité offre très peu possibilités à la transformation personnelle. Il n’y a rien qui concernerait un projet pouvant nous inspirer ou nous transformer. »

Le rabbin David Wolpe va aussi dans ce sens : « la spiritualité est une émotion ; la religion est une obligation. La spiritualité apaise ; la religion mobilise. »

Ainsi, le nœud des critiques réside dans le fait que le « spirituel mais pas religieux » n’est finalement qu’une philosophie autorégulée. Elle manque du contrôle et de l’équilibre donnés par la communauté et la tradition. Comme le Père James Martin l’a déclaré « la religion peut me recadrer face à la tendance que j’ai à penser que je suis le centre de l’univers, que j’ai toutes les réponses, que je connais Dieu mieux que tout le monde, et que je suis celui à qui Il parle le plus clairement ».

Bien entendu, rien ici ne dit que la religion n’a pas besoin de la spiritualité, de recherche personnelle et parfois de doute. Comme l’a noté le Père Martin « sans la spiritualité, la religion devient une liste de dogmes sans saveur, sans lien avec l’esprit de la foi. C’est ce contre quoi Jésus nous a mis en garde. Et, sans religion, la spiritualité peut vite devenir de l’autocomplaisance, bien loin des bienfaits que peut apportés une communauté ».

En d’autres termes, la religion et la spiritualité sont intimement liées et ne sont pas viables l’une sans l’autre.

Mais indépendamment de si oui ou non la « spiritualité sans religion » est tenable, une chose semble être en tout cas claire. En effet, si la tendance actuelle persiste et que les témoignages de nos faiseurs de mode continuent de s’éloigner des formes traditionnelles de la foi, le « spirituel mais pas religieux » va rapidement devenir, ou peut-être l’est-il déjà, la norme de pensée.

Quant aux jeunes qui sont un peu plus rebelles, une religion deux fois millénaire pourrait bien être pour eux la voie à suivre.

Deux hommes de bien par Arturo Pérez-Reverte

Quelques phrases en chemin

…avec pour principal instrument de sape révolutionnaire les doctrines des philosophes et leur culte acharné de la raison qui empoisonne l’ordre naturel et insulte le divin : le cynique Voltaire, l’hypocrite Rousseau, tergiversateur Montesquieu, les impies Diderot et D’Alambert, et tant d’autres dont l’infâme pensée a forgé cette Enciclopedia…

– L’orgueil, don Hermès, quand un peu d’intelligence l’assaisonne, peut être une vertu aussi utile qu’une autre.

En réalité, ajouta-t-il peu après, ce sont les Bringas et leur rancune sociale qui ont précipité la Révolution en France. Les Lumières auraient pu rester une affaire de salons, d’entretiens entre aristocrates, de cafés élégants fréquentés par les théoriciens de la philosophie nouvelle. C’est le désespoir des pauvres diables aigris qui, en retentissant dans les couches sociales les plus basses, a fini par enflammer le peuple. En fait, plus que tous les encyclopédistes réunis ce sont les fanatiques rancuniers comme notre abbé fou de frustration et de haine qui ont jeté les gens dans la rue.

— Eh bien… Elle a eu de la chance.

Chantal fait une grimace de doute et regarde de nouveau ses mains couvertes de taches de son.

— ça dépend de comment on voit les choses, dit-elle au bout d’un moment. Pauvre et malade, Margarite Dancenis s’est suicidée trois ans plus tard en avalant cinquante grains d’opium dans un la place Maubert. Elle s’est éteinte – comme tout ce monde brillant naguère élevé si haut et alors immigré, dispersé ou disparu dans les brouillards de Londres, sur les rives du Rhin, ou sous la lame de la guillotine – dans le regret, je suppose, des jours passés rue Saint-Honoré, où philosophes et littérateurs, mêlés aux perruquiers et aux libertins, discutaient la régénération du monde une coupe de champagne à la main, adossés au manteau d’une cheminée.

— Ne croyez-vous pas que n’importe quel être humain peut être éduqué à la manière douce? En définitive, la culture est source de bonheur, puisqu’elle développe la Lucidité du peuple.
— Je ne crois pas. Du moins dans la première phase. Parce que la populace n’est pas faite pour penser.
Le rire serein, doux et aimable de l’Amiral se fait entendre.
— Je vois que vous baissez un peu la garde, monsieur l’abbé. Vous vous contredisez. Ce propos sur la populace, c’est Voltaire qui l’a tenu, et vous ne le tenez pas en haute estime.
— Sur certains chapitres, cet opportuniste attaché au luxe et aux rois a vu juste, répond Bringas prestement. En fait, l’être humain, cet infortuné accoutumé aux grossiers, n’est éduqué que par la raison et la peur…

Je ne suis pas le seul a ne pas apprécier Voltaire, finalement !

Et alors ce roman ?

« Deux hommes de bien » est un aller-retour de Madrid à Paris, ou deux hommes vont se rencontrer et nous offrir leur propre rencontre, deux hommes accompagnés par une ombre en souffrance.

L’auteur nous invite à cette promenade dans une époque, une autre belle époque, une « avant la révolution française » , comme un « 1912 » avant sa grande tuerie de « 14-18 » . Les personnes humaines croisées sont touchantes, attachantes, et éloignées de toutes caricatures.
En commençant la lecture, je croyais que j’aurais des réticences par rapport aux commentaires de l’auteur. Mais ce n’est pas comme ces auteurs insupportables et narcissiques des années 90-2000, c’est juste un auteur qui parcourt lui-même sa propre création et ses propres difficultés pour nous rendre cette époque au plus juste.
Très très beau roman d’Arturo Pérez-Reverte !

Durant les 10 jours de lectures, je me suis promené aussi dans notre automne nouvelle, notre automne de 2019. Une automne si différentes des 57 autres que j’ai connu, une automne qui m’évoque que quelque chose d’inattendu est en train de surgir dans l’horizon. En écho avec ce roman.

Dune 4 l’Empereur Dieu de Dune par F. Herbert

Les citations

Les questions sont mes ennemies. Car mes questions explosent ! Les réponses bondissent comme un troupeau apeuré, noircissant le ciel de mes inéluctables souvenirs. Une seule réponse, une seule ne suffit pas.

Le visage de Moneo s’illumina
– Mon seigneur, je m’efforce d’en saisir les principes directeurs.
– Les principes, à l’usage, s’avèrent éphémères, Moneo. La créativité régie par des lois, cela n’existe pas.

Idaho se pencha vers lui.
Expliquez-moi donc, Atréïdes, en quoi les femmes font de meilleurs soldats que les hommes ?
– Elles ont plus de facilité à mûrir.
Déconcerté, Idaho secoua la tête.
– Elles ont une manière purement physique de passer de l’adolescence à la maturité, explique Moneo. comme dit le Seigneur Leto, porter un bébé neuf mois dans son ventre, cela vous transforme.

La religion, au début, était un monopole réservé aux femmes, qui ne leur fut arraché que lorsque le pouvoir social en jeu devint trop important. Les femmes ont été les premières à faire de la recherche et à pratiquer la médecine. Il n’y a jamais eu d’équilibre marqué entes les sexes, car le pouvoir va avec certains rôles de même qu’il va toujours avec la connaissance.
Les mémoires volés

Mais Leto n’avait pas profité des circonstances. Il n’usait que modestement des ressources de la technologie ixienne : Une machine par-ci, un appareil par là. Il n’avait qu’à décrire le service dont il avait besoin, et peu de temps après le jouet lui était livré.

Vous voulez vous moquez de moi, Mon Seigneur ?
-Entendre c’est Entendre. Une chose qui existe ne peut être transformée en elle-même car elle existe déjà. Être c’est être.
-Ces mots étranges…
-Ne sont rien d’autre que des mots. Je les ai prononcés. Ils se sont envolés. Personne ne les a entendus, par conséquent ils n’existent plus. Et s’ils n’existent plus, peut-être pourrait-on les faire exister à nouveau, de sorte que quelqu’un ait une chance de les entendre.
-Pourquoi me lancez vous des vannes, mon seigneur ?
-Je ne te lance que des mots. Et je le fais sans crainte de t’offenser, car j’ai appris que tu n’as pas d’oreilles.
-Je ne vous comprends pas, Mon Seigneur.
-C’est le début de la sagesse. Découvrir l’existence de quelque chose que l’on ne comprend pas.

Les gens qui m’ennuient le plus sont les tartuffes libéraux. Je me méfie des extrêmes. Grattez sous la surface d’un conservateur et vous découvrirez quelqu’un qui préfère le passé à n’importe quel avenir. Grattez sous celle d’un libéral et vous trouverez un aristocrate en col blanc. C’est ainsi ! Les gouvernements libéraux dégénèrent toujours en aristocraties.
Les Mémoires Volés

La connaissance des drogues fut à l’origine un domaine presque exclusivement masculin dans la mesure où les hommes ont davantage le goût du risque, prolongement de l’agressivité du mâle. Tu as lu la Bible Catholique Orange; par conséquent tu connais l’histoire d’Eve et de la pomme. Il y a un fait très intéressant à propos de cette histoire : Ce n’est pas Eve qui a cueilli la pomme et qui à gouté la première. C’est Adam. et à cette occasion, il a appris à rejeter la faute sur Eve.

Leto plissa les paupières en songeant : Moi, pour ma part, je considère que les mots sont surtout utiles quand ils dégagent des perspectives attrayantes et nouvelles. Mais l’usage des mots est tellement mal compris par nos civilisations, qui croient encore aveuglement à un univers mécanique uniquement régi par des relations de cause à effet, idéalement réductibles à une grande Cause Première et à un Effet Génésique absolu.

Vous en avez de bonnes ! Vous le prenez de haut avec la sexualité… La souffrance… et vous croyez que Hwi Noree et vous…
– Laissez-là en dehors de ça !
– Oh, oui ! Laissons-là ! Ne parlons pas de cette souffrance-là ! Vous faites le partage de l’acte sexuel, mais pour quelle séparation ? Vous n’y pensez même pas ! En quoi donnez-vous de vous-même dans ces conditions, pauvre crétin ?

Le présent est une distraction, l’avenir un rêve. Seul le souvenir à le pouvoir de libérer la signification de la vie. » Ces mots ne sont-ils pas merveilleux, Malky ?
– Tout à fait exquis, sacré vieux ver.
Moneo porta la main à sa bouche.
– Mais en réalité, reprit Leto, ils étaient stupides et fallacieux. Même à l’époque, je le savais, mais j’étais fasciné par leur beauté. En fait, le souvenir ne libère rien du tout. Sans l’angoisse spirituelle, qui est une expression non verbale, il ne peut y avoir de signification nulle part.

Alors cette 12ème lecture ?

« En fait, le souvenir ne libère rien du tout. Sans l’angoisse spirituelle, qui est une expression non verbale, il ne peut y avoir de signification nulle part. »

L’Empereur Dieu de Dune est un chef d’œuvre ! Un chef d’œuvre littéraire. Herbert nous convie à un voyage dans une histoire écrite avec des mots, et qui, sublime paradoxe, illustre la pauvreté des mots pour décrire le réel.

Décrire le réel ?

Décrire le réel, avec des mots ? Avec tous les mots de toutes les langues de notre histoire humaine ? Cela reste-t-il une supercherie ?

Le RÉEL de l’univers, du Cosmos et même au-delà (ce qui n’est ni « ici », ni « là ») refuse de se laisser enfermer dans des mots et dans leur significations réduite, local en temps et en espace. Et pourtant, humains que nous sommes nous cherchons un Sens !

« Dieu » est un mot !

Mais Non-Dieu est également un mot !

Lire le cycle de Dune, et parvenir au cœur de celui-ci, au plus profond, avant de remonter vers sa reconstruction, c’est vivre une expérience. Vivre un Mystère.

Il n’y a pas de secret dans l’empereur Dieu de Dune. Un secret est une information qui est caché qui sous-entend qu’il y a une vérité à découvrir !

Non, il n’y a pas de secret !

Il n’y a pas de problème à résoudre dans l’univers, car il n’y a pas de solution ultime de l’ingénieur qui puisse nous sauver.

Il y a un mystère ! Oui, il y a un mystère. Et c’est un mystère porté par des mots est une expérience non verbale qui est à vivre.

Nous sommes tous à chercher le sens. Le sens de la flèche du temps qui va quelque part. Leto, Enfant et Dieu fait le don d’aimer au-delà de tout et de garder le souvenir de tous les choix que nous n’avons pas fait afin de nous offrir alors le sens que nous cherchons temps, une cible à notre flèche. Car à chaque instant nous vivons l’expérience de vivre avec un corps animé par un psyché qui tente d’ouvrir la porte de l’esprit !

Nous vivons en 2019, 40 ans après l’écriture de l’Empereur Dieu de Dune, nous vivons un temps ou les universitaires en science humaine et sociale nous ânonnent à l’unisson de Nietzsche « Dieu est mort » ! Et Nietzsche devint Fou !

Et nous le voyons ce monde, nous le voyons sombrer dans l’hédonisme le plus crasse, le plus trivial. Un monde où nous en venons à confondre Cupidité (cupidon) et Amour, Intelligence (capacité à relier la matière et l’esprit) et Calcul (Combien cela me rapporte t’il ?) Divertissement et quo-naissance.

Un monde, où nous finissons par nous laisser nous même calculer par tout les algorithmes de nos frères ingénieurs, à la capacité de calcul importante mais à l’esprit totalement muré. Le Jihad Butlérien risque un jour de nous devenir une nécessité, si nous voulons avoir un « à venir » !

Même en votant, en ces temps d’élection Européenne, on ne fait que vouloir résoudre un problème de calcul, on ne vit pas l’expérience de l’esprit qui passe par le cœur !

L’empereur n’autoriserait pas le mensonge de la démocratie. Voter ne sera possible que lorsque nous aurions atteint la maturité de ne plus être calculable, par aucun algorithme et aucun Scientiste.

Vivre n’est pas un divertissement !

Lire le cycle de Dune de Herbert n’est pas un divertissement !

Herbert n’est pas Asimov.

Non dieu n’est pas mort, il nous attend depuis toujours et pour l’éternité avec seulement son Amour (Agapè, ni éros, ni Philia) !

Ne lisez pas l’Empereur Dieu de Dune : Relisez-le !