Ichthus en 2D20

Finalement mon dernier choix, ma dernière réécriture sera pour le célèbre système 2D20 développé par Modiphiüs et déjà utilisé dans de nombreux autres jeux tels que Mutant Chronicles, Infinity, John Carter of Mars, Dune : Aventure dans l’Imperium et bien d’autres.

Le système 2D20 est un système narratif dynamique, conçu pour produire des résultats aussi intéressants que variés aux situations dramatiques ou pleines d’action. Les personnages lancent deux dés 20, tentant de faire les scores les plus bas possibles sur chaque dé – plus le nombre de dés aux petits scores est important, plus les chances de succès sont élevées.

Ce système loué pour sa simplicité et son efficacité offre un cadre de jeu global permettant de faire aisément face à toutes les situations de jeux. Le système 2D20 gère notamment les oppositions, les compétences, les talents, la sorcellerie et l’équipement nécessaires pour s’aventurer dans les âges d’avant l’histoire…

Dans Ichthus on renommera certains concepts pour se rapprocher de la période antique. Compétences devient Aptitudes, Talents devient Charismes, la sorcellerie disparait et l’équipement devient Moyens.

Ça commence

Toutes sont maintenant installées autour du feu. La narration commence. La Maitresse du Verbe expose les lieux de l’histoire. Elle suggère les drames qui pourrait bien se nouer en ces lieux. Elle dispose les éléments de la scène de prologue et présente à toutes les acteurs, les personnages des non-joueuses et fait entrer les personnages des joueuses. La première question fuse :
— Alors qu’aimeriez-vous qu’il se passe maintenant ?
Une joueuse, moins timide que les autres devient actrice de son personnage. Il agit employant des moyens, poussé par sa nature. La joueuse conte ce début d’une histoire, le drame d’une scène et son désir de résolution. La Maitresse du Verbe écoute. Elle arbitre, et demande par quel attribut, au nom de quelle sagesse et avec quel moyen l’action s’accomplit.
Lumières, Ténèbres et impulsions s’exposent et les dès roulent. S’ils sont réussite la joueuse raconte comment, et vers quelle autre scène cela nous conduit. S’ils sont échec, la joueuse raconte comment et pourquoi et la Maitresse du Verbe tresse le drame du lieu et de la situation où cela conduit.
Une autre joueuse s’agaillardir et reprend le flambeau du conte. Et alors de joueuse en maitresse du verbe une nouvelle histoire s’écrit, une histoire qui se passe dans et durant l’Empire Romain quand les premiers chrétiens paraissaient.

Un épisode a été écrit, ce soir là. Au générique de fin apparait « Ichthus », la suite la semaine prochaine.

Souvenirs villageois d’avant le socialisme

ou pèle mêle

Quel premier souvenir de ma vie ? Peut-être 1966, j’étais alors 4 ans. Ma sœur nait depuis quelque mois, mais pas de mémoire. Seul, à la maison, avec mon père. Ses cheveux caressés pour m’endormir. Et puis cette nuit d’automne. Seul, dans le grand lit au cœur de la nuit, sans mon père. Sortir en pyjama et pantoufle dans le noir de la nuit froide et pleurer. Être accueillis par une voisine dans mon village, encore ancien. Mon grand-père, pépé, le père de mon père était passé. Ma mère en dépression post natale, ma sœur chez une tante et mon frère chez un oncle. J’étais seul. 1966. Mon premier vrai souvenir d’enfant.

Deuxième souvenir ? Il est encore présent dans les arcannes de mes pensées. Avril 1968 ! Viviane ma voisine, elle « était » 6 ans aussi. Assis sur l’escalier de notre voisinage, nous parlions de ce que cela était d’être fille, d’être garçon. Que comprenions-nous donc au monde des grands ? Sa maman Alphonsine, comme ma mère, était 31 ans. Alphonsine était vraiment belle et convoitée. Les autres femmes de la paroisse la détestaient, à l’église, elles ne se mettaient jamais à coté, d’elle. Les hommes la regardaient, la désirée. Certains plus que d’autres ? Et un samedi matin, elle ne fût plus. Elle, ses filles, mon amie Viviane et la petite Véronique qui « était » 2 ans. Elles s’étaient noyées. Le capitaine des gendarmes de ce 68 là, retrouva les corps et déclara qu’elles étaient mortes noyées. Il n’en écrivit pas plus. Le gros prêtre, peu aimé des femmes de la paroisse, car gros et maladroit, fils de paysan pauvre n’ayant fait que le petit séminaire. Elles, les bonnes chrétiennes, adoraient le jeune curé de 38 ans, du grand séminaire, grand et élancé beau comme un apollon. C’est le gros prêtre qui enterra à l’église ces trois innocentes. Et après 3 semaines, il vient faire son sermon et ce jour, là il rappela à l’assemblée ce qu’aurait dut être la sainteté de l’Église, cette famille de frères et de sœurs qui se devait amour et prendre soins les uns des autres. Nous avions failli. Ce prêtre rappela avec grâce ce qu’était la sainteté. 1 mois et 2 mois plus tard mourraient de Leucémie deux autres femmes, jeunes et belles, encore du même âge, 31 ans. Voilà c’est le bruit de mes six ans, le son et l’odeur de mon mai 1968. C’était bien avant mai 1981 et l’arrivée au pouvoir des Socialistes.

Ces socialistes qui n’aimaient pas nos gros prêtres fils de paysan, qui détestaient Mauriac et Bernanos et dont on allait jusqu’à enterrer le souvenir. Même Simone Weil, la philosophe était suspecte et Édith Stein aussi. Ceux là ne juraient que par Sartre, et expulsaient Hannah Arendt du cénacle. 1981 tout un monde préfabriqué commençait, un monde ou le néolibéralisme le plus totalitaire s’installait même en France. Et pauvre de nous, le Yves Montand serait abimés par ces années punitives. Je concevais encore mes souvenirs rudes d’enfant, les dames patronnesses jalouses des année 60 devenaient les bénévoles de la nouvelle morale Tupperware et de la Qulture sans culte, ni politique. L’individualisme s’installait partout. Le foot devenait nouvelle religion d’un peuple qui s’éteignait. Les feux de la Saint Jean disparaissaient derrière la fête passive de la musique. Ceux qui savent faire de la Qulture et les autres écoutent. « Mais ce soir y’a match ! » Même les auteurs devenaient narcissique, pédophile et creux. Ils se pavanaient sur les nouvelles chaines Canal pulsé. L’argent faisait abimer « Dune » par David Lynch ! Les socialistes, les nouveaux sociaux libéraux était là. Aller, hop ! Du libéralisme partout, aux caniveaux le social, au profit du sociétal ! Triomphe quelque temps encore du néolibéralisme protéiforme.

Et bien en décembre 2021, en ce temps de l’avent, où je suis encore 59 ans, je pense à ce prêtre si peu froqué, voulant nous rappeler que l’assemblée que nous sommes, des sœurs et des frères, nous aurions dû prendre soins les uns des autres. L’église humaine est loin d’être parfaite, mais il est des gens comme ce capitaine de gendarmerie, ce gros prêtre, cette innocente qui sait encore la rendre Une, Sainte, Apostolique et Catholique, et qu’elle n’est pas une ONG. Lui rendre son statut d’assemblée, où nos questions vont bien au-delà des réponses technologiques et de nos certitudes narcissiques, pour s’ouvrir sur un infini invisible qui recueille le mystère de la vie, et dont nous vison l’expérience à au présent. Présent du lieu, présent du temps, présent du cadeau reçu.

Ichthus, trinité des formes

Fin 2018, J’avais besoin de transcrire la vie des premiers chrétiens sous la forme d’un jeu de rôle. Ces premiers partisans de Jésus Christ étaient pour moi mystérieux. Ces femmes et ces hommes qui s’engageaient dans une vie après avoir entendu et écouté les premiers témoins, les disciples et les apôtres de cet homme, mort de la plus cruelle façon.

Mon premier choix se portait sur les règles de D&D 5 et surtout après la lecture du jeu Joan Of Arc qui serait ma base de travail. Il y avait un aspect de folle AVENTURE à vivre en premier témoins (Martyr : Du latin ecclésiastique martyr, provenant du grec ancien μάρτυς, mártus, μάρτυρος, márturos, « témoin »). Voilà des règles qui s’ouvre sur l’aventure.

Et puis après avoir terminé une première ébauche, je conservais une grande insatisfaction. Il me manquait quelque chose. Ce qui manquait me fut évident après une partie brillante de noirceur d’Hellywood, il me manquait dans la base la recherche de la VÉRITÉ quoi qu’il en coute. Alors je m’attachais dès lors à tout reprendre en utilisant le socle des règles d’Hellywood (après en avoir demandé l’autorisation à son créateur qui me l’a gentiment accordé).

Pourtant, une fois terminé, l’insatisfaction persistait. Je suis un passionné du cycle de Dune de Franck Herbert. Depuis 1980, je le relis en moyenne tous les 3 ans. J’ai terminé ma douzième lecture. A chaque lecture et relecture je m’émerveillais d’y découvrir de nouveaux aspects, de nouvelles profondeurs. Et, Villeneuve se lançait dans l’aventure d’une nouvelle interprétation cinématographique de ce monument. En aparté depuis premier Contact et surtout Blade Runner 2047, il était le seul à pouvoir s’engager dans ce défi. Et alors sortait le jeu de rôle « DUNE, aventure dans l’Imperium – 2D20 » JE le commandais dès sa traduction en français. Et quand je l’ai lu, j’ai compris ce qui j’avais oublié encore pour ICHTHUS. C’étaient les dimensions, politique sociale et spirituel dans lequel s’inscrivaient ces femmes et ces hommes d’un Empire Romain triomphant. Alors pour la troisième fois j’ai entrepris de faire une nouvelle conversion dans les règles de DUNE 2D20.

C’est en cours…
Je vais me retrouver avec 3 bases de règles et dès à présent, je me demande comment tout au long des campagnes prévues je vais pouvoir passer d’un corpus de règle à l’autre ? Comment les intégrer ensemble, ou, comment en faire une nouvelle synthèse ?

ICHTHUS est bien la synthèse de toute ma vie en jeu de rôle qui a commencée en 1983, à 21 ans.
1983 était l’année de ma première relecture du cycle de Dune.

ICHTHUS