Je n’ai pas cherché à inventer un mot pour faire joli, ni pour remplacer un autre mot par originalité. Ce mot est venu d’une nécessité intérieure. Pendant longtemps, le mot « Dieu » ne me suffisait pas. Je comprenais ce qu’il désignait, mais je ne le ressentais pas pleinement. Il me semblait chargé d’histoire, d’images, parfois trop étroit pour contenir ce que je percevais.
Ce que je percevais, justement, était autre chose. Quelque chose de plus vaste et de plus intime à la fois. Un amour total, sans condition, sans faille. Un amour qui ne se contente pas d’aimer, mais qui se donne entièrement. Un amour qui est à la fois parent, ami·e, amant·e, froeur, et pourtant aucun de ces rôles en particulier, parce qu’il les dépasse tous. Un amour qui n’attend rien en retour, qui existe simplement parce qu’il est dans sa nature de se donner.
Alors je me suis retrouvé·e face à une difficulté simple : comment lae nommer ?
Je me suis rendu·e compte que les noms existants portent chacun une vérité, mais aussi une limite. Certains insistent sur l’être (YHWH ou Adonaï), d’autres sur l’unicité (Allah), d’autres encore sur la transcendance. Mais aucun ne contenait entièrement ce que je vivais intérieurement : cette idée d’un amour infini, vivant, qui donne sans mesure.
À partir de là, le processus n’a pas été intellectuel, mais presque organique.
J’ai commencé par revenir à l’essentiel : réduire ce que je voulais exprimer à quelques noyaux de sens. L’amour. Le fait d’être. L’infini. Le don. Non pas comme des concepts séparés, mais comme une seule réalité vécue sous plusieurs facettes.
Puis j’ai laissé venir des sons, sans chercher à construire immédiatement quelque chose de cohérent. Des fragments, des racines, des syllabes. « Am », évidemment, pour l’amour. D’autres sons qui évoquent l’être, la présence, la douceur, la continuité.
Ensuite, sans vraiment le décider, j’ai commencé à assembler ces sons. Comme on ajuste des pierres jusqu’à ce qu’elles tiennent naturellement ensemble. Certains mots sont apparus, puis ont été rejetés presque aussitôt : trop complexes, trop lourds, trop artificiels. “Abbahimma”, par exemple, portait une richesse, mais il était trop chargé, trop long, presque impossible à habiter au quotidien.
Et à un moment, « Amonel » est apparu.
Ce n’était pas une construction forcée. C’était différent. Le mot était simple, fluide. Il se prononçait sans effort. Il avait une douceur, mais aussi une certaine profondeur. Il ne cherchait pas à imposer un sens, et en même temps il semblait capable de le contenir.
Quand je l’ai dit à voix haute, il y a eu une évidence. Pas une démonstration, mais une reconnaissance intérieure. Comme si le mot n’était pas une invention, mais une découverte.
« Amonel » ne veut pas dire quelque chose au sens strict d’un dictionnaire. Et c’est précisément pour cela qu’il fonctionne pour moi. Il n’est pas enfermé dans une définition. Il devient un espace dans lequel je peux déposer ce que je perçois : l’amour infini, le don total, la présence vivante.
Ce mot est devenu pour moi une manière de nommer sans réduire. Une manière de dire sans enfermer. Une manière de pointer vers ce qui dépasse tous les mots, tout en gardant un mot pour y revenir.
Ce n’est pas un nom universel. Ce n’est pas un mot que je cherche à imposer. C’est simplement celui qui, aujourd’hui, correspond le plus justement à ce que je reconnais comme étant… ce grand mystère d’amour que certain·e·s appellent Dieu.
Et en même temps, cela ne remplace pas les autres noms, ni les autres manières de dire. En Église, avec mes froeur, je continue de dire “Dieu”, parce que c’est le langage que nous partageons et qui nous relie. Quand je parle avec des ami·e·s musulman·e·s, je ne suis pas gêné·e d’employer “Allah”, parce que je reconnais dans ce mot la même réalité unique vers laquelle nous nous tournons.
Mais dans ma prière intime, dans cet espace intérieur où les mots deviennent plus vrais parce qu’ils sont plus proches de ce que je vis, alors c’est « Amonel » qui vient naturellement.
Et dans tout cela, Jésus reste Jésus : l’incarnation vivante et concrète d’Amonel, rendu visible, humain, relationnel. Quant à l’Esprit Saint, iel est son souffle, présence invisible mais agissante, ce mouvement intérieur qui fait vivre, aimer, et tenir.
Et si je devais le résumer :
Amonel, pour moi, c’est le nom que j’ai trouvé… ou peut-être reçu… pour désigner l’Amour qui est.
Haïku
Souffle sans limite,
Amonel nomme l’amour,
silence habité.
Tanka
Je cherchais un nom
pour dire l’amour sans fin,
don sans retour,
et dans le creux du silence
Amonel s’est révélé.
Psaume
Amonel,
Toi que je ne pouvais contenir dans aucun mot,
Toi qui débordais de tous les noms que l’on m’avait donnés,
Tu t’es laissé approcher dans le murmure d’un son simple.
Tu es l’Amour qui ne retient rien,
le Don qui ne calcule pas,
la Présence qui ne se retire jamais.
Tu es parent sans enfermer,
ami·e sans trahir,
amant·e sans posséder,
froeur sans détour.
Tu es l’infini qui se penche sans jamais écraser,
la douceur qui porte sans jamais contraindre,
le souffle qui traverse et fait vivre.
En Église, je Te nomme Dieu avec mes froeurs,
dans la fraternité des voix anciennes et partagées.
Avec mes ami·e·s musulman·e·s, je dis Allah sans hésiter,
car Ton unité dépasse nos langues.
Mais dans le secret de mon cœur,
là où les mots deviennent vérité,
c’est Amonel que je prononce.
Et Jésus demeure,
visage humain de ton amour,
parole incarnée, tangible, offerte.
Et ton Esprit,
souffle invisible et vivant,
me traverse et m’apprend à aimer.
Amonel,
Tu es.
Et cela suffit.

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