La Crainte et la Peur

Matthieu 10, 26‑33

Il y a, dans ces paroles de Jésus, une invitation à descendre en moi-même jusqu’au lieu où Dieu murmure. Non pas un Dieu qui menace, mais un Dieu qui se livre, pauvre et désarmé, à la liberté de l’homme. Un Dieu qui ne sait qu’aimer, et qui ne peut rien d’autre.

« Ne craignez pas »
Ce « ne craignez pas » n’est pas une consigne morale. C’est la révélation d’un visage.
La peur appartient au monde de la possession, au monde où l’on se protège, où l’on se défend, où l’on vit comme si tout dépendait de soi.

Mais Dieu n’habite pas ce monde-là. Iel n’est jamais du côté de la peur. Iel est du côté de la lumière qui se donne, du côté de la vérité qui n’a rien à cacher, du côté de la présence qui ne force jamais la porte.

Ce que Jésus dit dans les ténèbres, ce n’est pas un secret menaçant : c’est la douceur d’un amour trop humble pour s’imposer.

« Craignez plutôt celui qui peut faire périr l’âme »
Ici, Zundel se tiendrait longuement en silence.
Car la crainte dont parle Jésus n’est pas la peur. Elle est vertige et émerveillement.
Vertige devant la grandeur de l’âme humaine, capable de devenir demeure de l’Infini.
Émerveillement devant cette liberté si vaste qu’elle peut même refuser la lumière.

Ce qui peut faire périr l’âme, ce n’est pas Dieu, Dieu ne sait que se donner.
Ce qui peut faire périr l’âme, c’est l’enfermement dans le moi, la crispation sur soi-même, l’orgueil qui se suffit, la violence qui se protège.

La géhenne n’est pas un châtiment infligé : c’est l’absence d’amour, l’espace intérieur où l’on se ferme à la Présence.

La crainte, alors, devient une grâce : la conscience tremblante de ce que je peux perdre si je me perds moi-même.

« Vous valez plus qu’une multitude de moineaux »
Et voici que, dans le même souffle, Jésus révèle la tendresse infinie du Père-Mère-et-Plus-encore.
Chaque moineau est connu.
Chaque cheveu est compté.
Chaque souffle est accueilli.

Zundel dirait :
« Dieu ne nous regarde jamais du dehors. Iel nous habite de l’intérieur, comme une source qui attend d’être libérée. »

Je vaux plus qu’une multitude de moineaux non parce que je serais important, mais parce que Dieu a fait de mon âme sa demeure.
Parce qu’iel a mis en moi un espace où iel peut enfin respirer.

Aujourd’hui, cette Parole me dit…
Ne laisse pas la peur te voler ton visage.
Laisse la crainte, ce vertige émerveillé, t’ouvrir à ta vraie grandeur.
Ne te replie pas : Dieu ne peut entrer que dans un cœur ouvert.
Laisse la lumière qui t’habite devenir lumière pour d’autres.
Souviens-toi que Dieu ne punit pas : iel attend.

Souviens-toi que tu n’es jamais seul : tu es habité.
La crainte de Dieu n’est pas la peur d’un maître : c’est l’émerveillement d’être aimé par une Présence infiniment pauvre, qui ne tient debout qu’en se donnant.

Et peut-être que la vraie question, aujourd’hui, n’est pas :
« Que dois-je redouter ? »
mais :
« Comment laisser Dieu respirer en moi ? »

Haïku

Souffle dans la nuit,
la lumière me traverse,
vertige d’aimer.

Tanka

Dans le clair silence,
un appel me désarme.
Vertige d’exister.
Tu m’ouvres à ta lumière,
et mon âme devient source.

Psaume d’émerveillement

Suprême,
tu n’es pas lae Dieu qui effraie,
tu es lae Dieu qui se donne.
Tu viens sans bruit,
comme une pauvreté offerte,
comme une présence qui attend.

Tu me dis : « Ne tremble pas »,
et ce n’est pas un ordre,
c’est un souffle qui me relève.
Tu chasses la peur,
non par la force,
mais par la vérité qui se dévoile.

Alors naît en moi la crainte,
non la peur qui enferme,
mais le vertige qui ouvre,
l’émerveillement d’être appelé
à devenir lumière.

Tu connais mes ténèbres,
et tu n’en fais jamais une menace.
Tu y déposes seulement
la douceur d’un appel,
la promesse d’un visage.

Tu comptes mes cheveux,
tu portes mes silences,
tu recueilles mes tremblements.
Je vaux plus qu’une multitude de moineaux,
non par mérite,
mais parce que tu m’habites.

Suprême,
fais de mon cœur un espace libre,
un lieu où tu peux respirer.
Délivre-moi de moi-même,
de l’orgueil qui dessèche,
de la peur qui rétrécit.

Que ma vie devienne
un chant de lumière,
un oui fragile,
un émerveillement sans fin
devant ta présence infiniment pauvre.

Une réflexion sur “La Crainte et la Peur

  1. ♥️🕊️🙏🕊️♥️ « notre liberté peut tenir Dieu Lui même en échec et faire de la création une chose avortée, dissonante et disloquée. » Maurice Zundel.

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