L’affaire L..ES.π.RE, par la troupe de La Cordonnerie

C’était la dernière au Théâtre de la Ville à Paris. Si jamais cette création passe près de chez vous, foncez : ne la manquez pas.

Phèdre (comme Jeanne d’Arc dans l’histoire) et le jeune Hippolyte sont déjà, à mes yeux, les victimes d’un système patriarcal implacable et inhumain. Depuis un événement survenu quand j’avais six ans ; un souvenir qui me hante encore, cette injustice me révolte profondément.

Depuis mes années de collège, et cela commence à dater, je suis un inconditionnel de Phèdre de Racine (pas celui de Platon, que je n’aime pas beaucoup, d’ailleurs, et dont le Phèdre, en plus, est un homme…). Jusqu’ici, j’ai aimé toutes les représentations que j’ai pu voir, mais celle qui m’a le plus bouleversé reste celle de Patrice Chéreau avec Dominique Blanc.

Et puis d’autres ont suivi. Et nous voici aujourd’hui, face à notre affaire.

En montant les six étages menant à la Coupole, je remarque Isabelle Huppert devant nous. Je la reconnais de dos, ou plutôt je reconnais cette volonté, cette façon d’avancer. Une simple anecdote… mais elle aussi fut de bien étranges Phèdre(s), en 2016.

Nous entrons ensuite dans un véritable roman noir : une actrice interprétant Phèdre engage un tueur à gages pour éliminer quelqu’un… pendant la représentation.

La scénographie est superbe : nous, spectateurs, sommes installés face à face, dans une disposition me rappelant Chéreau. Au-dessus de la scène, un écran projette un film déjà tourné, monté, parfaitement maîtrisé. En dessous, deux acteurs réalisent en direct les bruitages, la post-synchronisation, jouent, relancent, amplifient. Le tout avec une fluidité, une précision et une légèreté qui rendent le suspense presque insoutenable.

C’est un hommage à la fois au roman noir, à Phèdre, aux bruiteurs, aux acteurs, au cinéma, et même aux musiciens, des musiciens hors pair qui accompagnent chaque bascule émotionnelle, chaque frémissement porté par l’image et le jeu.

Un travail de recréation, d’invention et d’émotion qu’il ne faut surtout pas rater.

La partie Phèdre était d’une telle intensité que mes alarmes intérieures se déclenchaient sans prévenir, directement aux yeux.

Et la fin… d’une beauté rare : sur scène, les deux acteurs réels dans une nuée de brouillard ; à l’écran, les mêmes, face à face, irradiant de vie.

Merci à toute l’équipe.

Haïku

Scène dans la brume,
l’hiver rêve au printemps,
Phèdre s’y consume.

Tanka

Film et scène mêlés,
les voix bruissent dans l’ombre ;
un souffle de mars
glisse sur nos silhouettes,
même l’hiver retient son froid.

Trois haïkus

Feu sous la raison,
à l’ombre des dieux muets,
Phèdre se déchire.

Bruitage en douceur,
la salle tiède de février
croit voir renaître mai.

Écran et brouillard,
les acteurs dans la lumière,
l’hiver se dévêt.

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