Comme ma mémé aurait pu me le raconter, je revois cette cuisine d’autrefois : la lampe Monte-et-Baisse suspendue, les fers en métal posés sur le poêle, ceux dont j’ai déjà parlé, et tout ce décor qui précède encore la mort de pépé. Un véritable intérieur paysan auvergnat du siècle passé. Et un jour, il faudra que je parle aussi du poste à galène de mon grand‑père.
« Ah mon pitchou, tu me la fais rappeler, cette lampe…
Tu sais, celle qui pendait juste au-dessus de la table, avec son câble en tissu qui faisait chrrr… chrrr… quand on la descendait.
Et le contrepoids en céramique blanche, un peu ébréché… ton grand‑père disait toujours :
“Bah, péchère, ça tiendra bien assez !”
Et ma foi, il avait raison.
Quand je la tirais, la lampe glissait toute douce, comme si elle comprenait qu’il était l’heure de se mettre à table.
Son abat‑jour en verre opalin blanc, en forme de cloche, faisait une lumière douce, presque laiteuse.
Une lumière qui ne faisait pas mal aux yeux, oh non…
Une lumière qui reposait l’âme, comme j’aime dire.
Et puis, tu sais, pendant qu’elle éclairait notre repas, là, juste au milieu, il y avait le vieux poêle qui ronronnait dans le coin.
Pas de cheminée, non, juste ce poêle-là, solide comme un roc, qui chauffait toute la pièce.
Dessus, je mettais toujours mes trois fers en fonte à chauffer.
Ah ça, mon pitchou… ils étaient lourds !
Trois bons fers noirs, bien polis par les années.
Je les alignais sur le dessus du poêle, et ils attendaient sagement, comme trois petits garnements prêts au service.
Tu te rappelles peut-être… quand je les attrapais avec mon torchon, dà, on voyait la chaleur trembler dessus.
C’est avec ça que je repassais les chemises du dimanche… et Dieu sait qu’il fallait de la patience !
Le soir, quand la lampe descendue éclairait juste le cercle de la table, tout le reste de la cuisine restait dans la pénombre.
On entendait seulement le craquement du poêle et parfois le souffle du vent dehors.
Le pain, la soupe, les assiettes… tout brillait d’une petite lumière dorée.
Vous autres, mes petits-enfants, quand vous étiez là, vous aviez les joues roses et les yeux pleins de coquineries surtout ton cousin Pascal.
Et moi, je vous regardais en me disant :
« Ah ben ça, s’ils sont pas beaux mes petits… ça me fait chaud au cœur, pichon. »
Tu vois, mon pitchou, cette lampe-là et ce poêle… c’était tout notre soir.
Ça sentait la soupe, le linge chaud, un peu la cendre aussi.
C’était notre vie simple, notre vie bonne.
Aujourd’hui, tout brille plus fort… mais ça éclaire pas aussi vrai. »
Haïku
lampe descendue,
sur la table, le soir chaud
chante en silence.
Tanka
La lampe descend,
sa lumière de lait doux
caresse la table.
Trois fers noirs sur le poêle,
tremblent dans la chaleur simple.
3 haïku
sur le vieux poêle
trois fers comme des gardiens
veillent la soupe.
opaline blanche,
dans la pénombre du soir
un cercle de paix.
chrrr… le câble glisse,
la lampe touche la table,
mon enfance revient.
Et ces petits fers je les ai utilisé papa les avait gardé et , peut-être alors je cherchais une mémoire en les utilisant à la place de notre fer moderne tout électrique. Papa me disait « si ça t amuse » quand je demandais à les utiliser et les mettais a chauffer sur notre poêle, mais il disait cela avec un sourire sur les lèvres, ce petit sourire un peu tordu comme pour pas montrer son émotion, celle du souvenir de mémé sa mère et sûrement de sa propre enfance, un sourire en coin de lèvres un peu malicieux aussi accompagné d’ un râle, « hummmmm » comme il faisait aussi, souvent aussi pour cacher ses émotions ou un contentement, 🙂