Je me suis porté volontaire pour aider lors d’une compétition-hommage à notre sensei disparu, Guy Roland. J’emploie le mot compétition, mais je lui préfère celui d’émulation, tant l’esprit de cette journée fut empreint de respect, de joie et d’écoute mutuelle. L’événement rassemblait les plus jeunes pratiquants, de 6 à 16 ans, répartis par catégories, plus de soixante-dix enfants venus partager bien plus qu’un affrontement : une manière d’être, une manière de rencontrer l’autre.
- Poussin(e)s : 8–9 ans
- Samouraïs : 10–11 ans
- Benjamin(e)s : 12–13 ans
- Minimes : 14–15 ans
- Cadets : 16–17 ans
- Juniors : 17–18 ans
Même les débutants, sans armure, purent participer en présentant une démonstration technique.
Le matin, j’étais à la table des Minimes, Cadets et Juniors, filles et garçons. Depuis quelques années, les catégories sont séparées à partir des Minimes, ce que je trouve un peu dommage, mais ce n’était pas le sujet de la journée.
Pratiquant le kendo depuis 1990, j’ai longtemps participé aux compétitions jusqu’aux années 2006–2007. Autrefois, les jeunes passaient en même temps que les adultes aux championnats d’Île-de-France ou de France : je les voyais, je les accompagnais du regard. La Fédération ayant depuis séparé les compétitions jeunes et seniors, je n’avais pas revu depuis longtemps une rencontre uniquement dédiée aux enfants.
Et hier, j’ai été profondément touché.
La douceur de l’engagement
Ce qui m’a frappé, c’est la qualité de présence des jeunes. Leur engagement, leur intelligence du combat, la délicatesse avec laquelle ils abordaient l’autre…
Je me suis dit que le kendo avait énormément progressé, techniquement et surtout dans l’esprit.
Rien n’était dur, rien n’était forcé : tout semblait fluide, simple, lumineux.
Après les tableaux, les récompenses et le repas, l’après‑midi fut consacré à un Kachinuki‑shiai :
“gagner et continuer”.
Format simple, ludique, redoutable :
le vainqueur reste,
le perdant sort,
en cas d’égalité, les deux sortent.
Deux équipes de 35 enfants, de Poussins à Juniors, filles et garçons mélangés.
Une longue chaîne vivante, joyeuse, vibrante.
L’apparition d’une grâce de 10 ans
Et c’est là que j’ai vu quelque chose que je n’oublierai jamais.
Une jeune fille, samouraï de 10 ans, est entrée comme on entre dans une histoire.
Elle a remporté 14 combats, éliminant au passage des Minimes de 15 ans.
Vingt minutes d’attention, de présence, de douceur dans le mouvement.
Une maturité rare, une élégance naturelle.
Même les garçons, en entrant, montraient qu’ils craignaient un peu cette force si tranquille.
Elle a terminé sur un hikiwake (égalité).
Nous ne savions pas comment la remercier ; alors la salle entière l’a applaudie, très fort.
Et elle, modeste, est restée simple, humble, rayonnante dans son calme.
Les arbitres eux-mêmes ont demandé une pause après sa 10ᵉ victoire : c’était trop d’intensité pour tout le monde.
C’est à ce moment-là que m’est revenue cette question :
Faut-il vraiment donner à nos enfants une compétition uniquement centrée sur le fait de gagner ?
Ne devrions-nous pas plutôt leur transmettre la joie de la rencontre ?
Cette petite fille nous a montré précisément cela : la grâce de rencontrer l’autre, et d’en sourire, quelle qu’en soit l’issue.
Encore un instant de justesse
Plus tard, avec les Juniors, certains déjà habitués aux compétitions internationales, un autre moment de grâce a surgi.
Un jeune kendoka très fort entre. Il marque rapidement un magnifique Men. Les trois drapeaux se lèvent. Mais l’arbitre principal demande un gogi (concertation).
Les arbitres se regroupent, reviennent, et…
le point est annulé.
Pourquoi ?
Parce que son zanshin manquait de respect : une attitude trop méprisante.
Le geste était juste, mais l’esprit ne l’était pas.
Alors le point fut retiré.
Et plus tard, en marquant un second point avec une attitude plus vraie, plus digne, il avait compris.
C’était d’une grande beauté : une leçon silencieuse, dans la douceur d’un geste réajusté.
Une journée de lumière
À la fin, parmi les six personnes récompensées, trois étaient des filles, alors qu’elles ne représentaient que 25 % des participants.
Et la jeune fille de 10 ans… reste dans nos mémoires comme un souffle de grâce.
Une journée douce, calme, lumineuse.
Une journée qui rappelle pourquoi nous faisons du kendo.
Merci pour cette journée de grâce.
Haïku
Sous l’armure légère,
un sourire traverse l’air,
la grâce d’une enfant.
Tanka
Sabre en bambou clair,
le silence guide les pas ;
un souffle se pose.
Dans la douceur de ce jour,
chaque rencontre devient don.
Trois autres haïkus
Cri, pas, puis un vent doux,
l’après‑midi se suspend
dans un seul regard.
Sous le shinaï vif,
la lumière glisse au sol,
l’enfant reste calme.
Filet de soleil,
les combats deviennent jeux
dans l’éclat du cœur.
Haïku pour Guy Roland
Trace dans le silence,
son pas guide encore nos voix,
maître sans absence.
✨✨✨ magnifique et le texte et le partage de cette joie reçue dans la grâce. ❤️
bonjour, comment vas tu? je voulais inscrire ma fille au kendo quand elle était plus jeune. mais le club local m’a envoyé balader car c’est soit disant pas pour les filles… passe une belle semaine et à bientot! ❄✨
Alors ça c’est d’une connerie monumentale. Le kendo est fait pour toustes, filles, garçons et non genrés, très jeunes jusqu’à très vieux. On peut commencer à tout âge.