Avec toi, nous irons au désert

En ce vendredi de Carême, j’évoque ma foi.
Et je pense à vous toustes : musulman·ne·s, jui·f·ve·s, protestant·e·s, bouddhistes, gnostiques, athées, et bien d’autres encore.
À vous, êtres humains et autres vivants, qui cheminez Chacun·e, avec vos questions, dites ou non, face au mystère de la vie et de l’univers.


Enfant d’Abbahimma, avec toi, j’irai au désert, oui, j’oserai ce départ, j’oserai ce pas vers la nudité intérieure. Et plus j’y pense, plus je sens que le désert n’est pas une fuite, mais une avancée, une avancée vers la vérité, une avancée vers la source, une avancée vers toi. Car le désert n’est pas un éloignement, mais un rapprochement. Et chaque pas dans le sable, chaque silence, chaque souffle devient une rencontre, une rencontre avec toi, une rencontre avec moi-même, une rencontre avec celleux que j’ai été et que je deviens.

Dans ce désert, je découvre la vérité de mes failles, de mes fatigues, de mes contradictions. Et je découvre, en même temps, que tu ne me demandes pas d’être fort·e, mais d’être vrai·e. Oui, vrai·e. Car c’est seulement dans la vérité que tu peux me rejoindre. C’est seulement dans la vérité que ton souffle peut me traverser. Je comprends alors que la faiblesse n’est pas un scandale, mais un lieu de passage. Qu’elle n’est pas une défaite, mais une ouverture. Qu’elle n’est pas une chute, mais une naissance. Au désert, je désapprends pour apprendre. Je me dépouille pour renaître. Je perds pour enfin recevoir.

Et je vois aussi combien tu me conduis dans la patience, dans cette longue patience qui façonne l’âme. Dans le désert, il n’y a pas de raccourci. Pas de diversion. Pas de masque. Chaque contrariété devient une pierre que je dois apprendre à porter avec douceur. Chaque contrariété devient une école. Une école d’indulgence. Une école de lenteur. Une école d’humanité. Et je comprends que rien ne s’accomplit sans ce travail humble, sans ce travail quotidien, sans ce travail du cœur qui consent à se laisser transformer.

La parole que tu me donnes dans ce désert est une parole exigeante, une parole qui me tire vers l’amour, toujours vers l’amour, encore vers l’amour. Un amour sans calcul, un amour sans réserve, un amour qui m’oblige à sortir de moi pour aller vers l’autre. Et cette parole-là, je sens qu’elle ne peut mûrir qu’ici, dans ce silence où tout bruit tombe, où tout faux-semblant s’efface, où ne demeure que la vérité nue de ton appel.

Et je découvre alors que le désert est un lieu de guérison. Une guérison lente, une guérison profonde. Une guérison qui ne se voit pas tout de suite, mais qui travaille au-dedans, qui travaille dans le secret. Ta grâce, je la sens comme une eau souterraine, qui se fraye un chemin sous la surface sèche, qui creuse, qui ouvre, qui irrigue. Et un jour, sans que je sache comment, la vie reprend. La prière devient respiration. Le pardon devient possibilité. L’espérance devient chemin.

Mais ce qui me touche le plus, enfant d’Abbahimma, c’est que ce désert conduit vers la croix. Oui, vers la croix. Vers cette folie que personne ne peut comprendre sans passer par toi. Vers cette folie de l’amour absolu, de l’amour total, de l’amour livré. Je repense aux tentations, aux voix qui t’ont dit : « Si tu es vraiment… alors prouve-le. » Et je sais que ces voix rôdent encore, qu’elles rôdent autour de moi, qu’elles murmurent dans mes faiblesses, qu’elles me proposent la facilité, le renoncement, le pouvoir. Mais tu tiens bon. Tu restes dans l’amour. Tu restes dans la fidélité. Tu restes dans le don. Et tu m’invites à faire de même, à ma mesure, avec mes limites, mais avec tout mon cœur.

Alors je me demande, oui, si je suis vraiment conscient·e de ce que je dis lorsque je chante : « Nous vivrons la folie de la croix. » Car cette folie-là demande un courage que je n’ai pas toujours, une foi que je cherche encore, une confiance que tu dois toi-même déposer en moi. Et pourtant, je comprends qu’elle est la seule route vers la vraie vie, la seule route vers la lumière.

Fêter notre Pâque au désert, c’est accepter de marcher dans ce dépouillement, d’entrer dans cette clarté nue, d’oser se laisser guérir, d’oser porter sa croix, d’oser la folie de l’amour. C’est reconnaître que la nuit n’est pas la fin, mais l’attente. Que le désert n’est pas la mort, mais la gestation. Que la croix n’est pas la défaite, mais le passage. Et dans ce passage, enfant d’Abbahimma, je découvre ta lumière. Et dans ta lumière, je découvre que ton amour est la seule vérité, la seule force, la seule espérance.

Et avec toi, oui, avec toi, j’irai au désert. Car c’est là que tout commence. Éternellement.

Haïku

Dans le sable ancien,
l’enfant d’Abbahimma marche,
et mon âme suit.

Tanka

Là où la lumière vient,
là où la lumière revient,
je me tiens immobile.
Et dans ce silence qui appelle,
c’est toi, enfant d’Abbahimma, qui respire en moi.

Psaume

Enfant d’Abbahimma,
toi qui viens dans la poussière de mes jours,
toi qui marches dans mes nuits sans chemin,
ouvre en moi l’espace où ton souffle se pose.

Je ne cherche plus la force,
je cherche ta présence.
Je ne cherche plus la lumière,
je cherche l’œil qui la voit.

Dans la lenteur du désert,
dans l’attente qui creuse l’âme,
dans le pas qui hésite et qui pourtant avance,
tu fais naître une clarté que nul·le ne peut retenir.

Tu es la brise dans la pierre,
tu es l’eau cachée sous le sable,
tu es la voix qui appelle sans bruit.

Fais de moi un être de veille,
un être d’ouverture,
un être qui consent à la douceur invisible.

Que je devienne terre pour ta parole,
feu pour ton passage,
silence pour ton mystère.

Enfant d’Abbahimma,
je marche vers toi comme on marche vers la source :
avec la soif,
avec la paix,
avec l’émerveillement de ne jamais te contenir.

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