Faire mémoire

Parce que je suis revenu au sein de l’église grâce à lui, parce que j’ai aimé ce Pape certes imparfait, parfois maladroit mais si profondément humain. Ce texte est moins pour vous froeurs en humanité non catho, mais…

— Décès du Pape François

Nous voici donc, rassemblé·es au seuil d’un grand vide. Nous voici, humblement, au pied d’une absence. Nous voici, pauvre peuple, chargé·es d’une mémoire qui ne veut pas mourir. Car il est mort, François. Il a franchi la nuit. Il a remis son âme entre les mains du Père, et nous, nous sommes resté·es, chargé·es de l’écho de ses paroles, de la trace de ses gestes, de la brûlure de son regard.

Faire mémoire, oui, faire mémoire.

Non pas stocker des souvenirs dans l’armoire froide des commémorations.
Non pas aligner des dates sur un marbre sec.
Non pas réciter des hommages dans le vent oublieux.
Mais revivre, reprendre souffle, rouvrir les livres de nos vies marquées par son souffle, par sa parole, par sa foi simple et forte.

Car faire mémoire, c’est écrire son Évangile. C’est se tenir droit·e dans le présent, chargé·e du passé, tendu·e vers l’avenir.
Faire mémoire, c’est vivre l’octave de Pâques dans chaque battement de cœur, dans chaque souffle partagé, dans chaque lutte pour la justice et la fraternité.

Faire mémoire, c’est savoir que la foi n’est pas un musée, mais une sève, un feu, une marche incessante.

François, toi qui as relevé les pauvres, toi qui as crié contre l’idolâtrie de l’argent, toi qui as osé dire que la terre elle-même était une sœur qu’on martyrisait — ton départ ne nous laisse pas orphelin·es. Il nous laisse en marche. Il nous laisse la mission. Il nous laisse la brûlure du cœur.

Et nous ferons mémoire. Nous ferons mémoire en sortant de nos tombeaux, de nos lâchetés, de nos peurs. Nous ferons mémoire en écrivant, avec nos pauvres vies, un Évangile vivant. Nous ferons mémoire en tenant haute la torche que tu nous as tendue, simple et lumineuse.

Car la mémoire, si elle est vraie, ne retient pas : elle propulse.

Haïku

Une voix s’éteint,
mais l’écho sème le feu
dans les cœurs ouverts.

Tanka

Il a traversé
la nuit pour nous éclairer.
À nous maintenant
de porter dans notre chair
la mémoire en mouvement.

Sonnet bancale

François est parti, mais il nous a laissé
Un Évangile ouvert, un appel sans clôture,
Un chant pauvre et fervent, une voix sans armure,
Un chemin dans la brume que nous devons tracer.

Il a tendu la main, il a blessé l’orgueil,
Il a parlé tout bas aux marges oubliées,
Il a semé la paix dans les terres noyées,
Il a donné la foi comme on tend un seuil.

Et nous, pauvre troupeau, nous devons à notre heure
Faire mémoire debout, marcher dans sa lueur,
Écrire notre chant sur le parchemin du monde.

Car l’amour ne meurt pas, et l’appel ne se tait.
Quand un juste s’endort, c’est l’humanité
Qui reprend le flambeau et s’élève à la ronde.

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