Le fou et la Licorne par Éric Poindron

La lecture de ce livre m’a troublé. Troublé par l’érudition de l’auteur, troublé par l’âme vagabonde et poétique de cet homme et l’étrange impressions que cet auteurs-éditeur n’est pas de nos temps contemporains. C’est un ancien, un ancêtre qui écrit son blog et le concatène finalement dans la seule matière qu’il connaisse et aime, le livre.

La lecture est une promenade dans un journal intime poétique d’un homme qui semble atterrir dans notre siècle en venant directement du 12ème et 13ème siècle. Il y a en lui l’esprit du vavasseur, du moine scribe et du troubadour, amoureux des arts et des lettres de son temps. Quelque part, je ne suis pas étonné d’y trouver le Fou, ce Mat du tarot et la Licorne de la dame à la licorne. Je m’attendais même à tout moment d’y rencontrer Ysengrin et les facéties de Renart, ou encore d’y lire des extraits en « vieux François » du roman de la Rose.

Cet homme n’est véritablement pas d’aujourd’hui, l’écriture pourrait être, par paresse être comparé à ces auteurs narcissiques vains et occupé de néant que sont les Beigbeder les Carrère et autres Modiano qui se complaisent dans une « miration » d’eux même dans leur miroir et veulent que nous les contempliont de même, sans beauté dans leurs mots. Chez Éric Poindron, rien de tout cela. Il parle de lui, certes, mais il parle depuis ce vaisseau en voyage qui est lui, ce cheval à la crinière enflammé qui court vers sa propre histoire, avec panique mais aussi avec urgence.

Il y a de l’élitisme chez cet homme, mais c’est l’élitisme de responsabilité, il prend soin de ceux autour de lui et dont il a la responsabilité comme un moine ou un vavasseur du 13ème siècle.

Il y a de la phallocratie, oui un peu, certes il n’y pas beaucoup d’autrices ou de poétesses citées, mais sa phallocratie provient de ces temps et de cette époque dont il est issu et elle est la réponse aux peurs de ce moyen-âge, la femme devait avant tout être admiré et protégé.

Il y a de l’admiration pour la célébrité, mais pas pour la sienne personnelle, on sent qu’il se met au service de la célébrité des autres. Je me pose des questions sur pourquoi Cali ? Mais ça c’est mon problème.

Et il y a cette écriture érudite d’une pavane de troubadour perdu en plein 21ème siècle. Et son regard sur les vieilles choses nous permet de ne pas les oublier ces vielles choses, ces fantômes apeurés des maisons non hantés, ces papillons de nos campagnes avant qu’ils ne disparaissent. Son livre possède cette bonne odeur de notre passé et en cela il est plus important que beaucoup d’autres auteurs trop lus, trop achetés, trop adulés.
Je ne comprends pas que Grasset, ne se soit pas jeter sur ce livre. En effet ce livre est une des dernières lettres persanes de Montesquieu écrit sur notre temps par un voyageur du moyen-âge. Monsieur Poindron est perdu dans notre siècle, mais cela nous aide à le comprendre, ce siècle.

Quelques fois, il se perd dans son érudition, mais finalement c’est en cela aussi qu’il est lui, qu’il est sincèrement lui. C’est un livre personnel mais pas seulement, C’est une poésie féérique mais pas seulement. Il nous rappelle aussi ce que sont ou pourrait être nos blogs. Un butinement d’abeilles sur les fleurs de nos jours.

Eric Poindron me fait pense à Il y en a aussi

Quelques vers de ci de là

Je suis allé dormir sur la plage
J’aurais pu en profiter pour flâner
Ou boire la tasse
Ou la bouteille à l’amer

Dès que tu commences à écrire, le pas du stylo s’accélère et le cerveau échafaude, essaie de prendre les devants.
Ça fait la course, Du cerveau au stylo.
C’est ça, je vais écrire mon printemps d’autrefois. J’irai là et ici là.
Je vais me souvenir, attablé à cette table qui n’existe pas.
Avec un peu de chance un souvenir se faufilera peut-être comme un passant, pour un brin de conversation.
Qu’ai-je fait de l’hiver ?
Des conserves de promesses, en simplicité.
Et des poèmes en secret.

Ranger, déranger, ranger, c’est presque la même chose. Le rangement peut être au sol et le dérangement sur les rayonnages. Question de point de vue.
Il faut aussi que je laisse une place vide — celle d’un livre au moins ; ou deux — afin de pouvoir lire debout,…

Ici nous vivons tous dans une ambitieuse pauvreté

A une petite fille qui s’interrogeait, l’ange lui répondit « ne fais pas artiste si tu peux faire autrement. Si tu ne sais faire que ça, alors fais artiste. »
La vie n’est pas toujours de toutes les couleurs, mais chaque couleur est votre « chaque vie ».
Protégez vos enfants des lignes droites. Offrez-leur des illuminations, des certitudes fragiles et des chaussures solides.

Vendredi 13 novembre 2015 – pape François

Nouvelles médiations du pape François, homélie de Sainte Marthe 2014-2015

Je reprends dans son intégralité l’homélie du Pape François au matin du 13 novembre 2015, car elle fait écho en moi à ce soir là, ou je pratiquais le kendo a 200 mètres du Bataclan. Je pense, je prie et je rend hommage à une petite qui débutait à peine sa vie.
Matin de 9 mars 2021 à 6h30 du matin.

Vendredi 13 novembre 2015

Idolâtrie de l’immanence et des habitudes

Pour son homélie, le pape François s’est inspiré du psaume 18 proposé par la liturgie. « Dans cette prière, nous avons répété « Les cieux narrent la gloire de Dieu » : sa gloire, sa beauté, l’unique beauté qui demeure pour toujours. Au contraire, les deux lectures — aussi bien celle du livre de la Sagesse (13,1-9) que celle de l’Évangile (Luc 17,26-37) — nous parlent de gloires humaines, d’idolâtrie même. En particulier la première qui parle de la beauté de la création mais souligne immédiatement la faute de ces gens qui, dans ces belles choses, n’ont pas été capables de regarder au-delà, c’est à-dire vers la transcendance. Ce sont sans aucun doute des choses belles en elles-mêmes, mais ces hommes n’ont pas reconnu que cette beauté est la marque d’une autre beauté plus grande qui nous attend, la beauté de Dieu. » On lit dans le livre de la Sagesse que ces hommes « fascinés » par la beauté des « choses créées par Dieu ont fini par les prendre pour des dieux ». C’est précisément « l’idolâtrie de l’immanence ». Ils se sont attachés à cette idolâtrie sans penser, au contraire, à la grande supériorité de leur souverain, car Celui qui a créé ces choses est principe et auteur de la beauté. C’est une idolâtrie que de regarder les nombreuses beautés sans penser qu’il y aura un crépuscule. Et le crépuscule aussi a sa beauté. Nous courons tous le danger de cette idolâtrie de l’immanence, d’être attachés aux beautés d’ici-bas, sans la transcendance.

L’autre idolâtrie est celle des habitudes. Dans l’évangile du jour, Jésus, en parlant du dernier jour, précisément du crépuscule, dit : « Et comme il advint aux jours de Noé, ainsi en sera-t-il encore aux jours du Fils de l’homme : on mangeait, on buvait, on prenait femme ou mari, jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche. » En somme, tout est habituel : nous vivons ainsi, sans penser au déclin de cette façon de vivre. Et être attaché aux habitudes sans penser que cela prendra fin, c’est aussi une idolâtrie.
Alors que l’Église nous prépare, cette semaine, à la fin de l’année liturgique, elle nous fait penser précisément à la fin des choses créées. Oui, elles seront transformées, mais Jésus nous donne un conseil dans l’évangile d’aujourd’hui : « Ne pas revenir, ne pas regarder en arrière ».

Liturgie du jour : Livre de la Sagesse 13.1-9; Psaume 18:Évangile de Luc 17, 26-37