Arcane XVI – La Foudre

La Foudre frappe sans prévenir. Elle ne s’annonce pas, elle s’abat. Brutale, violente, mais nécessaire. Une secousse, un séisme intérieur qui ne laisse rien intact. La tour de mes illusions, ces conforts étriqués, ces certitudes rassurantes, s’effondrent en un instant. Ce n’est pas une punition, c’est une délivrance. Ce qui tombe devait tomber. Ce qui reste, peut-être, est le vrai. Et ce vrai brûle, illumine, et me pousse hors des décombres.

Ce matin, je suis sorti de chez moi avec une tristesse, un poids sur le cœur. Le visage de mon frère Thierry hantait ma mémoire. Ses trahisons d’enfant, ses abandons d’adulte, sa misère devenue la mienne par ricochet. Mais la Foudre m’a pris dans le métro : une vieille dame, perdue dans cet enfer souterrain. Et moi, sans réfléchir, une impulsion, une voix intérieure : « Aide-la. » J’ai tendu la main. Rien de spectaculaire, rien qui change le monde. Mais pour elle, peut-être, une lumière. Et pour moi, un retour à l’essentiel : la bonté brute, celle qui n’attend rien.

La Foudre frappe encore à la sortie du RER. Le sourire d’un inconnu. Peule, peut-être, son visage marqué par une vie que je ne devinerai jamais. Un sourire qui brise ma mélancolie, qui traverse mes défenses comme une lame, mais douce, lumineuse. Une joie soudaine, sans cause, sans pourquoi. Voilà ce qu’est la Foudre : elle détruit pour révéler. Elle fait place nette pour la lumière.

Et puis, cette peur du 6ème Dan de Kendo. Une peur inutile, mais tenace. Un autre genre de foudre, celle qui s’abat avant même que l’orage n’éclate. Pourtant, la vraie Foudre, celle de cette carte, me rappelle que tout se passe dans l’instant. Ce qui n’est pas encore n’a aucun pouvoir. Ce qui est passé n’a plus de poids. La vie se vit dans la fulgurance de la seconde, dans l’éclair qui révèle tout.

Rubaiyat

La tour s’effondre, les masques sont jetés,
La Foudre s’abat, tout doit être brisé.
Mais dans l’éclair, un sourire éclot,
Et l’âme renaît, au présent libérée.

Ghazal

La Foudre frappe, éveille la nuit,
Elle brise les chaînes, elle crie, elle fuit.

Un sourire offert dans un couloir sombre,
Un éclat d’âme, une lumière sans ombre.

La peur du futur, ce mensonge ancien,
Tombe en cendres, devient vent, devient rien.

Dans l’orage, je marche, je danse,
Le chaos n’est qu’un prélude à la chance.