Roi d’Arc-en-Ciel : L’Abondance

La carte est une claque. Une explosion de couleurs. Elle te dit que tout est là, à portée de main, mais tu continues à te priver, à t’étioler dans des schémas petits, étroits, à moitié vivants. Cette abondance, ce n’est pas celle des banques, des coffres forts et des tableaux Excel. C’est une abondance de tout ce que tu refuses de voir parce que la bourgeoisie et son esprit te l’ont arraché : le corps, la danse, la chair, la joie brute d’être là, vivant·e.

Aujourd’hui, cette carte me murmure ce que j’ai toujours voulu fuir, peut-être par peur, peut-être par orgueil : être entier. Pas à moitié esprit, pas à moitié matière. Être tout, être la saleté sous les ongles et l’étoile au-dessus de la tête, être Zorba et Bouddha, être ce « oui » de Marie qui embrasse tout sans exception. Jésus a dit « Suivez-moi » et Simon, André, Jacques et Jean ont tout lâché. Ont-ils vu cet arc-en-ciel, cet éclat total d’un être entier, complet ? Peut-être que leur « oui » n’est pas si éloigné du mien, de ce que je cherche sans cesse, et que je trouve parfois dans une lame, parfois dans une prière, parfois dans un corps, parfois dans un geiko.

L’abondance, c’est ça. Tout accueillir. Ne pas rejeter, ne pas mépriser. Regarder les couleurs se mêler, sans peur que le rouge salisse le bleu, que le jaune s’efface dans le vert. C’est cette vie brute, totale, qui nous échappe si souvent, parce qu’on la regarde avec des yeux bourgeois, fatigués de voir toujours pareil. Aujourd’hui, cette carte me demande : seras-tu entier ? Seras-tu cet arc-en-ciel ?

Rubaiyat

Un roi sans trône, je danse sous l’arc en ciel,
Là où le cœur chavire, là où le corps s’émerveille.
Ni ciel ni terre, mais l’union des deux,
Dans chaque goutte de vie, un secret éternel.

Ghazal

Arc-en-ciel dans le sang, dans les larmes, dans le feu,
Chaque couleur murmure : sois entier, sois un vœu.

Ne fuis pas le rouge, ni l’ombre des nuits,
Tout s’embrase, tout s’aime, sous la pluie.

Zorba danse, Bouddha médite, et toi,
Es-tu prêt·e à devenir lumière sans loi ?

Dans l’abondance, le silence devient chant,
Le « oui » résonne, un éternel instant.