Le geiko, la musique du sabre

Le geiko, ce n’est pas un combat, c’est une danse. Une improvisation où deux âmes se rencontrent, se mesurent, s’accordent. Deux soleils qui gravitent, cherchent le centre, s’en approchent et s’y disputent avec une attention si fine qu’elle dépasse le regard. Le seme (prononcer [sémé], Lacan aurait quelque chose à en dire) – ce souffle de conquête et de défense du centre – devient le tempo. C’est une musique silencieuse qui vibre entre les corps, entre les âmes. Pas un affrontement brutal, mais une tension créative, une harmonie fragile.

Quand le moment de l’assaut arrive, c’est une note qui s’élève, juste ou fausse. Celui qui frappe dièse trouve la perfection du coup ; celui qui reste bémol accueille la coupe. Mais il n’y a ni vainqueur ni vaincu, seulement une mélodie qui a pris forme. Et si la musique joue faux – si l’un des deux force, triche la note ou précipite la cadence –, alors l’instant est brisé. Le geiko n’est plus. Il n’y a plus d’art, seulement une parodie.

Le kendo, c’est cela : un art du jazz fractal. Chaque coupe, chaque esquive, chaque seme est une improvisation à deux voix. Pas pour vaincre, pas pour dominer, mais pour comprendre que l’univers lui-même est musique. Dans cette quête, l’autre n’est pas un ennemi. Il est un partenaire, un miroir, une clé, un aïté. Sans lui, il n’y a rien. Avec lui, tout devient possible.

Voilà pourquoi le kendo, et le geiko en particulier, échappent à la pensée bourgeoise du mérite, à l’obsession absurde de la victoire. C’est un art, un dialogue, une communion. Une leçon de vie et d’humilité. Mes sœurs, mes frères, mes froeurs, rejoignez ce monde où l’on rencontre l’autre non pour le briser, mais pour jouer et apprendre avec lui. Pratiquez. Écoutez. Entrez dans la musique.

Haïku

Deux corps en écho,
Le sabre chante la paix,
Silence en cadence.

Tanka

Deux soleils dansent,
Le centre devient lumière,
Un souffle jaillit.
Ni vainqueur ni vaincu,
Seulement l’art du vivant.

Sonnet bancal

En geiko, deux âmes se cherchent, s’effleurent,
Le sabre chante au rythme de l’esprit,
L’autre devient un miroir, un abri,
Et l’assaut s’élève, fragile demeure.

Pas de gloire ici, ni trophée qu’on honore,
Mais une mélodie née du choc précis,
Où la coupe, bien qu’issue d’un défi,
Se révèle juste, une grâce sonore.

Loin des vanités, des logiques de fer,
Loin des jeux du pouvoir, des mérites amers,
Le geiko célèbre un art sans frontière.

C’est un dialogue, une danse offerte,
Une musique qui jamais ne s’arrête,
Un hommage au vivant, une joie discrète.