As d’eau : suivre le courant

Cette année, j’ai décidé d’explorer en profondeur l’ensemble des cartes du Tarot Zen d’Osho, un chemin spirituel autant qu’introspectif. Chaque carte tirée devient une fenêtre ouverte sur notre monde intérieur, un prisme à travers lequel contempler les questions, les tensions, les espérances qui nous habitent. Jusqu’à présent, j’ai médité sur trente d’entre elles, trente éclats de sens qui m’ont aidé à naviguer dans l’opacité de mes émotions, de mes doutes, de mes désirs, de mes possibilités. Il m’en reste quarante-neuf à explorer, quarante-neuf invitations à suivre un fil, à me perdre et me retrouver dans les méandres de la pensée et de l’intuition.

Mais je sais qu’en avançant, un risque se dessine : celui de voir certaines lames revenir, me confronter à nouveau à des thèmes déjà abordés. Face à cette éventualité, deux choix s’offrent à moi. Écarter les cartes déjà méditées pour ne pas briser la progression. Ou bien choisir librement une carte non abordée quand certaines reviennent, portées par une autre synchronicité, et en donner un éclairage différent. Je ne sais pas encore mais pour l’heure voici la carte du jour.

L’As d’Eau, cette lame qui flotte dans la confiance, me rappelle que la lutte n’est pas toujours la voie. Parfois, il faut céder, s’abandonner à la rivière, et laisser la vie nous emporter là où elle veut. Ce matin, je me rendais au kendo avec ce tirage en tête, et déjà je sentais dans mes gestes cette fluidité. Pas de résistance, pas de heurt, juste la réceptivité à ce que l’instant propose.

Dans cette carte, l’eau n’est pas un simple élément, elle est une leçon. Être comme l’eau, c’est refuser l’ambition rigide et la lutte stérile. L’eau s’adapte, elle s’infiltre, elle contourne, mais elle avance toujours. Elle ne s’enferme pas dans des canaux tracés par d’autres. Elle ignore les frontières bourgeoises, celles qui veulent limiter l’élan vital, transformer la vie en un parcours figé et vide de sens.

Au kendo, cette leçon de l’As d’Eau prend tout son sens. Dans chaque geiko, dans chaque frappe, il faut suivre le courant. Ne pas s’opposer à la force de l’autre, mais l’accompagner, la sentir. Le vrai seme, ce n’est pas imposer sa volonté par la force, mais s’insérer dans la dynamique de l’autre, fusionner avec elle, et trouver la justesse dans le moment.

La bourgeoisie, avec sa rigidité, ses carcans mentaux, déteste l’idée de se laisser porter. Elle veut contrôler, dominer, mesurer, tout enfermer dans des règles étroites. Mais l’eau, elle, ne se laisse pas capturer. Elle s’échappe toujours, insaisissable, fluide, libre. Et c’est cette liberté que l’As d’Eau nous offre aujourd’hui : celle de ne pas être figé, de ne pas céder à l’ego, de ne pas chercher à gagner, mais simplement d’être.

Dans ma pratique, comme dans ma vie, je rêve de devenir cette eau vive. Refuser de stagner, continuer à bouger, à explorer, à me laisser traverser par la vie. Les ambitions stériles, les quêtes d’ego, les résistances inutiles, tout cela n’est qu’un poids. Et si je veux atteindre la mer, je m’en déleste.

Rubaiyat

Sous la surface, la vie danse sans fin,
Suivre le courant, oublier le chemin.
Pas d’ambition, juste l’écho des profondeurs,
L’eau murmure : « Sois libre, deviens ton destin. »

Ghazal

Suivre le courant, sans lutter contre l’onde,
L’eau chante doucement : « Lâche prise, vagabonde. »

Elle n’a pas d’ambition, mais atteint toujours la mer,
Sa force est dans son flux, son mystère inonde.

Dans le geiko du kendo, je sens l’autre respirer,
Son seme me guide, nos énergies se fondent.

La vie est un fleuve qui ignore les barrages,
Je deviens cette eau vive, que rien ne sonde.

Haïku

L’eau suit son chemin,
Ni sommet, ni ambition,
Elle atteint les cieux.