En remerciement à Aurélien Barrau et encore une fois à ma sœur.
Nous vivons une époque où beaucoup de choses nous inquiètent. Nous voyons les bouleversements du climat, les blessures infligées à la terre, les violences sociales, les exclusions, les solitudes.
Et pourtant, la question la plus profonde n’est pas d’abord : « Que va devenir notre monde ? »
La question est :
Comment habitons nous notre propre humanité ?
Car la terre souffre souvent là où l’être humain souffre lui-même. Lorsqu’une personne est privée de sa dignité, lorsqu’elle ne trouve plus sa place, lorsqu’elle ne se sent plus reconnue, quelque chose du monde s’abîme avec elle.
Nous avons pris l’habitude de séparer les choses. Nous parlons de l’environnement d’un côté, de l’économie de l’autre, du social ailleurs encore. Mais la vie ne se découpe pas ainsi.
Tout est lié.
L’air que nous respirons, l’eau que nous buvons, les paysages qui nous entourent, les liens que nous tissons, les blessures que nous portons et les espérances qui nous habitent appartiennent à une même réalité.
Au plus profond de nous-mêmes existe une source, une origine silencieuse. Une rivière d’amour souterraine qui ne possède rien et qui donne tout.
Une source qui ne domine pas mais qui fait vivre. C’est de cette profondeur que naît notre capacité d’aimer, de créer, d’accueillir et de prendre soin. Certains l’appellent Dieu. D’autres lui donnent un autre nom, ou, ne la nomment pas.
Mais nous pouvons tous reconnaître cette présence qui nous invite sans cesse à devenir davantage humains.
Cette source ne demeure pas enfermée dans l’intériorité. Elle se manifeste dans nos manières de vivre ensemble, dans notre capacité à prendre soin les uns des autres et à construire des espaces de reconnaissance mutuelle.
Le travail social est précisément l’un des lieux où cette source devient visible. Chaque fois qu’une personne est écoutée. Chaque fois qu’une confiance renaît. Chaque fois qu’une famille découvre qu’elle n’est pas seule. Quelque chose de la vie recommence.
Et cela est immense.
Nous pensons parfois que les grandes transformations viendront uniquement des technologies, des règlements ou des décisions des institutions. Les technologies, les réglementations et les institutions sont nécessaires. Mais elles ne suffisent pas. Et lorsqu’elles se coupent du sens humain qu’elles prétendent servir, elles peuvent même produire de nouvelles formes d’exclusion. Si elles servent, elles ne suffiront jamais. Car rien ne change durablement si nos regards communs ou individuels ne changent pas.
Et c’est ici que la poésie devient essentielle. La poésie nous apprend à voir. Elle nous apprend à nous arrêter. À accueillir ce qui est. À reconnaître l’infini dans ce qui paraît ordinaire et insignifiant.
Une fleur qui survit dans le béton. Un jardin commun entre les murs retrouvant son printemps. Un visage inconnu rencontré et immédiatement aimé sans savoir pourquoi. Une parole inattendue, impromptue, offerte et échangée. Tout cela peut devenir un commencement.
La véritable écologie naît là, dans une manière nouvelle de regarder, dans une capacité retrouvée à l’émerveillement. Elle naît dans la conscience que nous ne sommes pas propriétaires du monde mais participants à son mystère (et un mystère ce n’est pas une énigme à résoudre, mais bien une expérience, une vraie, pas celle des marchands, à vivre).
Alors prendre soin de la terre n’est plus seulement protéger des ressources, c’est honorer la vie.
Prendre soin des personnes n’est plus seulement répondre à des besoins, c’est reconnaître sa dignité infinie.
Créer du lien n’est plus seulement une action sociale, c’est permettre à chacun de trouver sa place dans une communauté humaine plus vaste.
Peut-être que notre mission aujourd’hui est simplement celle-ci : aider la vie à circuler. La laisser passer à travers nos paroles, nos décisions, nos institutions, nos associations et nos engagements. Car lorsque la vie circule, l’espérance se nourrit et devient féconde. Lorsque l’espérance fleurie, le monde commence déjà à changer.
Voilà pourquoi l’écologie, le travail social, la créativité et la poésie ne sont pas des sujets différents. Ils nous parlent tous de la même chose : de ce courant de vie intérieur qui nous relie les uns aux autres, à la terre qui nous porte et à ce mystère de vie qui nous précède et nous dépasse.
Et c’est peut-être en retournant vers ce Souffle que nous pourrons inventer ensemble un avenir plus humain, plus sorofraternel et plus vivant. Un avenir où chaque être, humain ou non humain, pourra trouver sa juste place dans la communauté du vivant.
Haïku
Sous les murs de pierre,
une source chante encore,
la terre écoute.
Tanka
La source demeure
sous le vacarme du temps,
claire et sans détour.
Entre terre et compagnes
fleurit l’espoir du vivant.
Psaume de la source vive
Bénie soit la source vive
qui sous la pierre encore arrive,
comme un ruisselet précieux
venu des profondeurs des cieux.
Quand la terre en son manteau gris
porte les marques du mépris,
quand l’homme oublie son prochain,
elle murmure un autre chemin.
Moult gens errent dans les cités,
le cœur blessé, déshérité,
mais la source au creux des nuits
rallume un feu qui n’est point fui.
Ni l’or des puissants seigneurs,
ni les décrets des bâtisseurs,
ne peuvent seuls faire éclore
le printemps que nos âmes implorent.
Car un regard plein de douceur
vaut parfois plus qu’un grand labeur,
une parole en vérité
fait refleurir l’humanité.
Ô terre, « nostre » humble maison,
reçois nos chants et nos moissons,
fais de nos mains et de nos voix
des serviteurs de juste voie.
Alors l’espérance grandira,
comme un haut bois « reverdera »,
et tous les êtres réunis
danseront sous l’arbre de vie.
Louée soit la source enfin,
qui relie chaque être humain,
par elle le monde renaît,
et le vivant trouve sa paix.
Je suis très heureuse et fière de t inspirer mon frère c est une grâce ♥️♥️♥️🕊️🕊️🕊️🕊️🕊️🕊️🙏