Une amie m’a tendu un gros savon anglais bon pour le corps, un présent à la fois simple mais aussi intime. Sur le dessus, cette phrase gravée : « Your body, your soul, your rituals. » La publicité, comme les marins, aime faire des phrases, faire de grandes promesses, même quand il s’agit de se laver avec du savon. J’ai d’abord souri, ironique. Mais en lavant ma peau pendant la douche, une pensée plus subtile m’a traversé : mon âme, après tout, n’attend pas derrière la porte de la salle de bain. Elle ne s’évapore pas dans un coin de la maison pendant que je prends soin de mon corps. Peut-être même que c’est l’inverse : c’est le corps qui fait partie de l’âme, ce corps si glorieux dans sa fragilité, dans sa chaleur, et un jour, hélas, dans son froid.
Ce froid m’a frappé. Cette peau que je lave aujourd’hui, pleine de la vie d’un homme de 62 ans, sera un jour de marbre. Et pourtant, même dans la mort, le corps n’est pas abandonné. Nous avons nos rituels funéraires, presque sacrés. Nous le lavons, l’habillons, nous lui redonnons une dignité qu’il n’a jamais perdue. Ce corps, bien qu’inerte, reste le dernier témoignage tangible d’une personne qui a vécu, aimé, souffert. Une empreinte charnelle de l’âme qui l’animait.
Mais l’âme ? Que devient-elle lorsqu’elle perd son enveloppe ? Quand nous avons la foi, nous croyons, nous espérons qu’elle continue, qu’elle entre dans une lumière divine, qu’elle attend une résurrection promise.
Cette attente, c’est peut-être là que réside tout le mystère de notre foi : un éternel Avent, un temps suspendu, une promesse qui nous dépasse.
Jésus a attendu trois jours. Trois jours pour transformer sa mort en vie nouvelle, pour déchirer ce voile entre le divin et l’humain, pour ressusciter et entrer dans l’éternel, le hors du temps (qui n’est pas l’immortel la durée dans le temps). Mais pour nous, les simples mortels ? Cette union parfaite entre l’âme et le corps, cette plénitude divine, semble lointaine. Nous proclamons : « J’attends la résurrection des morts. » Ces mots, si vastes, résonnent de cette promesse : Dieu, en prenant chair, Iel a marqué pour toujours notre humanité de sa divinité.
Alors, qu’un simple savon gravé et parfumé m’amène à penser tout cela n’a rien d’étonnant. Prendre soin de ma peau, c’est peut-être déjà une manière d’attendre. Un geste d’amour pour ce corps qui m’a été donné, et qui, un jour, retrouvera une plénitude, transfiguré, hors du temps et les embrassant tous, d’âge en âge.
Rubaiyat
Ô corps fragile, miroir de l’éternité,
Chaque ride est promesse de sérénité.
Un jour, dans l’éclat d’un nouveau matin,
Tu renaîtras, uni à l’infini sacré.
Ghazal
Sous le poids du monde, mon corps ploie et cède,
Mais l’âme veille, douce lueur, sans trêve.
Chaque geste, chaque soin, est une prière,
Dans l’attente d’un jour où tout se relève.
Jésus marchant au tombeau nous éclaire,
La chair aimée d’un Dieu qui nous soulève.
Savon sur peau, promesse d’éternité,
De l’humble au divin, tout en nous s’élève.
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