Rêve.
La maison de pierre de mon village, centre et entrée de la ferme. J’y suis assis, triste. Mon père est là et me dit : quand je me sens accablé, je vais quelque part. Viens. Il monte en voiture, j’hésite. Viens. Je monte. La voiture prend la route directe à travers champs et grimpe vers le sommet de la montagne. Il n’y a plus que la montagne, le ciel et la voiture avec mon père. Au sommet, nous apercevons en contrebas un bourg idéal. Nous commençons la descente. Nous laissons la voiture pour marcher en équilibre sur des murs. Au retour, presque le même chemin, mais les murs sont des cages de métal où nous avançons avec une troisième personne : un adolescent perdu, indifférent aux autres.
Même rêve.
Elle me dit : il revient, et cette fois j’irai. Il y aura bien un moment où cela ne te rendra pas triste. Éloignement.
Réveil.
Matin. Je lis Luc 10:21 :
« En ce moment même, Jésus tressaillit de joie par le Saint-Esprit, et il dit : Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents, et de ce que tu les as révélées aux enfants. Oui, Père, je te loue de ce que tu l’as voulu ainsi. »
Je cherche le nom de Dieu. Son nom de Père a servi tant de fois à asservir, à justifier des pouvoirs malsains et des interprétations blanches et masculines que je cherche un autre nom.
J’ai pensé à Abbama, mais peut-être serait-il plus juste de lui donner un nom, provisoire, à l’Éternel : Abbahima, père et mère et plus encore.
Attente dans le RER.
Une femme écrit dans un cahier de brouillon. Je pense à ma mère. Elle écrivait des mystères, ses pièces de théâtre chrétiennes dans ces mêmes cahiers d’écolier. La femme se lève et s’en va. Je n’ai pas vu son visage. C’était peut-être celui de ma mère.
J’interprète provisoirement
Le rêve : Espace initiatique. Dans ce rêve, je marche avec mon père, je traverse des paysages symboliques – la maison de pierre, la montagne, les murs fragiles. Ce voyage traduit mon besoin de trouver un chemin hors de l’accablement, de réapprendre l’équilibre.
La foi : Elle est une tension permanente en moi, entre la tradition qui m’a façonné et que j’ai rejeté et mon désir de réinventer le sacré. Quand je cherche un nouveau nom pour Dieu, c’est pour dépasser les représentations figées, les interprétations oppressives, et retrouver une spiritualité vivante, libératrice.
La mémoire : Elle me relie à ma mère, à son écriture, à ses cahiers de brouillon. Ce geste d’écrire devient pour moi un symbole de continuité, où l’absence se mêle à la présence, où mon identité se construit dans le souvenir.
Réflexion sur la fragilité des liens – familiaux, spirituels, existentiels – et sur la manière dont le rêve, la foi et la mémoire se conjuguent pour offrir un espace de reconstruction intérieure. C’est ma manière d’interroger qui je suis, ce que je crois, et comment je peux réinventer le sens dans ce monde en mutation.
Un Haïku
Montagne au sommet,
le silence tient la voiture,
mon père dit : « Viens ».
Un Tanka
Maison de pierre,
chemin vers la montagne,
ombre du passé,
je cherche un nom à Dieu,
entre père et mère, ciel.
Trois autres haïkus
Cahier brouillon,
mains d’une femme qui part,
visage absent.
Nom de Dieu perdu,
dans la cage des certitudes,
je cherche l’air pur.
Mur en équilibre,
l’adolescent marche seul,
vent sur la vallée.
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