Valet de feu : L’espièglerie

Ce matin, le monde pue la fatigue morale. Un vieux rhume me râpe les narines, mais c’est un autre encombrement qui m’asphyxie — celui des âmes racornies, figées, infectées de sérieux comme d’un cancer lent. Les fascismes ne défilent plus bottés dans les rues : ils s’infiltrent, suintent, murmurent dans les phrases bien faites des vieilles droites empesées et des centres en décomposition. Ils rampent dans l’esprit de mes compagnons vieillis, alourdis de peur, de propriété, de calcul.

Et moi, j’éternue. Et dans cet éternuement, je ris. Car la carte du jour, c’est L’Espièglerie.

Le Valet de Feu ! Le môme qui pisse contre les statues ! Le petit fou qui danse sur les ruines des idéologies figées. Celui qui n’a pas besoin de manifeste pour exister, parce qu’il vibre, parce qu’il brûle, parce qu’il aime.

Ce n’est pas une carte de fuite, c’est une carte de rupture. Une gifle joyeuse à la gravité. Une invitation à tirer la langue aux prêtres de la peur. Une grâce qui ne s’agenouille pas. Elle m’est donnée ce matin où je commençais à me raidir, à devenir moi-même un vieux con de gauche, sérieux comme une procession d’anciens combattants.

Mais non. L’Espièglerie me tire par la manche. Elle me fait un clin d’œil. Elle me dit :
“Ton engagement n’aura de force que s’il est joyeux. Ton feu n’aura de portée que s’il éclaire, pas s’il brûle tout sur son passage.”

Je redeviens gosse, poète, chien errant avec des fleurs dans les dents.

Trois Poèmes – Le feu joyeux de l’instant

Rubaiyat — Rire contre le Mur

Ils veulent des héros raides, moi je donne un fou,
Un rieur sacré, nu, qui danse dans les trous.
Le monde est trop sérieux pour être vrai,
Alors je crache un feu, et j’en fais mon bijou.

Ghazal — Le Feu Rit

Ils m’ont dit de me taire, mais le feu rit.
Même dans la nuit des hommes, le feu rit.

J’ai mis des fleurs dans mes poings fermés,
Et sous les matraques hurlantes, le feu rit.

Le sérieux s’écroule, sa statue se fend,
Sur les décombres des dogmes, le feu rit.

Je suis l’enfant sans maître, sans dogme, sans cage —
Et même dans mes larmes, le feu rit.

Qu’on me nomme fou, traître ou païen,
Je serai libre, tant que le feu rit.

Haïku

Feu dans les sandales —
un rire fend les pavés
et l’ordre s’écroule.

Aujourd’hui, je ris. Et dans ce rire, je résiste. Et dans cette joie, je deviens invincible.

Une réflexion sur “Valet de feu : L’espièglerie

  1. « ….pour que Ma Joie soit en vous…. » Jean 15,9-11. 😘 « Ma »… Non pas « la »

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