1990.
Phil, Marc (RIP) et moi, des trentenaires presque faits. Envie d’une escrime, d’une lame qui parle, d’un art qui tranche l’ordinaire. Premier détour dans un club d’escrime française. Ils nous font asseoir, regarder, mesurer. À les entendre, ce sport est une tour d’ivoire, un bastion réservé aux élus, aux bons, aux dignes. Une bulle bourgeoise, en somme.
Puis vient le Kendo. Autre lieu, autre monde. On nous déchausse, on nous fait entrer, pas comme des aspirants, mais comme des partenaires. Dès la première séance, nous touchons l’essentiel : les quatre coupes fondamentales. Men (la tête), Kote (le poignet), Do (le flanc), Tsuki (l’estoc à la gorge). On ne regarde pas, on fait. Deux heures de sueur, de joie brute, et déjà une certitude : c’est ici que nous resterons.
Paris, 11ème arrondissement.
Nouvel exil, nouvelle quête. Un appel, et voilà le Budo XI. Guy Roland, un maître lumineux, exigeant mais jamais tyrannique. Avec lui, j’apprends que le Kendo n’est pas un sport, mais une voie. Une discipline où le sabre n’est pas un outil de victoire, mais un miroir tendu à soi-même. Le shinaï, ce bambou vibrant, est un prolongement de l’âme.
Le Kendo, c’est le désir et la rencontre. Rencontre avec l’aïté, cet adversaire qui est aussi un allié. Rencontre avec mes sœurs et frères de shinaï. Rencontre avec moi-même. Chaque samedi matin, dans la salle, je me trouve autant que je me perds. Chaque geiko, ces combats libres sans arbitre, est une conversation silencieuse, un dialogue de corps et d’esprit.
Un art anti-bourgeois.
Oui, le Kendo défie la médiocrité de la compétition pour elle-même. Il ne trie pas les âmes par sexe, par âge, par grade. Ici, tout le monde travaille avec tout le monde. La victoire ? Une illusion. Seule compte l’émulation, cet élan collectif où chacun pousse l’autre à s’élever. C’est cela, le véritable esprit du sport, celui qu’appelait Albert Jacquard. Et dans ce geste, il y a une subversion : refuser le culte du triomphe pour célébrer la pure joie de pratiquer.
Le Kendo dans la vie.
Il m’accompagne partout. Dans la rue, dans mes poèmes, dans les jeux de rôle, dans les performances de danse qui me bouleversent. Quand un geste artistique me touche au plus profond, mon premier désir est de saisir mon shinaï. Le Kendo devient un langage pour répondre au sublime.
Alors merci. Merci à vous, à nous toustes qui avons pratiqué, qui pratiquons, qui pratiquerons. Merci au Japon pour avoir su préserver cet art de vivre, quand d’autres disciplines se sont égarées dans l’obsession de la victoire.
Rubaiyat
Les lames croisées sous l’arc de lumière,
Un frisson dans l’air, un souffle sincère.
Ici, pas de triomphe, pas de trophée,
Juste la vérité nue d’être entière.
Chanson : Le Kendo
(via ia suno j’avoue à partir de ce texte)
Dans un dojo pas bien chauffé,
On se déchausse pour travailler,
À coups de bambou bien frappés,
On cherche pas à triompher.
Refrain :
C’est pas la gloire, c’est pas l’éclat,
C’est l’art discret du sabre en bois.
C’est pas un sport, c’est une voie,
Le Kendo, c’est l’âme qui bat.
Les bourgeois rient de ces élans,
Ils veulent des trophées, du clinquant.
Mais sous nos masques et nos armures,
C’est la lumière qu’on capture.
Refrain :
C’est pas la gloire, c’est pas l’éclat,
C’est l’art discret du sabre en bois.
C’est pas un sport, c’est une voie,
Le Kendo, c’est l’âme qui bat.
Le shinaï chante sous mes mains,
Comme un écho dans le lointain.
Un art ancien, mais si vivant,
Un souffle clair dans l’instant.
Refrain final :
C’est pas la gloire, c’est pas l’éclat,
C’est l’art discret du sabre en bois.
C’est pas un sport, c’est une voie,
Le Kendo, c’est l’âme qui bat.
Merci à toi pour le texte bien vivant. Ça m’a donné envie de recommencer ma voie…
Mais oui, recommence si tu as arrêté. Dans mon souvenir tu est celle qui n’arrête pas.