Souvenirs villageois d’avant le socialisme

ou pèle mêle

Quel premier souvenir de ma vie ? Peut-être 1966, j’étais alors 4 ans. Ma sœur nait depuis quelque mois, mais pas de mémoire. Seul, à la maison, avec mon père. Ses cheveux caressés pour m’endormir. Et puis cette nuit d’automne. Seul, dans le grand lit au cœur de la nuit, sans mon père. Sortir en pyjama et pantoufle dans le noir de la nuit froide et pleurer. Être accueillis par une voisine dans mon village, encore ancien. Mon grand-père, pépé, le père de mon père était passé. Ma mère en dépression post natale, ma sœur chez une tante et mon frère chez un oncle. J’étais seul. 1966. Mon premier vrai souvenir d’enfant.

Deuxième souvenir ? Il est encore présent dans les arcannes de mes pensées. Avril 1968 ! Viviane ma voisine, elle « était » 6 ans aussi. Assis sur l’escalier de notre voisinage, nous parlions de ce que cela était d’être fille, d’être garçon. Que comprenions-nous donc au monde des grands ? Sa maman Alphonsine, comme ma mère, était 31 ans. Alphonsine était vraiment belle et convoitée. Les autres femmes de la paroisse la détestaient, à l’église, elles ne se mettaient jamais à coté, d’elle. Les hommes la regardaient, la désirée. Certains plus que d’autres ? Et un samedi matin, elle ne fût plus. Elle, ses filles, mon amie Viviane et la petite Véronique qui « était » 2 ans. Elles s’étaient noyées. Le capitaine des gendarmes de ce 68 là, retrouva les corps et déclara qu’elles étaient mortes noyées. Il n’en écrivit pas plus. Le gros prêtre, peu aimé des femmes de la paroisse, car gros et maladroit, fils de paysan pauvre n’ayant fait que le petit séminaire. Elles, les bonnes chrétiennes, adoraient le jeune curé de 38 ans, du grand séminaire, grand et élancé beau comme un apollon. C’est le gros prêtre qui enterra à l’église ces trois innocentes. Et après 3 semaines, il vient faire son sermon et ce jour, là il rappela à l’assemblée ce qu’aurait dut être la sainteté de l’Église, cette famille de frères et de sœurs qui se devait amour et prendre soins les uns des autres. Nous avions failli. Ce prêtre rappela avec grâce ce qu’était la sainteté. 1 mois et 2 mois plus tard mourraient de Leucémie deux autres femmes, jeunes et belles, encore du même âge, 31 ans. Voilà c’est le bruit de mes six ans, le son et l’odeur de mon mai 1968. C’était bien avant mai 1981 et l’arrivée au pouvoir des Socialistes.

Ces socialistes qui n’aimaient pas nos gros prêtres fils de paysan, qui détestaient Mauriac et Bernanos et dont on allait jusqu’à enterrer le souvenir. Même Simone Weil, la philosophe était suspecte et Édith Stein aussi. Ceux là ne juraient que par Sartre, et expulsaient Hannah Arendt du cénacle. 1981 tout un monde préfabriqué commençait, un monde ou le néolibéralisme le plus totalitaire s’installait même en France. Et pauvre de nous, le Yves Montand serait abimés par ces années punitives. Je concevais encore mes souvenirs rudes d’enfant, les dames patronnesses jalouses des année 60 devenaient les bénévoles de la nouvelle morale Tupperware et de la Qulture sans culte, ni politique. L’individualisme s’installait partout. Le foot devenait nouvelle religion d’un peuple qui s’éteignait. Les feux de la Saint Jean disparaissaient derrière la fête passive de la musique. Ceux qui savent faire de la Qulture et les autres écoutent. « Mais ce soir y’a match ! » Même les auteurs devenaient narcissique, pédophile et creux. Ils se pavanaient sur les nouvelles chaines Canal pulsé. L’argent faisait abimer « Dune » par David Lynch ! Les socialistes, les nouveaux sociaux libéraux était là. Aller, hop ! Du libéralisme partout, aux caniveaux le social, au profit du sociétal ! Triomphe quelque temps encore du néolibéralisme protéiforme.

Et bien en décembre 2021, en ce temps de l’avent, où je suis encore 59 ans, je pense à ce prêtre si peu froqué, voulant nous rappeler que l’assemblée que nous sommes, des sœurs et des frères, nous aurions dû prendre soins les uns des autres. L’église humaine est loin d’être parfaite, mais il est des gens comme ce capitaine de gendarmerie, ce gros prêtre, cette innocente qui sait encore la rendre Une, Sainte, Apostolique et Catholique, et qu’elle n’est pas une ONG. Lui rendre son statut d’assemblée, où nos questions vont bien au-delà des réponses technologiques et de nos certitudes narcissiques, pour s’ouvrir sur un infini invisible qui recueille le mystère de la vie, et dont nous vison l’expérience à au présent. Présent du lieu, présent du temps, présent du cadeau reçu.

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