Ballroom d’Arthur Perole

Une semaine avant « Ils n’ont rien vu » de Thomas Lebrun, en ce même lieu, nous étions à cet autre rendez-vous. Attiré par un programme qui nous invitez à ressentir le sacré de la danse.

« La fête bat son plein, les corps bougent à l’unisson. Dans Ballroom, pièce poétique et politique, le lâcher-prise l’emporte sur la nécessité du productif. Ou quand la danse fait communauté… »

Et encore :

« Puis, l’excitation viscérale se transforme, et la danse prend l’allure d’un rituel ancestral, primordial. Issu d’un long processus de création collective, Ballroom est un incroyable espace participatif de liberté, corporelle et psychique. Une utopie partagée. »

La semaine d’avant nous étions happé par « Fase, Four Movements to the Music of Steve Reich » d’Anne Teresa De Keersmaeker, mais je ne l’évoquerais que Demain.

Je pratique le Kendo depuis 1991, j’approche la porte du sixième Dan. Le corps est maintenant à l’écoute de l’autre, l’AITE, l’autre, l’adversaire devenu le partenaire. Je dois ouvrir cette nouvelle porte ou une partie de l’égo s’abandonne, ou paradoxalement nous devons aller au fond de nous, au plus profond, dans cette profondeur qui ne nous appartient déjà plus.

Les danseuses et les danseurs sont invités à aller encore plus profondément, que nous, les pratiquants des arts martiaux. La danse est l’art martial ultime, l’art maritale. Il nous faut, il leur faut une profonde humilité pour ouvrir les portes.

La société du spectacle, la satisfaction de soi, le narcissisme et l’égoïsme ne peuvent pas conduire sur les rives sacrées du Réel, ils nous laissent dans cette réalité fantasmée pragmatique et creuse. Il ne suffit pas de s’habiller de lumière plastique et faussement festive, pour que la joie rayonne. Il ne suffit pas de se trémousser, de s’aligner et de se trémousser à nouveau pour qu’une porte s’ouvre, pour que la lumière jaillisse. La fête est l’occasion de vider les greniers pour accueillir la nouvelle moisson. La joie est d’avoir parcourue une nouvelle année de ce miracle qu’est la vie.

Quand je suis devant une œuvre de Danse offerte, il est un sentiment qui ne me trompe pas, si j’ai envie de pratiquer le kendo, d’aller à un entrainement, d’enseigner et d’apprendre encore et encore, alors les danseuses et danseurs m’ont touché au plus profond et la Porte s’est ouverte.

Ce n’est pas parce que la piste de danse se termine en grosse boite de nuit aux musiques criardes et faussement populaire que la joie est là. Ce n’est pas parce que les spectateurs pensent devenir danseurs et montrent leur selfie gestuel et narcissique sur la piste que la danse est présente.

La danse est le plus angélique de la marche utilitariste.

Ce soir là, à Chaillot devant Ballroom, je n’étais pas devant de la danse, juste une fin de soirée ennuyeuse dans une boite de nuit inhabitée.
Quelle ironie d’être pris en sandwichs entre Anne Teresa De Keersmaeker et Thomas Lebrun !

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