Demande

Es-tu venu sauver les hommes mais pas les femmes ?

La boulangère et le boulanger,
La boulangère n’est pas la femme du boulanger
Elle est la personne humaine qui prépare et pétri
Qui moule et enfourne le pain,
Et qui le sort avec sa planche lorsque la cuisson est accomplie.

La boulangère et le boulanger,
Le maçon et la maçonne,
La cordonnière et le cordonnier,
Le paysan et la paysanne,
La médecinne et le médecin,
Le forgeron et la forgeronne,
La professeuse et le professeur,
L’acteur et l’actrice,
L’autrice et l’auteur,
Le coiffeur et la coiffeuse,
La poétesse et le poète,
Le guerrier et la guerrière,
La sculptrice et le sculpteur,
Le chirurgien et la chirurgienne,
La diaconnesse et le diacre,
Le prêtre et la prêtresse,
La peintresse et le peintre,
L’éboueur et l’éboueuse,
La philosophesse et le philosophe,
Le sage-homme et la sage-femme,
La boutiquière et le boutiquier,
L’apothicaire et l’apothicairesse,
L’aviatrice et l’aviateur,
Et tant et tant de métier,
Es-tu venu sauver les hommes mais pas les femmes ?

Je suis,
Je suis venu,
Je suis venu sauver la personne humaine,
Je suis venu sauver l’humanité,
Je suis venu sauver la vie ici et ailleurs,
Je suis venu sauver le végétal et le minéral
Par la seule loi qui m’anime.
Aimez-vous.
Aimez-vous de cet amour infini qui bat au cœur de vous,
Au milieu de vous.
Au centre de vous.

Jouissez de vos corps et de vos sexes,
Accueillez les bonnes heures offertes par le lien et l’attachement,
Appréciez vos raisons et intelligences,
Et vos rêves et vos cauchemars,
Mais surtout tenez toujours ouverte la porte de l’esprit
L’esprit de l’infini qui brule sans se consumer.
Recevez les objets des unes et des autres, des uns et des autres
Recevez, jouissez-en, mais ne les consommaient pas,
Recevez les car venant d’elle ou de lui, il est sacré.
Et l’accueil en respect vous l’ouvrer et lui offrez cet amour infini.

Seul Mammon vous tentera et vous détournera de cela,
Seul Mammon vous renverra à la consommation qui détruit en brulant.

Le geste qui dit

Le geste de mon père binant le tabac
Fluide, léger caressant pour chaque plant.
Ce geste double, d’un S et d’une apostrophe,
Répété 50000 fois.
Ce geste est attention,
Intention pour la jeune pousse de tabac
Ce geste est pur,
Ce geste est sa prière, son oraison, sa bénédiction*.

Le geste, du cousin de mon père, boulanger
Dès le soir venu, il sait l’heure du premier pétrin,
Il y a de la pluie dans l’air, alors ce sera deux heures ce matin.
Il y aura moins d’eau, et un peu plus de levain
Il devra aussi pétrir une fois de plus.
Il sent aussi que demain.
Ses patients voudront du pain blanc.
Alors il pétrit
Ses mouvements sont purs
Ses mouvements sont sa prière, son oraison, sa bénédiction*.

Le trader dans la salle de marché,
Hurle, crie, court.
Encore plus d’argent avec l’argent
Encore plus de calcul
Encore plus de paris,
Encore plus d’offrandes à Mammon !
Il n’a plus de prière et pas d’oraison, malédiction**.

Ce matin,
Je pense au coiffeur et à la coiffeuse,
A l’éboueur et l’éboueuse de nos âmes,
A l’infirmière et à l’infirmier,
Et à tous ceux et celles qui ont métier.
Je pense à leur prière, à leur oraison, à leur bénédiction*.

*Bénédiction, bien dire
**Malédiction, mal dire

Hey Sensei

Oui, maitre !
De cet enseignant, Pourquoi, j’accepte ?

Comme nous, il entre dans le Dojo.
Comme nous, il salut le lieu.
Comme nous, il nous salut.

Demande ?
Nous demandons,
Nous nous demandons.
Comment ?
Comment bien faire ?
Comment mieux faire ?

Il enseigne.
Il nous montre le chemin qu’il a pris
Il nous montre au loin la lumière,
Il nous montre comment il avance,
Comment, il aimerait l’atteindre.
Il nous invite à trouver notre chemin,
Il nous montre nos propres obstacles.
Parfois, Il nous aide,
Parfois il nous sauve.
Parfois il nous invite a prendre un autre sentier.
Parfois il nous attend.

Il demande.
As-tu compris ?
Hey sensei !

De mon enseignant, Pourquoi, j’accepte ?
Parce qu’il est comme nous, Confiant,
Sur un chemin à créer en le parcourant,
Pour aller vers cette lumière, le Kendo.

« Obéir » pour nos anciens

« oboedio » verbe latin « oboedire »
Prêter l’oreille.
« ob » et « audio »,
Grec « aiô » « aisthanomaï »
Percevoir par les sens,
Percevoir par l’intelligence,
Comprendre.
Grec « aiô », entendre, percevoir,
Sanskrit « avih »
Évidemment
Ce qui est manifeste
Ce qui est entendu.

Et je croyais que c’était qu’ils fassent ce que je veux.

Je cherche la légitimité,
Je suis avide de légitimité
Je veux que mon désir soit vérité,
Afin que mon désir par eux soit à combler,
Afin que tous m’obéissent.
Afin que la totalité de leur action soit de répondre à mon désir.

Je reste alors cet enfant
Ce petit garçon de cinq ans
Immature,
Capricieux,
Qui jamais ne grandit.

Ma liberté est ultra.
Mon sens du libéralisme est narcissique et ultra,
Est ultra-narcissique.
Ultra, l’au-delà.

Mais l’au-delà ne m’attend pas là.
Il attend amoureusement que j’obéisse,
Et que librement j’entende
Et que librement je le suive
Avec ce qui est moi,
Ce de quoi je suis fait
Afin de grandir,
Et de créature chétive participer à la tâche de la création.
En vérité.

Oraison 23 avril 2020

Le texte du lézard

Voici un texte publier sur Tweeter par Le_Lézard. Ce texte m’a retourné. J’ai pensé à François Cheng et « A notre dame ». J’aime dans son écriture fil par fil de tweeter cet numérotation qui me rappelle l’écriture biblique ! Ligne par ligne, phrase par phrase, pas à pas vers la paix.

On retrouve son texte soit sur Tweeter soit en intégralité à cette adresse internet avec ses choix de photo : https://threader.app/thread/1252151585964163072

Le Lézard https://twitter.com/Un_Lezard
@Un_Lezard
On l’attrape à la main mais il hante les palais de rois.
Micro-chroniques. Ontologie du secret.
A rejoint Twitter en juin 2019

Le Texte du lézard

Il se trouve que ces 2 dernières années, mon boulot a consisté à me tenir dans une cabine d’1 mètre carré juste à l’entrée d’une cathédrale du matin au soir. Le boulot était détestable, mais le cadre fut une expérience sociale et humaine tout à fait particulière. 1/

Le chiant d’abord : à l’ère du tourisme de masse, la fonction muséale des cathédrales prend le pas sur le reste. On alterne entre l’été un brouhaha insupportable et irrespectueux, et l’hiver des journées de solitude où l’on n’adressera pas une fois la parole à un être humain. 2/

Le consumérisme est si ancré que spontanément, vous voyant bosser dans une cathédrale, la plupart des visiteurs concluent que vous êtes marchand de souvenirs. Vous vous faîtes même régulièrement gronder par un touriste furieux que vous n’ayez pas de carte postale à lui proposer. 3/

Et quand ce n’est pas le touriste, c’est le pieux fidèle qui se croit mieux que lui mais procède aux mêmes raccourcis qui vient vous traiter de marchand du temple et vous balancer sa condescendance à la figure. Les cathos comme on les aiment. 4/

Pourtant, ces flots d’âmes habituées font ressortir par contraste les rencontres personnelles qu’une cathédrale offre comme aucun autre lieu, des rencontres tantôt superficielles, troublantes, profondes, terribles ou édifiantes. 5/

Il y a le touriste qui ne vous regarde pas comme un fournisseur de bibelots mais un connaisseur des lieux, et vous demande de lui conseiller quoi regarder ou de lui raconter l’histoire du monument. 6/

Il y a le fidèle irrégulier qui connaît mal les lieux mais recherche un prêtre, la chapelle de tel saint, le tronc pour les offrandes ou le diocèse, et qui est soulagé de pouvoir vous poser la question. En repartant il offre une bénédiction, parfois un chapelet ou une médaille. 7/

Et vous n’imaginez pas, dans la France sécularisée du XXI° siècle, combien les laissés-pour-compte sont toujours attirés par les cathédrales. Il y a bien sûr le mendiant attitré qui tient le parvis de l’église et le gère un peu en boutiquier… 8/

Mais il y a toute une ribambelle de marginaux et de détraqués, qui n’ont rien à envier à Quasimodo et aux personnages de la cour des miracles, et qui entrent dans le lieu saint en quête d’un bon samaritain et de choses plus mystérieuses. 9/

Ceux-là arrivent vers vous et vous balancent sans crier gare des détresses insupportables. Cette SDF vagabonde qui a l’âge de ma mère et qui traverse la France d’un bout à l’autre pour ne pas manquer l’anniversaire de sa fille, dont elle n’a pas la garde. 10/

Cet Africain torturé en Libye qui me montre une cage thoracique aux os retournés vers l’intérieur du torse, et que la police soumettra sous mes yeux à un interrogatoire avant de laisser le médecin que j’ai appelé regarder ses plaies. 11/

Ce SDF de 25 ans ravagé par l’alcoolisme, puant et tremblant, à qui je ne pouvais qu’offrir de temps en temps une bouteille d’eau en m’inquiétant pour sa vie, que je retrouve un matin écroulé à la porte de la cathédrale, ayant passé la nuit sur le parvis avec une jambe brisée. 12/

Pendant que j’appelais les pompiers, le visage dévasté par la honte et la souffrance physique de s’être contenu si longtemps, il a devant moi baissé son caleçon et uriné sur le lieu saint. C’était terrible comme le Livre de Job. 13/

Et puis il y a les détraqués psychiques : ceux qui reviennent à intervalles plus ou moins réguliers déclamer leur charabia dans la nef, parfois en montant en chaire (tant qu’à faire)… Et ceux qui se dirigent droit vers le gus dans sa boîte à l’entrée. 14/

Ils énoncent des phrases sans queue ni tête où l’on ne perçoit qu’une abominable souffrance. J’essaye d’établir juste assez de communication pour vérifier qu’ils ont un toit où dormir, et je me maudis de mon matérialisme pendant qu’ils évoquent Jésus et Marie dans leur charabia. 15/

Je me trouve minable de ne pas savoir répondre à une détresse foncièrement spirituelle. Blessés dans le corps ou dans l’esprit, ils me demandent régulièrement la permission de prier dans la nef. « Bah oui pas besoin de permission ». 16/

Mais parfois ils reprennent : « Vous me promettez que personne ne va venir me mettre dehors ? », habitués à être jetés de partout, et ils m’arrachent des serments solennels pour une banalité. Ensuite ils se mettent dans la nef parfois pour plusieurs heures. 17 /

Ils y trouvent un repos physique, et un apaisement je crois à cause de la quiétude (l’hiver, pas l’été…) et de la douce majesté de l’architecture gothique. Je le dis sans orgueil : j’ai peut-être été le type de France le plus confronté à la cour des miracles des cathédrales. 18/

Les prêtres ne sont là que peu d’heures par semaine, et les sacristines courent dans tous les sens pour faire plein de choses. Moi, j’étais enchaîné à la porte d’entrée, un lézard en guise de cerbère, sans l’attirail marchand qui éloigne ceux qui sont sans le sous. 19/

Et même en circulant dans les milieux cathos, j’ai l’impression qu’on n’y connaît pas le carnaval qui continue de défiler dans nos lieux saints. Ou alors je me trompe et les autres lézards portiers savent mieux que moi garder le silence. 20/

Mais allégeons l’ambiance : quand on est toute la journée toute l’année dans une cathédrale, on croise aussi les agents des Monuments Historiques, de la DRAC et de quelques autres institutions bien de chez nous. 21/

Ils parlent de murs, d’entretien, de sécurité, de politique patrimoniale, de politique tout court. Interagissant avec le clergé sans en être, avec la politique sans en être, avec le monde de l’entreprise sans en être, ils deviennent des Janus à 3 ou 4 visages. 22/

Ces drôles de sphinx sont les jointures des dispositions si particulières de la loi de 1905 sur le patrimoine religieux. Ils maintiennent la cathédrale debout, malgré la gabegie qu’est la conservation du patrimoine religieux français, mais passent à côté de son essentiel. 23/

Ils ne regardent pas l’Africain torturé ou la SDF vagabonde, mais c’est grâce à eux et notre drôle de législation que les cathédrales sont toujours des asiles pour les Quasimodo et les Esmeralda de notre époque. 24/

(C’est du fait de cette législation aussi que je suis enchaîné à mon poste, où je peux jouer les bons samaritains de pacotille, jusqu’à ce que mon boulot détestable me fasse péter un câble et remettre ma démission). 25/

Bien sûr, la cathédrale est aussi un espace liturgique ; une liturgie qui ne s’accomplit que quelques heures par semaine, et être enfermé dans une cathédrale n’a finalement pas grand chose de monastique. 26/

Mais évidemment, cette finalité liturgique coordonne toute la conception du monument, et toutes les attitudes qu’on y rencontre, celle du fidèle, du touriste, du réfugié, du lunatique ou du blasphémateur sont comme des échos plus ou moins harmonieux du service divin. 27/

La liturgie en soi rythme les journées (un peu), les semaines (surtout), l’année, avec les affluences de bons cathos à telle heure, tel jour, telle fête. Et il y a les cérémonies individuelles : les baptêmes, les mariages, les enterrements. 28 /

Là aussi, ce sont des occasions tantôt superficielles, profondes ou édifiantes. Il y a les chansons d’un horrible mauvais goût que les mariés ont insisté pour faire résonner sous les voûtes gothiques, ou les funérailles moins triste de deuil que de banalité… 29/

…et l’endurcissement du cœur qu’on surprend à l’intérieur de soi quand on en est au vingtième mariage depuis le début du mois de juin ou le quinzième enterrement de l’hiver. Mais il y a aussi les moments où l’endurcissement se brise. 30/

Il y a 2 ans, un ami très cher s’est donné la mort et j’ai dû surmonter ce deuil de façon bien solitaire (pardon pour l’impudeur, m’enfin à ce stade du thread on est plus à ça près). Il y a quelques mois je me suis senti mystérieusement foudroyé. 31/

Je suis en-dehors de la nef, soulevant la barre de fer d’une porte de cloître que je dois ouvrir chaque matin ; je sens mes bras et mes jambes se paralyser, et je me retrouve à terre, la barre sur mes genoux, l’image de mon ami en tête, pleurant sans comprendre ce qui me possède. 32 /

Je me reprends et continue mon travail : j’ouvre la lourde porte et dans la nef, me voilà face à une famille sur le point de célébrer les funérailles d’un suicidé de 19 ans. Je ne sais par quelles phéromones, chakras ou énergies telluriques leur douleur est allé saisir la mienne. 33/

Mais ça aussi ça fait partie de ce qu’est une cathédrale, et de ce qu’y trouvent des gens parfois très éloignés des enseignements de l’Église. Il est fréquent que les visiteurs viennent me voir dans ma boîte pour avoir le plaisir de partager avec moi leurs hérésies. 34/

Il y a ceux qui se sont éloignés de la foi, les athées qui tiennent absolument à me dire en rentrant qu’ils ne croient pas en Dieu (grand bien leur fasse), et les « spirituels mais pas religieux » qui ont le défaut de se croire original alors qu’ils sont assez courants. 35/

D’autres ont des dogmes plus précis, et sont convaincus que les bâtisseurs de cathédrale les partageaient. Les plus pénibles sont ceux qui mêlent ésotérisme et conspirationnisme dans leurs histoires de templiers atlantes bâtisseurs de pyramides… 36/

Ceux-là vivent dans une dissonance cognitive permanente qui les rend très égocentriques et les remplit de haine envers quiconque n’adhère pas spontanément à leurs billevesées. Mais d’autres ont la sagesse de séparer leur foi de toute démonstration pseudo-scientifique… 37/

…ainsi ce pèlerin qui m’a demandé si je savais où il pouvait le mieux se connecter aux énergies telluriques de la cathédrale, et qui devant mon abasourdissement s’est éloigné sans chercher à me convertir. 38/

J’ai bien vu sur son visage qu’il craignait, comme il devait en avoir l’habitude, que je me moque d’une croyance pourtant guère plus farfelue que celle de la Résurrection. Or, n’en déplaise aux gardiens de la vraie foi, ces gens là sont aussi des fidèles de nos cathédrales. 39/

Parfois, les différences religieuses sont mâtinées de haine, et s’approchent terriblement des gouffres du Mal. Au niveau le plus superficiel, il y a l’anticlérical militant, qui en me voyant enfermé dans ma boîte me suppose immédiatement au service de l’Ennemi. 40/

Ce laïcard connaît donc fort mal les dispositions de la loi de 1905 et diffère peu du pharisien catho qui me traite de marchand du temple. Lui me crache que je suis le laquais des fanatiques et des pédophiles, puis va contempler l’élégance de la nef gothique. 41/

Si sa rancœur découle de crimes ou de peccadilles que l’Église à commises contre lui, je suis bien mécontent d’en être le bouc émissaire. Mais c’est bien moins grave que la découverte que me signale un fidèle après le passage d’un groupe scolaire. 42/

Quelques adolescents se sont attardés près du cahier destiné aux intentions de prières et l’on recouvert de « Allahu akbar » et « L’Islam vaincra » puis sont ressortis, minables et goguenards, tout fiers d’avoir accompli le djihad à la portée des caniches. 43/

L’anticlérical a sa vie intérieure que lui seul connaît, l’adolescent musulman a toute la vie pour ne pas devenir terroriste, et il y a même quelques cathos qui ont une chance d’échapper à l’Enfer. Mais une cathédrale est aussi aujourd’hui un lieu de violence larvée. 44/

Et enfermé dans ma boîte d’allumette, je sais qu’il n’est pas strictement impossible qu’un taré à mitraillette débarque un jour et me sorte de mon emmerdement en m’expédiant dans l’outre-tombe. En attendant, la cathédrale est le terrain de criminels moins ambitieux. 45/

Les voleurs à l’arrachée savent qu’il n’y a rien de plus vulnérable qu’une personne en prière, et régulièrement, un fidèle (souvent une femme) se précipite à moi pour me dire que son sac a disparu pendant ses dévotions. 46/

Elle est effondrée par le regard impuissant et surtout tristement habitué que je lui tends. Moi-même je me dégoûte de m’habituer à ce que le lieu saint soit le théâtre de ces turpitudes, et je lui assure ma sympathie sans cacher que le voleur n’a aucune chance d’être retrouvé. 47/

Donc, voilà ce qu’est une cathédrale aujourd’hui : un attrape-touriste, une maison de prière, un asile de marginaux, un lieu de rencontre, un enjeu de pouvoir, un repaire d’hérétiques et une caverne de brigands. Peu de choses on changé depuis Suger et depuis Salomon. 48/

Mais ceux qui veulent réduire la cathédrale à sa fonction muséale ne sont pas des esprits cultivés, mais des âmes en jachère, ou pour le dire plus directement, des énormes beaufs. 49/

Ceux qui voudraient la réserver aux vrais croyants n’ont de toute évidence rien compris à la parabole du bon grain et de l’ivraie, ni à la théologie de l’asile. 50/

Et les gauchistes qui ne s’attristeraient pas de la voir détruite ont moins de souci des plus faibles que d’égocentrisme culturel. 51/

Au-delà des polémiques où je prends le risque de m’enfoncer, sans doute avec injustice, je voudrais surtout partager le point de vue panoramique, et je crois peut-être unique, auquel je me suis trouvé enchaîné deux années durant. 52/

Il est normal que ceux qui ne voient la cathédrale que sous un angle particulier aient la tentation de la réduire à cet aspect, et j’espère que mon partage leur sera utile. 53/

Je me souviens avec douleur de toutes les fois où j’ai manqué d’attention, de patience, de gentillesse ou de subtilité avec la personne qui se rapprochait de ma prison, et où j’ai vu repartir un prochain dont je ne saurai jamais s’il avait besoin de moi. 54/

Je crains plus que tout les aveuglements dont je dois encore être prisonnier, ce qui a échappé à ma vue durant deux ans, et ce qui lui échappe encore dans la cathédrale du monde. 55/

Quand Isaïe et le Jean de l’Apocalypse rentrent dans le cœur du Temple, ils n’y découvrent pas une leçon d’architecture, mais « ce qui remplit le Ciel et la Terre ». Cela y est toujours, et il n’est pas besoin d’être prophète pour le contempler. Paix à tous ! 56/

Paix sur vous de ma part aussi !

Au départ un gazouillis

Au départ, un simple gazouillis,
La foi est un rêve jamais atteint.

Et la foi est une confiance sans fin.
Je t’aime et je te fais confiance,
Et je ne sais pas pourquoi,
Et j’en éprouve un grande joie.

Alors voici la rencontre d’un ami.
Voilà longtemps que nous ne nous étions vus.
Et il était dans le doute,
La foi est un don de Dieu,
Mais comme Dieu n’existe pas
Il n’a pu en faire grâce à quiconque.
Donc les croyants sont sans foi !

Rendons à César ce qui est à César…

Il fait grand jour, parlons de César.
César aujourd’hui a pris visage des démocraties bourgeoises.
Elles s’organisent pour que l’argent rapporte de l’argent !
Et donne l’illusion que la mort s’éloigne dans le futur.
Mais point d’à venir, juste une projection d’un présent inchangé.
Nos malheurs sont là, dans le choix de nos Césars.

Et la nuit tombe. Et nous marchons un peu.
Et nous arrivons sur le porche d’une église oubliée.
Nous sommes assis, et nous trinquons,
Nous choquons nos bières puis nos verres de vin rouge.

…Et à Dieu ce qui est à Dieu.
Le ciel s’illumine de sa nuit d’été.
Les étoiles filent,
Les lucioles « balètent »,
Et nous trinquons de la beauté
De notre amitié.
La confiance entre nous renait.
Nous renaissons à nous même,
Et éprouvons cette joie des nuits d’étés chargées d’amitié.
La bière du nord en prend un autre goût,
Et le vin rouge de Chinon en possède une autre saveur !

Ses doutes s’étaient envolés.
Il reprenait sa lutte contre César,
Avec la confiance en un ami, retrouvée.

J’étais seul dans l’église abandonnée.
Confiné.
Et j’étais l’ami qui doutait.
Qui était « tu » ? Qui était « Je » ?

Oraison 21 avril 2020

De Joseph à Christophe

Refrain
Comme le dernier des patriarches
Tu fus le dernier des Bevilacqua.
Joseph éteignant la vieille arche
Christophe, tu sortis sans fracas.

Matin d’avril, matin de gris
A l’oraison, Joseph s’est accroupi.
Il était en bas a gauche.
Pourquoi là ? De Marie, la grotte ?
Il voulait laisser à ses pieds
L’ancien monde qui s’éteignait.

Refrain

Christophe, notre dernier patriarche
Fermant la porte, tu te mets en marche
Et tu laisses aux jeunes nouveaux
Le soin de coloré nos prochain bravo
Ces temps venant tissé d’une autre étoffe
Les temps venus appartiennent à Christophe

Refrain

Et c’est ce qui m’est venu ce matin,
Avant même de connaitre du corps ta fin.
Oraison ou Jésus conduit à Joseph
Et Joseph au Christophe en sagesse.
A Lourdes Bernadette ne l’avait pas vu
Il était l’ancien monde révolu.

Refrain
Et nous ne t’oublierons pas

Oraison 17 avril 2020

Sur le chemin avec un ami athée

Pourquoi ce matin ?
Pourquoi cheminer sur ce chemin ?
Ce chemin de Saint Jacques.
Et je chemine avec toi,
Avec toi qui es athée.
Je marche en confiance,
Tu marches car tu aimes.
Nous éprouvons les mêmes plaisirs.

Plaisir du corps,
Bonheur d’entendre la nature,
Les animaux du sentier,
Les insectes des troncs,
Les oiseaux des arbres,
Le soleil qui brille ce jour d’hui,
Les étoiles du soir qui luisent,
La lune qui nous suit,
Et nos conversations des mystères de l’univers.

Mais alors,
Pourquoi cette tristesse ?
Pourquoi m’en veux-tu ?
Pour ma Foi ?
Ou parce que tu me reproches
Que toi, tu ne croies pas ?
Oh, mon ami, personne ne t’oblige à …

Allez, vivons de notre belle joie,
De cheminer, tout deux,
Sur ce chemin.
Plaisir de corps et de psyché,
Laissons porte de l’esprit ouverte ou fermé,
Car je t’aime mon ami.

Oraison du 16 Avril 2020