La Possibilité d’une île par Michel Houellebecq

En 2005, je sympathise avec une jeune femme, stagiaire bibliothécaire venue organiser nos archives. Elle est libre, et aspire à l’être davantage, à vivre au niveau des dieux.

Nous avons de belles conversations sur « être », « être vivant », « être humain », puis « être homme » ou « être femme », et vivre avec intensité. Elle a deux passions : Mitterrand et Houellebecq. Elle me confie qu’en tant que femme, elle est attirée par les hommes sombres, ténébreux, ombrageux, presque malsains.

Je connaissais Mitterrand et avais une opinion sur les socialistes. Elle m’invita à découvrir Houellebecq. C’est ainsi que je lus deux de ses romans : Les Particules élémentaires et La Possibilité d’une île. Ils m’électrisèrent. Soumission viendra plus tard. Houellebecq, à l’image de la pensée occidentale libérale et capitaliste, recouverte d’un vernis sociétal et « contemporo-culturel », privilégie dans les relations humaines le sexe.

Il en découle une philosophie paradoxale, pessimiste, nihiliste et cynique, qui sépare hommes et femmes en deux races distinctes, incapables de se rencontrer autrement que par des variations autour du sexe et ses produits dérivés. Un individualisme en quête de durée, hyper-narcissique, avide de jouissance à tout prix.

Pour cela, Houellebecq opère avec un style sans pitié : une écriture au scalpel, froide, tranchante, mettant à nu les organes un à un. Une autopsie sur un corps mort, incapable de reconstituer le corps vivant.

Mais nous sommes vivants. Nous sommes des êtres humains. Des êtres qui deviennent hommes et femmes, lorsque cela est nécessaire, pour approfondir la rencontre et enrichir notre plongée au cœur de nos propres mystères.

Ma foi – à ne pas confondre avec croyance – est aux antipodes de la vision houellebecquienne, et c’est pour cela que j’aime cet auteur, même s’il me fait violence. Il m’oblige à interroger l’origine du mal.

Je comprends mieux aujourd’hui cette jeune femme qui me fit découvrir son œuvre. Elle attendait que quelqu’un lui offre l’espérance que l’être humain possède du bien en lui, et qu’elle puisse enfin le ressentir.