Je suis né dans la petite Limagne, au sud d’Issoire, entre les bras fertiles de l’Allier et les ombres bleutées des monts Dore. Là, les terres étaient grasses, les hivers rudes, et les silences peuplés de bellement des mes brebis et de souvenirs. Mon père, était un petit paysan. Il labourait la terre au tracteur avec une certaine joie et nostalgie héritée certainement de son père qui le faisait avec ses percherons, et moi, enfant, je regardais fasciné, une fois sortie de mes propres rêves, par la danse lente des gestes de ce métier de paysan pas encore devenu agriculteur.
Mais je n’ai pas repris la ferme, pas plus que ma sœur. Le monde changeait, et nous avec lui. J’ai quitté la terre pour une autre vie plus urbaine et finalement plus parisienne, espérant peut-être un jour retrouver dans l’informatique et la poésie ce que j’avais laissé derrière. Pourtant, en lisant Du même bois de Marion Fayolle, j’ai senti le poids de cet héritage me rattraper. Chaque page était une réminiscence, chaque phrase une évocation de ce que j’avais fui.
Fayolle décrit avec une justesse poignante la vie rurale, ses joies simples et ses douleurs silencieuses. Les personnages, sans nom, sont universels, et pourtant si proches de ceux que j’ai connus. La mémé, le papi, la gamine… tous résonnent en moi comme des échos familiers. Et les vaches, toujours présentes, rappellent l’importance de ces bêtes dans notre quotidien.
Marion Fayolle tisse avec une délicatesse rare le récit d’une ferme ardéchoise, où les générations se succèdent, liées par le travail de la terre et le soin des bêtes. Ce roman, empreint de poésie et de réalisme, évoque les souvenirs d’enfance de l’autrice, qui dépeint avec tendresse et lucidité la vie rurale et les liens familiaux. Les personnages, désignés par leur rôle familial plutôt que par des noms propres, incarnent une universalité touchante, renforçant l’idée d’une mémoire collective et d’une identité partagée.
L’écriture de Fayolle, à la fois simple et évocatrice, restitue avec justesse les émotions et les sensations liées à la vie à la ferme. Les descriptions des saisons, des travaux agricoles et des relations humaines sont empreintes d’une sensibilité qui rappelle les grands auteurs de la littérature rurale. Ce roman, court mais intense, offre une réflexion profonde sur la transmission, l’attachement à la terre et les évolutions du monde paysan.
Ce roman m’a rappelé que, même loin des champs, la terre ne me quitte jamais vraiment. Elle reste en moi, dans mes souvenirs, mes rêves, mes regrets. Et peut-être qu’en écrivant mes petits texte, je laboure encore, à ma manière, les sillons de mon passé.
Haïku
Sous le ciel d’Auvergne
les vaches ruminent en paix
souvenirs d’enfance.
Tanka
Terre abandonnée
les sillons pleurent en silence
mains calleuses s’effacent
mais l’odeur du foin coupé
reste ancrée dans ma mémoire.
Sonnet bancale
Dans la Limagne, où le vent chante aux haies,
les champs s’étendent, témoins des jours anciens.
Mon père, droit levé, semait l’espoir aux reins,
et moi, enfant, rêvais d’autres contrées.
Les saisons passent, emportant les secrets,
la ferme dort, les outils sont orphelins.
Mais dans mon cœur, résonnent les refrains
des bêtes, des hommes, des jours imparfaits.
Aujourd’hui, loin, je couche sur le papier
les échos d’une vie que j’ai délaissée,
espérant, peut-être, la faire revivre.
Car si mes mains ne touchent plus la glaise,
mon âme, elle, reste enracinée
dans cette terre que je n’ai su suivre.
J’ai lu « Du même bois » de Marion Fayolle et j’ai beaucoup aimé.
❤️