Le Cavalier de Nuage – La Lutte

La Peur et l’Inutile Fardeau

Il chevauche l’air, ce cavalier. Fier, cuirassé, armé d’un sabre sans poids, d’un cri sans voix. Il traverse le ciel comme un nuage chargé de tempête. Il est cette guerre intérieure, ce combat absurde qui s’épuise avant même d’avoir trouvé son adversaire. Il frappe dans le vide, et le vide lui répond.

Ce cavalier, c’est moi, c’est nous. À quoi nous accrochons-nous, sinon à l’illusion d’un combat à mener, à l’idée fallacieuse qu’il faut prouver, gagner, écraser pour exister ? Ce n’est pas un duel avec l’autre, c’est une guerre contre soi-même, contre ses propres ombres, ses propres doutes. Comme des fous furieux sur un quai de gare, à se cogner les uns aux autres, à s’imaginer immortels, avant de voir le train arriver et nous balayer.

Passer un grade, prouver quelque chose – à qui, au juste ? Le kendo n’est pas une bataille, c’est une danse avec l’instant, avec l’air, avec la mort. Ce n’est pas une question de force ou de domination, c’est une question de vide. De laisser être. De couper ce qui doit être coupé, sans intention, sans désir de victoire. Le problème n’est pas dans l’examen, il est dans l’attachement à l’examen.

Le cavalier de nuage nous murmure : laisse tomber la lutte inutile. Dépose l’armure. Ne fais pas semblant d’être fort, n’aie pas peur d’être fragile. Traverse. Va, nu et libre, et arrête de te cogner à ton propre reflet. La peur de ne pas être légitime, de ne pas être prêt, de ne pas être assez bon – autant de carcans forgés par l’ego, par l’angoisse de ne pas être vu. Mais qui regarde, au fond ? Qui juge ? Le vent, peut-être, mais lui s’en fout.

La seule réponse, c’est de laisser partir. Dissiper. Respirer.

Rubaiyat

Je frappais l’air, croyant tailler mon destin,
Mais l’ombre riait, dansait sous mon poing.
Le fer ne tranche pas l’éphémère, ni le vent,
Et c’est en lâchant prise que je deviens enfin.

Ghazal

Sous l’armure, des cicatrices que nul ne voit,
Une guerre que je porte, une guerre sans foi.

Le vent m’appelle à déposer ce fardeau,
Mais l’orgueil s’accroche à son vieux manteau.

Qui regarde ? Qui juge, sinon mon fantôme ?
Ce combat n’est qu’un rêve, une fumée atome.

Alors je lâche, alors je tombe,
Et dans la chute, enfin, je me nomme.

Une réflexion sur “Le Cavalier de Nuage – La Lutte

Les commentaires sont fermés.