Je suis congestionné, tracassé, affamé d’un grade de Kendo comme on l’est d’un baiser trop attendu. Il parle avec le fond du ventre qui se serre, comme la main du pauvre sur sa dernière pièce. Et il tire la carte : Le 4 d’Arc-en-Ciel. L’Avarice.
Je la retourne et je m’y vois. « Merde, j’aime pas cette carte » ! Moi et mes 2 minutes de pratique qui viennent et se doivent d’être exemplaire à Rotterdam.
Moi et ma peur du maintenant de ne pas être assez le plus tard. Moi et cette envie qui gratte comme une gale : être reconnu, être validé, être nommé, rejoindre les autres là où je suis déjà.
Et la carte me balance un coup de shinaï sur la tête. Un rire. Un miroir trop vrai.
« Tu crois que tu mérites ? Tu crois que tu possèdes ? Tu crois que tu gardes ? »
Mais ce que tu serres, tu l’as déjà perdu. Ce que tu veux garder, te possède déjà.
Je n’ai jamais été un humain au coffre caché avec un trésor. Mais j’ai été peut-être une vitrine. J’ai certainement décoré ma personne avec mes failles comme un autel. J’ai peut-être fait de mes faiblesses des trophées.
Et cette carte me dit quoi ? « Dépouille-toi, ou reste engoncé à en étouffer. » Le grade que tu convoites, mon vieux, ne te sauvera pas. Pas plus qu’un bijou ne ressuscite un amour mort.
Alors ? Que vas-tu donner ? Que vas-tu ouvrir ? Que vas-tu laisser passer à travers toi ?
Rubaiyat — Coffre d’os
Je veux un titre, un rang, qu’on dise « il sait frapper ».
Mais ce désir me tient la gorge — il va m’étrangler.
Je rends les armes : je donne ce que j’ai, ce que je suis.
Car vivre, ce n’est pas garder. C’est se laisser traverser.
Ghazal — Cœur-citadelle
J’ai voulu garder mon souffle — il est devenu pierre,
Un souffle, ça circule, sinon ça t’enterre.
J’ai voulu prouver que j’étais digne du shinai,
Mais la lame, elle, ne tranche que la chair sincère.
À force d’ériger des murs pour me protéger,
C’est moi que j’ai enfermé, moi seul, en geôlier sévère.
Le grade ? Un masque. Une armure sans chair.
Je veux tomber nu, qu’on voie mes nerfs.
Je ne suis pas un coffre-fort,
Je suis un passage, un éclair.
Haïku — À Rotterdam
Dans mes mains fermées,
la peur d’un grade me brûle —
je tends l’invisible.
Alors oui, j’irai à Rotterdam. Alors je ne chercherai pas à garder. Je chercherai à donner. Pas à prouver. Mais à respirer.
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