2 de Nuages – La Schizophrénie

Le déchirement intérieur entre deux illusions, et l’appel à l’abandon

Ils veulent que je choisisse.
Ils veulent que je sois un seul, unifié, propre sur lui, poli de la bouche et bien peigné de la pensée.
Mais je suis un enfant bâtard de mon époque et ses deux mondes.
Le grande prostitué de la nuit et le pénitent sincère du matin.

Le traître et le fidèle.
Le voleur d’hosties et le diacre de l’Amour divin.
Et cette carte — cette chose suspendue au milieu du vide, les jambes sur deux parois, le ventre creux et les bras en croix — c’est moi quand je tente encore de contenter deux mondes.
D’un côté, il y a ce qu’on attend de moi.
De l’autre, ce que j’entends en moi.
Et entre les deux, ce néant tendu comme une corde d’échafaud.

La schizophrénie d’Osho, ce n’est pas une maladie, c’est une pédagogie de l’abîme.
Elle me dit :
« Tu crois survivre parce que tu tiens, mais tu meurs à chaque seconde où tu ne tombes pas. »
Ce n’est pas un choix qu’elle me propose — c’est l’abandon.
Pas la lâcheté. L’abandon.

La grâce de ne plus vouloir être aimé et d’être enfin vivant.
Je me suis vu ce matin entre deux textes : celui qu’on attend, et celui qui me brûle.
Entre deux baisers : celui qui rassure, et celui qui détruit.

Et je n’ai su ni parler ni me taire.
Alors la carte m’a dit, dans ce langage humide qu’a le tarot zen quand il veut pleurer avec nous :
« Tombe. »
Et je suis tombé.
Et je suis encore en train de tomber.
Mais je ne suis plus tendu. J’ai confiance.

Rubaiyat

J’étais ce funambule entre deux silences,
Un pied sur l’oubli, l’autre sur l’apparence.
Puis j’ai chuté — et le vide m’a offert
Ce sol d’amour que nul ne nomme errance.

Ghazal

Je portais deux masques — l’un de chair, l’autre d’ombre.
Sous l’un, la honte ; sous l’autre, le cœur en décombre.

Ils criaient : « Choisis ! » Mais l’arbre ne choisit pas l’air,
Il pousse, c’est tout, et la foudre ou la pénombre.

J’ai fui tant de fois le feu de mon vrai visage,
Et je me suis caché dans le ventre de la chambre.

Mais aujourd’hui, j’ouvre les bras à la chute,
Et je m’envole — non pas vers, mais à travers l’encombre.

Osho dit : « Lâche. » Et je n’ai plus de maître.
Seulement ce vertige, cette clarté sans nombre.

Haïku

Tendu entre deux,
je suis la corde qui cède —
et devient musique.

Être vivant, ce n’est pas tenir.
C’est tomber sans se briser, et découvrir que la chute est une forme d’aile.
Ne sois ni la paroi gauche, ni la droite.
Sois ce cri suspendu.
Et laisse-le devenir chant.